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Idées et pensées variées : le ridicule ne tue pas (partie 1)

Par |2022-12-01T16:43:59+00:003 décembre 2022|Catégories : À la une, Edmonton|Mots-clés : |

Étienne Haché est philosophe et enseignant de Culture générale au lycée La Providence en France.

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Un resto? Pourquoi pas. Après tout, ça fait longtemps que nous y sommes allés. Reste l’endroit. Sincèrement, a-t-on envie de se faire bassiner le jour de la Toussaint par un personnel qui vous présentera la gastronomie du restaurant avec pédanterie et formules surfaites du genre «foie gras de canard confit au Noilly Prat en sa robe de jambon Serrano»? Pas de chance, ce restaurant d’Amboise, réputé pour sa gastronomie, l’est aussi pour sa polyvalence, son art de lire dans nos pensées et d’user de talents pour obtenir ce qu’il veut. De la simplicité, voilà ce que, moi, je veux!

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Entre pudeur et renonciation

De la simplicité et de la discrétion, il en faut en ce 1er novembre, car la suite s’annonce moins drôle : direction le cimetière. Dans ce lieu habituellement calme et paisible, on trouve de tout en cette veille de la fête des Morts. Je ne parle pas de nos défunts qui reposent en paix dans les cimetières de Tours et de Parçay-Meslay, ni de l’état des sépultures, mais des visiteurs. Cette année, j’ai noté le même phénomène : certains défunts auraient peut-être souhaité que leur douce moitié vienne leur rendre visite dans une tenue assez suggestive.

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Qui a entendu parler de la «grande renonciation masculine»? C’est un psychologue anglais, John Carl Flügel (1884-1955), qui a donné naissance à ce concept dans The Psychology of Clothes publié en 1930. L’auteur fait remonter ce phénomène historique vers la fin du 18e siècle européen. Les vêtements masculins cessent alors de recourir à des formes brillantes, raffinées, désormais laissées aux vêtements féminins, pour faire place au costume au début du 19e siècle. Serait-ce la naissance du machisme moderne et d’une certaine répugnance de la féminité?

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Je me demande toutefois si nous n’assisterions pas, en ce début du 21e siècle, à la grande renonciation féminine. Sensibilité, tendresse, douceur, beauté, romantisme laissent place progressivement à une vulgarité sans précédent : expression de son corps sur les réseaux sociaux, propos langagiers abstraits, mélange des genres et des goûts... L’antidote, ce n’est pas la discipline. Seulement, l’histoire et les guerres enseignent qu’il faut des femmes courageuses et déterminées pour assumer la marche du monde et défendre les droits des femmes. Alors, à part dans la ville de Waterloo, où sont les femmes politiques?

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De petits carriéristes à la manœuvre…

Parlant d’expressions langagières douteuses, Alexandre Cédric Doucet, le président de la SAANB, trouve «dégueulasse» la décision du premier ministre Blaine Higgs d’avoir nommé Kris Austin, nouveau ministre et ancien membre de l’ultradroite, au Comité des langues officielles du Nouveau-Brunswick. Ce jeune avocat de formation s’arroge le droit de parler au nom des Acadiens. En 2020, si ma mémoire m’est fidèle, c’est fut une chroniqueuse de L’Acadie Nouvelle qui qualifia Higgs de «dictateur». À l’époque, il ne fallait pas compter sur un woke bien avisé pour s’offusquer d’un tel propos. J’avais personnellement protesté contre une telle diffamation, car j’estime inadmissible d’attirer de cette façon les regards sur soi en occultant une forme de médiocrité.

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Les intérêts de classe ne sont pas une exclusivité anglophone. La discorde linguistique tient au fait que, par le passé, sous les mandats de Frank McKenna notamment, l’élite acadienne a trop longtemps pris pour argent comptant qu’elle disposait d’un poids politique incontournable. Avec chance, dans les décennies qui suivirent, l’Université de Moncton développa son laboratoire des élites et produisit même des premiers ministres et des députés. Pendant ce temps, les deux communautés linguistiques vivaient dans la solitude et se sentaient abandonnées par les centres décisionnels. D’où la revanche de la majorité anglophone.

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On dit que Blaine Higgs n’est pas Richard Hatfield (Roger Ouellette, L’Acadie Nouvelle). Higgs est le représentant d’une mouvance populaire déçue par le système des élites à Fredericton; un montage qui remonte même bien avant 1987, sous la gouverne de Hatfield avec son favoritisme. Les élites acadiennes ont décidément la mémoire courte. Faut-il rappeler à quel point ce fut difficile pour Louis Robichaud d’exercer le pouvoir sans l’appui de la famille Irving? Robichaud savait pourtant de Machiavel que le peuple peut être plus sage que les princes. Qui, parmi les notables acadiens d’aujourd’hui, est capable de prendre le pouvoir et le conserver pendant dix ans comme P’tit Louis?

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Plutôt qu’un vocabulaire toxique, l’élite acadienne pourrait contribuer au combat contre le populisme. Le discours de Pierre Poilievre gagne du terrain chez les jeunes. Poilievre, c’est une autre paire de manches que Higgs : un faiseur de fausses nouvelles, décidé à ébranler certaines structures de l’État, voire un conspirationniste qui mise sur la division pour se hisser au pouvoir. Le fait de jouer avec la peur n’est pas digne d’un candidat qui aspire au poste de premier ministre du Canada. Son cas reflète une crise politique suffisamment grave pour se demander comment redonner goût au leadership (acadien).

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Il faut un travail de pensée colossal, s’adresser à celles et à ceux qui, peinant à écrire, travaillent durs, se consolent avec une bière et de la country et considèrent que la chasse à l’orignal demeure le moment idéal pour sortir son fusil : la bête achevée, reste à la dépecer et s’assoir sur elle pour une séance photo destinée à Facebook. Sincèrement, afin de se considérer comme une exception dans la francophonie canadienne, ayons au moins le courage et la décence d’avouer que nous avons perdu l’esprit du combat honnête et juste qui animait tant nos ancêtres.

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Au pays de l’antiracisme

Tiens donc, voilà de nouveau l’antiracisme français à l’œuvre. Cette fois, c’est à l’Assemblée nationale française que de nombreux députés se sont dressés vent debout contre une déclaration pour le moins douteuse  («qu’il(s) retourne(nt) en Afrique») d’un député d’extrême droite, Grégoire de Fournas, pendant que le député Nupes, Carlos Martens Bilongo, posait une question au gouvernement au sujet des bateaux de migrants dans la Méditerranée. Le député du Rassemblement national a eu beau se justifier, il a non seulement été censuré deux jours plus tard, mais aussi exclu des travaux de l’Assemblée, et ce, pour une durée de quinze jours.

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Osons : l’antiracisme aurait-il perdu la carte? Quelle différence y a-t-il avec les déclarations du ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui, évoquant la nécessité de réviser la loi asile et immigration, ajoute qu’il faut «être gentil avec les gentils et méchant avec les méchants»? Chassez le naturel, il revient au galop. Cette façon de procéder n’a plus sa place dans une démocratie.

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L’antiracisme serait-il devenu le pendant du conformisme (républicain), lequel norme qu’il n’y a qu’un seul français («Impossible n’est pas français!» avait dit Napoléon)? Dans les deux cas, il y a dureté par vanité : «De même que la justice est souvent le manteau de la faiblesse, de même les hommes bien pensants, mais faibles, ont recours à la dissimulation et prennent visiblement une attitude injuste et dure — pour donner l’impression de la force». Ces propos de Nietzsche (Humain, trop humain, tome 1, 2e partie, «Opinion et sentences mêlées», ¶64) sont à méditer.

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Disons «stop» aux directives de conscience

N’est-ce pas paradoxal qu’on veuille décoloniser les esprits — Dieu sait qu’on les compte en quantité celles et ceux qui s’emploient à le faire : des recherches subventionnées par l’État aux journaux, en passant par les réseaux sociaux —, alors que nous n’avons jamais été dans une aussi grande confusion? J’espère seulement ne pas ajouter à l’étourderie ambiante en disant que les propositions donnent à mourir de rire. Elles sont parfois si ridicules que l’épaisseur du moi du moi devient le seul refuge. Qui a dit que «le ridicule ne tue pas»?

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Vous retrouverez la 2e partie de cette chronique dans notre numéro de Noël du 8 décembre 2022.

Habiter et penser le monde

Par |2022-11-15T23:41:49+00:0014 novembre 2022|Catégories : À la une, Edmonton|Mots-clés : |

Étienne Haché est philosophe et enseignant de Culture générale au lycée La Providence en France.

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Pour ce numéro consacré à l’urbanisme, j’ai pensé vous parler de Martin Heidegger (1889-1976). Disciple d’Edmund Husserl, amant et professeur de Hannah Arendt, directeur de thèse de Hans Jonas, maître à penser de Hans G. Gadamer et d’Emmanuel Levinas, collègue et ami de Karl Jaspers, Heidegger est sans aucun doute la plus grande figure intellectuelle contemporaine. Bien que ses écrits soient entachés par le soupçon du nazisme, il donne à penser notre rapport avec l’habitation et la cité.

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Le 5 août 1951, lors d’un colloque sur «L'homme et l’espace» devant des ingénieurs et des architectes, Heidegger prononça une conférence intitulée «Bâtir, habiter, penser». En pleine crise du logement dans l’Allemagne d’après-guerre, il posait la question suivante : «Qu’est-ce que l’habitation?» Pour lui, derrière le mot «habitation» se cache non pas le problème de la construction et des matériaux nécessaires, ainsi que les coûts, ni le lieu où l’on voudrait habiter, encore moins la question du confort ou celle du droit au logement, mais plutôt, au sens existentiel, l’être de l’habiter, à savoir l’espace public, les équipements et les infrastructures pour s’épanouir, les lieux d’échange, de création et de convivialité; bref, tout ce qui permet à notre être de se réaliser humainement et spirituellement.

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La question de l’être

Heidegger a introduit dans la philosophie occidentale le fait d’«être au monde», ce qu’il appelle le Da-sein (l'être-là). Il faut remonter à un ouvrage monumental et légendaire, Sein und Zeit (Être et temps) écrit en 1927, pour comprendre le Dasein. Dans cet ouvrage, qui correspond à la période du premier Heidegger, le penseur attire en effet l’attention sur un souci existentiel majeur : l’être. À ce souci, explique-t-il, la philosophie a toujours répondu en s’intéressant aux choses telles qu’elles sont (les étants) — soit à travers l’étantité (les propriétés communes) des étants, soit en posant l’existence d’une essence suprême (Dieu) — et non à leur manifestation ou à leur substance (pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?, demandait Leibniz).

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Pour comprendre l’être, Heidegger propose pour sa part de s’intéresser à un étant en particulier, l’homme. L’ontologie fondamentale inspirée par Pascal stipule que la particularité de tout homme consiste à se préoccuper de son être dans l’imminence de la mort. Malgré cela, le constat est en partie un échec puisque l’ouvrage se résume à une réflexion sur l’existence de l’homme (le Dasein qui s’interroge sur son être) et non sur l’être en général.

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Or, c’est à ce stade qu’on peut situer la pensée du deuxième Heidegger que reflète le texte de la conférence susmentionnée de 1951. Puisque l’étant en particulier, à savoir le Dasein, fait obstacle au dévoilement de l’être en tant qu’être, est-il possible de parvenir à la vérité de l’être par un autre moyen? Réponse de Heidegger : oui, et ce, grâce au pouvoir de signification du langage. D’où l’intérêt de Heidegger pour l’étymologie, en l’occurrence le sens des mots bâtir, habiter et penser. Le langage serait une sorte de métaphysique latente dans la mesure où les mots échappent à l’usage que nous en faisons. Le danger d’«oubli de l’être» étant omniprésent, il faut donc être attentif aux mots que nous employons, comme c’est le cas en poésie et en littérature. Mais le langage n’est-il pas qu’un outil proprement humain?

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Habiter, c’est mener une existence authentique

Lors de sa conférence, Heidegger dit qu’il y a dans le mot habiter une nouvelle façon d’être au monde : l’«être habitant» est même l’idée centrale du texte de 1951. Ainsi, le fait d’habiter le monde et dans la cité est bien plus que se loger. Loger n’est en réalité rien d’autre qu’un système technico-bureaucratique de mise en boîte pour ainsi dire, de quelque façon que ce soit. Sans l’ombre d’un doute, nous sommes forcément à l’étroit dans ce genre de logement, n’est-ce pas? Habiter suppose en revanche la possibilité de se retrouver dans un lieu et de s’incarner en lui. Ainsi, pour Heidegger, le verbe habiter possèderait davantage de qualités que le verbe loger.

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Habiter n’est pas qu’un simple processus technique ou une merveilleuse idée d’ingénieurs et d’architectes adaptée aux comportements et aux modes de consommation; habiter, c’est la volonté de mener une existence authentique, loin de la «quotidienneté» et de la «banalité» (le domaine du «On»). Du reste, dans sa conférence, le penseur souligne ceci : «dans la crise présente du logement, il est déjà rassurant et réjouissant d’en occuper un». Dans une Allemagne détruite par les bombardements alliés, le logement était devenu une chance davantage qu’un droit. Toutefois, habiter ne suppose pas seulement de pouvoir se loger, mais le moyen de bâtir.

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Habiter n’est pas qu’un simple processus technique ou une merveilleuse idée d’ingénieurs et d’architectes adaptée aux comportements et aux modes de consommation; habiter, c’est la volonté de mener une existence authentique, loin de la «quotidienneté» et de la «banalité»

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«Nous ne parvenons […] à l’habitation, dit Heidegger, que par le “bâtir”». Nous touchons ici à la relation de moyens et de finalité. C’est que dans le fait de bâtir, il y a déjà de l’habiter, comme le charpentier qui est à l’œuvre dans une construction ou l’architecte qui y met son esprit, son attention et ses inspirations. Le fait d’être soi-même bâtisseur prolongerait donc notre personnalité. Certes, il existe des constructions qui ne sont pas nécessairement des lieux pour vivre. Mais grâce à la réflexion (intentionnalité) de l’architecte, nous espérons nous sentir bien dans un centre commercial, dans un bureau d’affaires, dans un hôpital ou dans un centre de loisirs. Nous souhaitons nous épanouir dans nos lieux de travail et nos espaces publics; nous voulons que notre bureau reflète notre personnalité.

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La perte du sens de l’habitat

Ceci me conduit au dernier terme du titre de la conférence de 1951. «“Bâtir” et penser […] sont toujours pour l’habitation inévitables et incontournables», nous dit Heidegger. Le philosophe montre à quel point le penser est intrinsèquement lié aux deux premiers termes. Concevoir son logement, c’est en quelque sorte déjà l’habiter. De même, imaginer que nous habitons un logement en particulier, c’est déjà penser à la manière dont il sera agencé pour mieux vivre. J’interprète ici Heidegger : penser notre manière d’habiter le monde est inéluctable. Penser est ainsi le terme médian entre bâtir et habiter.

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Or, pourtant, ce que déplorait déjà Heidegger en 1951, c’est le mercantilisme qui réduit des millions de femmes, d’hommes et d’enfants à la misère sociale. Nous n’offrons plus la possibilité de penser l’habitation comme «le trait fondamental» de la condition humaine». Se loger coûte cher, surtout dans les grandes villes et métropoles. Les logements sont de plus en plus petits, car c’est la quantité et la rentabilité qui passent au premier plan. Au revoir le métier d’architecte... Disposer d’un grand logement est devenu un luxe à Paris, Séoul, Tokyo, New York, Londres, Mexico, Edmonton, Calgary, Vancouver, Toronto, Montréal, Québec et même à Moncton. Jamais, hormis en temps de guerre, l’affirmation «être logé ne suffit pas pour exister» n’a été aussi vraie qu’aujourd’hui.

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L’intérêt de sa conférence de 1951 peut se résumer à cette phrase de Heidegger : «La véritable crise de l’habitation réside en ceci que les mortels en sont toujours à chercher l’être de l’habitation et qu’il leur faut d’abord apprendre à habiter». Habiter le monde comme un tout (le «quadriparti» : terre, ciel, divins et mortels), c’est cultiver tel un berger une relation de tendre souci à l’égard de son environnement et du lieu où l’on vit. Mais est-ce encore possible, dans les conditions actuelles, de façonner notre existence?

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Une tendance (écologique) est à l’œuvre, mais les habitations dans lesquelles nous devons nous incarner sont de plus en plus urbaines. Tout concourt à la perte de sens, à la négation du droit d’habiter notre être, si nécessaire afin de se réaliser.

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Une tendance (écologique) est à l’œuvre, mais les habitations dans lesquelles nous devons nous incarner sont de plus en plus urbaines.

L’Halloween, pas qu’une histoire de bonbons

Par |2022-10-31T21:37:24+00:0031 octobre 2022|Catégories : À la une, Arts et culture PR|Mots-clés : , |

L’Halloween est l’une des fêtes les plus anciennes de l’humanité. Et si on célèbre et on se raconte des histoires de peur le 31 octobre… c’est un peu la faute des Irlandais.

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Francopresse - Marc Poirier

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Pour bien comprendre les origines de cette fête de la fin octobre, il faut regarder très loin dans le rétroviseur. Des milliers d’années en arrière.

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Dans le nord de l’Irlande, chaque 1er novembre, le soleil levant éclaire l’entrée du mont des Otages, placée dans un angle précis pour accueillir la lumière de l’astre du matin.

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Le 1er novembre avait une signification particulière pour cette tombe située sur la colline de Tara, en Irlande. Crédit - Creative Commons, August Schwerdfeger.

Le 1er novembre avait une signification particulière pour cette tombe située sur la colline de Tara, en Irlande. Crédit - Creative Commons, August Schwerdfeger.

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Le mont (ou monticule) des Otages (Mound of the Hostages en anglais, Duma na nGiall, en gaélique irlandais) était une tombe en forme de dôme munie de plusieurs chambres où, selon des experts, plus de 300 personnes seraient enterrées, souvent avec des bijoux.

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On estime qu’elle a été construite entre 4000 et 3000 avant J.-C., sur le site sacré de Tara, associé aux anciens rois irlandais et aux rites religieux préhistoriques. Les spécialistes ont calculé que les plus récents enterrements datent de 1500 avant J.-C.

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Les Celtes, qui arrivent d’Europe continentale, s’installent en Irlande environ 1000 ans plus tard, dans les années 500 avant J.-C. Ils vont à leur tour associer le début de novembre aux morts par une de leur fête, le Samhain.

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Pour les Celtes, l’arrivée de novembre marquait le début de l’hiver et de la saison sombre. C’était un temps associé aux morts. Le nom Samhain signifie pour certains «fin de l’été» et pour d’autres, «réunion, rassemblement». Plus qu’un passage annuel du temps, il s’agit d’une fête de transition entre le monde physique et le monde spirituel.

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Célébration néopaïenne en Irlande marquant le Samhain, ancienne fête celte à l’origine de l’Halloween. Crédit : Wikimedia Commons

Célébration néopaïenne en Irlande marquant le Samhain, ancienne fête celte à l’origine de l’Halloween. Crédit : Wikimedia Commons

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La croyance de l’époque voulait en effet qu’à ce moment de l’année, les morts puissent revenir du côté du réel, ou encore que ceux qui étaient décédés au cours de l’année, mais qui n’étaient pas encore passés du côté des ténèbres puissent faire leur passage à cet instant, non sans avoir eu des contacts avec les vivants. C’est ce qu’au Mexique ils appellent el día des los muertos.

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Le point culminant du «festival» Samhain arrivait le 1er novembre, selon notre calendrier moderne. Ce jour-là, des gens se déguisaient pour éviter que leurs proches décédés les reconnaissent et les emmènent avec eux. Pas mal futés ces Celtes!

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Pendant ces jours de fête, de grands feux sacrés étaient allumés sous l’autorité des druides, sur la colline de Ward, non loin du mont des Otages construit par les peuples préhistoriques en Irlande. Cela marque donc une évolution des rites. Une autre transformation s’annonce cependant.

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Samhain, Toussaint, la veille des saints, Halloween

La religion chrétienne se répand en Irlande autour du Ve siècle. Comme ailleurs, ceux qui veulent convertir les païens se confrontent aux croyances de ceux-ci. À l’instar de ce qu’elle a fait pour d’autres fêtes païennes, l’Église réussira à abolir le Samhain en lui substituant une de ses propres fêtes : la Toussaint.

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La Toussaint était célébrée depuis le IVe siècle et honorait alors tous les martyrs. La fête avait lieu le dimanche qui suivait la Pentecôte, au printemps.

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Vers l’an 610, le pape Boniface IV fixe la Toussaint au 13 mai; on célèbre alors tous les saints, connus ou pas. Puis, en 835, le pape Grégoire III la déplace au 1er novembre afin, selon certains, de précisément supplanter le Samhain.

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La manœuvre sera couronnée de succès.

Au tournant du premier millénaire, une autre fête fait son apparition dans l’Église catholique, soit la fête des Morts, ou encore des âmes, qui sera célébrée le 2 novembre, c’est-à-dire le lendemain de la Toussaint. Cette fête a pour but de prier pour les âmes qui souffrent au purgatoire, afin qu’elles accèdent au paradis.

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Le 1er novembre est la fête catholique de la Toussaint, que l’Église a associée à la fête païenne de Samhain afin de faire disparaître les rites non chrétiens chez les Celtes. Crédit : Creative Commons

Le 1er novembre est la fête catholique de la Toussaint, que l’Église a associée à la fête païenne de Samhain afin de faire disparaître les rites non chrétiens chez les Celtes. Crédit : Creative Commons

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En Irlande, tous ces rituels celtiques, fête des saints, des morts, des âmes prisonnières entre l’enfer et le paradis, vont s’entremêler. Chez les catholiques croyants, la Toussaint et la fête des Morts vont l’emporter, mais certaines coutumes païennes vont survivre, comme le fait de se déguiser le 31 octobre.

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L’Halloween arrive en Amérique du Nord

Au XIXe siècle, les Irlandais fuient en masse la famine dans leur pays et porteront avec eux leur tradition de l’Halloween en immigrant en Amérique du Nord.

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Selon l’Encyclopédie canadienne, «le premier cas connu de déguisement pour la fête d’Halloween en Amérique du Nord est observé en 1898 à Vancouver». Mais l’agence Reuters avance plutôt que l’Halloween a fait son apparition aux États-Unis en 1840. Comme quoi les «faits» historiques peuvent parfois varier énormément, selon qui les présente ou les interprète.

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Et la citrouille? En Irlande, on avait coutume de sculpter des visages démoniaques sur des légumes, comme des navets, des betteraves ou même des pommes de terre. On évidait ceux-ci pour y installer une bougie et en faire une lampe.

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Les premiers «Jack-O'Lantern» était fabriqués avec des navets. Les Irlandais immigrés en Amérique du Nord lui ont substitué la citrouille. Crédit : Creative Commons

Les premiers «Jack-O'Lantern» était fabriqués avec des navets. Les Irlandais immigrés en Amérique du Nord lui ont substitué la citrouille. Crédit : Creative Commons

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Cette pratique trouve son origine dans une légende irlandaise. Stingy Jack était un personnage méchant qui buvait à l’excès, allant de pub en pub. Le Diable décide de venir le chercher pour l’emmener en enfer. Mais Jack réussit à le déjouer et échappe à son sort. Il est cependant condamné à errer en s’éclairant d’une lanterne faite d’un navet dans lequel brille une bougie.

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En Amérique du Nord, le navet est remplacé par une citrouille et la lanterne ainsi créée sera appelée «Jack O’Lantern».

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La citrouille comme telle deviendra un symbole de l’Halloween, et la tradition gagnera tellement en popularité qu’elle sera exportée en Europe. Un vrai échange culturel!

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D’où vient le mot Halloween? En vieil anglais, «hallow» veut dire saint. La Toussaint se nommait «All Hallows’ Day», ou le jour de tous les saints. Le 31 octobre devient alors «All Hallow’s Eve» la veille de la Toussaint, une journée de prière et de jeûne en préparation de la grande fête du lendemain. Le nom «All Hallows’ Eve» évoluera au fil du temps pour devenir «Halloween» et les pratiques chrétiennes seront délaissées au profit de rites païens qui ont survécu.
Un succès commercial Selon Hellosafe, les Canadiens dépenseront cette année 1,64 milliard $ pour célébrer l’Halloween, soit près de 88 $ par personne. Près de 500 millions de friandises seront vendues au pays. L’étude ne dit cependant pas combien de caries apparaîtront en novembre!
Ce texte fait partie d'une série publiée par Francopresse intitulée, Dans le rétroviseur.

L’automne, cette saison qui n’est pas qu’une feuille morte

Par |2022-10-26T21:17:10+00:0028 octobre 2022|Catégories : À la une, Edmonton|Mots-clés : |

Étienne Haché est philosophe et enseignant de Culture générale au lycée La Providence en France.

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C’était un mardi matin, le 18 octobre. Je faisais cours quand, soudainement, après une averse, je demandai à mes élèves : Qu’y a-t-il de si agréable en automne? Le silence se fit entendre. Puis, comme par enchantement, l’automne parla à tous ceux qui, bien avertis comme Jade, savent écouter et voient dans cette saison davantage que la morosité et les feuilles mortes de Verlaine…

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Certes, avant son piètre état, courant octobre, semblable au vieillard au soir de sa vie, la feuille fut colorée pendant quelque temps; et, avant d’être multicolore comme ces gens revivifiés après cinquante ans, bien verdoyante comme notre jeunesse; aux beaux jours, elle devint aussi tendre que l’adolescence; puis, juste après l’hiver et les grands froids, naquit.

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Mais il n’y a pas que le printemps, si cher aux Romains de l’Antiquité, pour célébrer la vie. L’automne fait de même, voire beaucoup mieux. Là où le printemps salue la naissance (renaissance), pour sa part, l’automne honore l’œuvre de la nature tout entière. La fin du cycle étant prévisible, car l’hiver n’étant plus loin, il est toujours possible de parcourir le chemin à reculons pour se remémorer et raconter.

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Là où le printemps salue la naissance (renaissance), pour sa part, l’automne honore l’œuvre de la nature tout entière.

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Dans cette synthèse des opposés, à l’instar du yin et du yang qui se complètent dans leur opposition pour mieux traduire et exprimer le cosmos, se dévoile le mystère de l’Être éternel à jamais; celui que contemplait jadis Thalès avant de tomber dans un puits, chute qui fit tant rire la fille de Thrace. D’aucuns savent pourtant que le trajet est complexe et imprévisible. Mère Nature a bien fait les choses. Elle ne réserve ses secrets qu’aux curieux et aux passionnés. Mieux vaut donc être sage qu’une créature écervelée ou un mesquin. Car de l’expérience, il en faut : l’automne n’est pas que le moment où la nature perd sa verdure; c’est aussi le temps où les bourgeons du printemps se forment, où nombre de fruits et légumes se cueillent en quantité.

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Un temps pour soi

Admettons que nos étés ne sont plus comme ceux d’antan (cf. mes «Doux souvenirs des étés d’antan», Le Franco, août 2022), qu’en est-il de nos automnes : de l’été indien à l’Action de grâce, à l’Halloween, à la Toussaint, à la fête des Morts jusqu’au jour du Souvenir, en ces novembres frisquets et même froids dans l’hémisphère nord?

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À chacun de ces événements correspond une image, celle d’une rivière miroitante, entourée de couleurs chatoyantes et dorées, au beau milieu d’une nature figée, à l’aube comme en ces fins d’après-midi, soleil couchant; un visage, celui d’un petit monstre accourant de maison en maison pour réclamer des bonbons et jouant à se faire peur; un souvenir, celui des anciens et des gens ordinaires affairés dans la joie et dans la sérénité à la nécessité : certains labourant la terre, d’autres faisant les réserves de bois pour l’hiver ou hivernant leur bateau de pêche; une odeur, la fumée du poêle et de la cheminée faisant des siennes comme pour rappeler que le premières neiges arrivent; un sentiment, la perte d’un être cher, que même l’habitude de croire à une mort juste et raisonnable en automne ne peut apaiser; une morale, plus précieuse celle-là que ne le fut l’espoir suscité par l’or du Klondike : elle rappelle à chaque instant que les feuilles d’automne réchauffées par les derniers rayons lumineux du soleil contribuent à nourrir l’âme de nos valeureux soldats tombés au combat…

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L’artiste, l’écrivain, le poète n’ont-ils pas raison? Nous ne savons et ne pouvons écrire qu’une fois retournés à nous-mêmes, dans nos profondeurs automnales. Loin d’être une exception dans ce retour naturel aux origines, l’automne est même davantage que les autres saisons, celle qui offre un temps pour soi, pour se recueillir, penser et méditer. À cet égard, l’automne n’est pas seulement le moment où l’on rend hommage à une vie, comme le font à leur manière Nobel, Booker, Goncourt, Deutscher Buchpreis et compagnie. C’est sans doute le moment de l’existence le plus créatif que la nature ait donné à l’artiste et à l’intellectuel; simplement parce qu’en automne, la nature reflète la création à l’état pur.

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Magique et envoûtant…

L’automne, saison par excellence d’imagination et de création. Cela suffit à rompre avec l’image monotone qu’on lui prête. C’est l’expression de la vie se retournant sur elle-même, juste avant les intempéries, en vue d’un renouvellement, d’une transformation à venir, après l’hiver : rien d’autre que le recommencement de ce qui sera, printemps venu, le présage d’une feuille d’automne. Ainsi, voilà pourquoi l’automne est magique, envoûtant, divin… Nourriture spirituelle de l’inventivité, temps propice à la création, l’automne excelle par sa manière de se rappeler à nos souvenirs; sans la mémoire desquels aucune grande œuvre, aucune production artistique digne de ce nom n’est possible.

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L’automne, saison par excellence d’imagination et de création.

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La nature automnale dans tous ses états devrait suffire à convaincre les sceptiques et les rationalistes que l’être humain est pourvu de sentiments et d’émotions. On trouve effectivement à cette période quantité de représentations de la nature qui éveillent nos sens, suscitent des passions, donnent à penser. «Automne, je t’aime», tel aurait pu être le titre de cette chronique, car c’est bel et bien d’amour dont il s’agit. Éphémère pour certains, durable pour d’autres, l’amour que suscite l’automne est magique, envoûtant, doux, sincère, authentique : il est volupté à la manière de l’amour pour l’être cher.

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Là s’arrête pourtant la ressemblance avec l’être aimé; amour qui ne dure qu’aussi longtemps que les amants l’entretiennent. Mère Nature, elle, en a décidé autrement : l’amour de l’automne ne se consume jamais. Éternel retour de l’identique, l’automne symbolise l’espoir, la patience, la ténacité, le courage. Oui, il faut consentir à des sacrifices et à des efforts pour percevoir, par-delà la grisaille, la nature qui s’exprime avec puissance, caractère et beauté à travers l’automne, ce «printemps de l’hiver», disait Toulouse Lautrec.

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Prise de conscience

Lors d’une rencontre pédagogique où de nombreux collègues ont fait part, avec raison, de leurs inquiétudes face à la cybernétique, à l’emploi des nouvelles technologies au service d’un contrôle accru de nos vies et de nos activités par des puissances supérieures et anonymes, je répondais qu’il nous fallait à tout prix cultiver la singularité et l’amour d’autrui en même temps que le détachement et l’ironie. Ce sont des qualités nécessaires pour vivre aujourd’hui dans ce monde devenu complexe, voire très inquiétant à certains égards. Elles n’ont rien de comparable à la «dose d’insensibilité» que recommandait l’écrivain philosophe roumain Émil Cioran pour vivre et supporter les temps sombres (de l’automne).

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Bien au contraire. Les qualités dont je parle sont une forme de résistance et de solidarité. Elles sont aussi anciennes que le monde. Elles témoignent de la puissance spirituelle en tout être humain. Ce sont des qualités sensibles. Rien de mieux que l’automne, temps de la méditation et de la réflexion, pour cultiver ces valeurs, construire sa propre statue et ajouter sa pierre à un nouveau monde commun. L’automne? Tout simplement édifiant.

La religion, un défi pour la raison?

Par |2022-10-19T16:19:45+00:0020 octobre 2022|Catégories : À la une, Edmonton|Mots-clés : |

undefined est philosophe et enseignant de Culture générale au lycée La Providence en France.
Personnages du dialogue :Hylas (Baruch Spinoza, Éthique, Partie 1, Appendice, 1677) • Théophile (Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, 1932) • Philémon (Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, 1938)

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Théophile : Hylas, un ami m’a confié récemment qu’il avait «perdu la foi». Penses-tu comme lui que les hommes peuvent vivre sans religion?
Hylas : Certains le peuvent qui font confiance à leur entendement, d’autres n’en peuvent pas qui confondent croyance et raison.
Théophile : Mais la religion n’est pas qu’un ensemble de croyances. C’est une institution qui organise les pratiques en accord avec les valeurs d’une communauté.
Hylas : Connais-tu Spinoza, philosophe hollandais du 17e siècle? Il explique que la religion est une pratique superstitieuse dont le caractère irrationnel amène les individus à interpréter n’importe quel événement comme un signe divin.
Théophile : Que veux-tu dire?
Hylas : Les théologiens qui s’en remettent au principe de l’«ignorance» procèdent comme suit : à défaut d’une preuve contraire, Dieu est la cause finale. Ainsi, lorsque l’ignorance est détruite, disparaît également la croyance dans la «volonté de Dieu».
Théophile : Mais la croyance était omniprésente chez l’«homme primitif». Des résidus persistent encore chez nos contemporains. Elle sert de contrepoids à la volonté de connaître, qui est sans limite. Henri Bergson parle de deux sortes de causes : la «cause seconde» correspond au fait de constater une action, la «cause mystique» à la volonté d’expliquer un phénomène par la foi en Dieu. Prenons l’exemple du rocher qui tue un homme en se décrochant d’une falaise. Nous constatons d’abord l’action par des causes secondes. Mais nous questionnons les volontés qui ont poussé l’action à se réaliser. La cause s’explique par une intention qui, sinon supérieure à l’effet produit, est au moins équivalente à lui.
Hylas (pratiquant l’ironie) : Je ne veux pas t’offenser, mais ton «adhésion fanatique» te rend ignorant. Reprenons ton exemple : la pierre qui a tué un homme est tombée à cause du vent et de la pluie. Il n’y a aucune référence mystique ou surnaturelle. La chute du rocher est un événement dont il faut rendre raison par une explication physique, matérielle.
Philémon : Entièrement d’accord! C’est ainsi que fonctionne la science.
Hylas et Théophile (s’exclamant à l’unisson) : Philémonnnnnn!
Philémon (gêné d’avoir interrompu la conversation) : Amis, je vous cherchais du regard au milieu de cette marée humaine. Je ne veux pas vous interrompre. Alors, s’il te plaît Théophile, que réponds-tu à l’objection de Hylas, car je vous ai entendu?
Théophile : Euh… Nous parlions de religion et de vérité.
Philémon : Et alors?
Hylas (voyant Théophile empêtré, intervient) : Théophile n’admet pas la liberté humaine et se retranche derrière la croyance. Comme le dit Spinoza, si seulement les hommes avaient conscience de leur liberté, ils ne s’en remettraient pas à des pouvoirs irrationnels.
Philémon (prenant la défense de Hylas) : Je partage ton opinion. La vérité est l’œuvre d’une expérimentation. Elle n’est pas le fruit d’une inspiration divine. Les causes ne sont pas à rechercher au-delà des causes réelles et physiques.
Théophile : Soit! Alors pourquoi, dans l’exemple du rocher, l’homme se trouvait-il à cet endroit à ce moment précis? Comment expliquer que le vent soufflait au même moment? Souviens-toi de ce que je te disais en citant Bergson : l’intelligence humaine doit toujours composer avec l’instinct. Par «instinct», Bergson entend des perceptions ou des souvenirs qui servent de «réaction défensive de la nature contre le pouvoir dissolvant de l’intelligence».
Philémon : Tu marques un point important Théophile. J’aimerais toutefois apporter une précision. Tu dis que le sens ne se dévoile jamais à la surface des phénomènes. La question de la spiritualité est également présente dans les sciences, mais elle n’est pas posée à l’aveugle. Gaston Bachelard, philosophe des sciences, a montré qu’à travers les efforts déployés par le scientifique pour surmonter les «obstacles épistémologiques» la question du sens pointe à l’horizon. L’obstacle à la vérité en science tient aux conditions et aux moyens que le scientifique met en œuvre. Cela complique son travail. Depuis la fin du 19e siècle, la vérité n’est plus le fruit d’une idée absolue dont Dieu serait le moteur. Les causes ne sont pas au-delà des causes réelles.
Hylas : Tu vois, Théophile, les hommes qui ne peuvent se passer de «causes mystiques» pour expliquer un phénomène restent ainsi dans l’ignorance des vraies causes.
Théophile : Dis-moi, Hylas, si la connaissance et la vérité n’ont rien à voir avec la croyance, que sont-elles?
Hylas : Un fait rationnel!
Philémon (trouvant que Hylas n’aide pas à convaincre un spiritualiste comme Théophile) : Hylas, tu sembles bien sûr de toi. C’est un sophisme de prétendre que la vérité est une affaire purement rationnelle. La science n’est pas prédéterminée. La vérité ne s’obtient pas non plus systématiquement au terme d’une relation causale. C’est un travail marqué par des «lenteurs», de la «stagnation», de la «régression», des «troubles». Curieusement, la science progresse ainsi. Dieu n’est pas le moteur de la science, mais l’expérimentation scientifique ne fait pas jaillir la vérité d’un seul coup de baguette. La connaissance rationnelle déduite des procédés courants de la démonstration doit être remise en cause. La méthode scientifique est complexe, elle demande beaucoup de patience. Il n’y a pas de ligne droite toute tracée vers la vérité. Celle-ci se construit à travers une série d’erreurs rectifiées.
Théophile : Je retiens ta précision Philémon. Dis-nous Hylas, que vaut un fait dépourvu de valeur?
Hylas : Un fait est porteur de sens. Distinguons, tu veux bien, jugement de valeur et foi ou croyance. Ce n’est pas la même chose.
Philémon : C’est exact. Il faut toujours préciser la valeur. En science, elle n’a pas la même portée que la croyance. Elle se transforme au cours d’une expérimentation et n’est jamais coulée comme du béton. Preuve en est que si les résultats obtenus sont bons, ceux-ci confortent le scientifique dans ses choix et ses orientations. Après tout, son travail vise le bien-être de l’humanité. Mais dès que les choses tournent au chaos, tout est remis en question. S’il existe des vérités analytiques ou a priori (3 x 5 = 30 ÷ 2; la terre est ronde; lorsque l’eau bout à plus de 100 degrés, elle s’évapore; le mot tri-angle indique trois côtés …), l’esprit humain ne repose pas essentiellement sur elles. Les vérités d’hier ne sont pas celles d’aujourd’hui; celles d’aujourd’hui risquent à leur tour d’être réfutées dans le futur.
Théophile : En réalité, notre désaccord n’est pas si profond. Les faits sont inséparables des valeurs. Toute la question est de savoir si la religion n’est que pure superstition. Vous deux, Philémon et surtout toi, Hylas, prétendez que la religion est une chimère. Personnellement, je considère la croyance (religieuse) comme le point de départ et le terme de toute connaissance.
Philémon : Théophile, ni la religion ni la science ne détiennent la vérité. Depuis Galilée, Newton, Darwin, nous savons qu’un créateur n’est pas nécessaire pour expliquer l’Univers. Si bien qu’au début du 20e siècle le matérialisme triomphait. Puis, comme un grand balancier, le mouvement est reparti en sens opposé avec le Big Bang et l’expansion de l’Univers. Autant de cailloux dans les chaussures des matérialistes qui mettent à mal la thèse d’un Univers immuable et nous rappellent qu’il ne suffit pas de croire dans l’existence d’un grand horloger pour que cela devienne une vérité.

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Petit exercice de pensée pour de sombres temps

Par |2022-10-07T15:03:47+00:008 octobre 2022|Catégories : À la une, Edmonton|Mots-clés : |

Étienne Haché est philosophe et enseignant de Culture générale au lycée La Providence en France.

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Le terme philosophie est composé de deux mots grecs : philia (amour) et sophia (sagesse). Mais les préjugés sont toujours aussi tenaces. Nous entretenons souvent, sans le savoir, une fausse image du philosophe, celle de prédicateur.

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«Le terme philosophie est composé de deux mots grecs : philia (amour) et sophia (sagesse).»

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Parmi les clichés et les poncifs pour décrire le philosophe, notons sa fonction : «avec un diplôme de philosophie, c’est le chômage qui nous attend». Un chauffeur de taxi ou un mécanicien sont beaucoup plus utiles à la société. À la différence de l’historien qui analyse les événements ou du sociologue qui aborde les phénomènes sociaux, le philosophe, lui, n’a pas d’objet d’étude. Son activité se limite à penser. Mais penser à quoi?

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L’activité du philosophe apparaît encore moins pertinente lorsqu’on considère son apparence. Platon, Aristote, les épicuriens et les stoïciens, nous les imaginons seuls, menant une vie d’ermite, austères, de préférence barbus avec des cheveux longs, vivant dans des conditions d’hygiène discutables, se contentant du strict minimum et ne prenant pas soin d’eux-mêmes (lire la réponse de Sénèque dans sa «Lettre 5» à Lucilius).

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«Avec un diplôme de philosophie, c’est le chômage qui nous attend.»

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Le philosophe paraît aussi à contre-courant. Dans La République de Platon (Livres 5-6), Socrate s’inquiète du mépris dont fait preuve la foule à l’égard du philosophe. Il estime, dans ces conditions, impossible de pouvoir transmettre la philosophie à la jeunesse puisque celle-ci est portée vers les faiseurs de discours (philodoxes). La société préfère un savoir utile, celui qu’enseignent les sophistes : devenir médecin, avocat, commerçant, etc.

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Dialoguer avec autrui

Ces préjugés collent à la peau du philosophe. Derrière ces reproches se cache en réalité une méfiance. C’est qu’en tout temps le philosophe fait trembler l’édifice. Cela dit, il est clair qu’en définissant la philosophie comme apprentissage de la mort (vie éternelle) — ce que propose Socrate dans l’Apologie et dans le Phédon —, il ne risque pas de défendre sa cause. Au mieux, il apparaît comme un paria : toléré, mais marginal.

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Heureusement, la philosophie ne se résume pas qu’à cela. Contrairement aux idées reçues, le philosophe n’est pas un solitaire, ni dans une tour d’ivoire, ni un penseur convaincu de détenir la vérité. Toute sa démarche est basée sur un procédé assez simple : dialoguer.

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Si l’activité de penser nécessite d’être seul avec soi-même, paradoxalement, elle n’est possible qu’en compagnie d’autrui qui pense, et ce, de manière différente de soi. Ce dialogue était un art de vivre dans l’Antiquité (lire Pierre Hadot, La philosophie comme manière de vivre, 2001). À quoi bon penser s’il n’y a que des vérités?

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Il existe des vérités mathématiques ou scientifiques (analytiques ou a priori) : 3 x 15 = 30 ÷ 2; la terre est ronde; lorsque l’eau bout à plus de 100 degrés elle s’évapore; un triangle est une figure géométrique distincte d’un myriogone et d’un chiliogone; le double d’un carré se conçoit grâce au calcul de la diagonale selon Pythagore. Mais le pouvoir de connaître possède des limites. Que ce soit face à des problèmes complexes comme dans les sciences ou par rapport à des sujets portant sur l’existence, Dieu, la mort, le bonheur, la justice, il faut pouvoir en discuter à plusieurs afin de comparer son jugement.

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C’est ainsi que procède Socrate dans l’Apologie (21c-22e). Au terme de ses échanges avec les commerçants, les artistes et les politiques, il découvre qu’il ne sait que très peu de choses. Ce qui le rend d’ailleurs plus modeste que ses interlocuteurs.

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Développer une pensée critique

Si le travail du philosophe est important, c’est parce qu’il consiste à interpréter et à reformuler les questions et les problèmes qui se présentent à lui. Comme l’a fait remarquer Jürgen Habermas, l’avenir de la philosophie doit consister dans cette fonction émancipatrice (La science et la technique comme idéologie, 1973/1968). Afin d’être compris par autrui, nous nous devons de construire un discours structuré, clair et argumenté. À l’inverse, nous attendons des autres qu’ils nous communiquent clairement leur pensée. Avec l’ouverture d’esprit, le «sensus communis» (Kant, Critique de la faculté de juger, ¶ 40) est la condition sine qua non de la pensée.

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Si vraie qu’elle puisse sembler, l’image du philosophe solitaire n’est qu’une dimension, négligeable, de l’activité philosophique. Ce qui fait de lui le penseur par excellence, c’est son esprit critique très développé. Dans nos sociétés, la critique est mal perçue. Au lieu de nourrir les débats, elle peut les envenimer, mettre sur la défensive et rendre stérile toute discussion.

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En philosophie, la critique possède un tout autre sens : une capacité à discerner et à juger la valeur et les limites d’un discours. Que ce soit Platon, Aristote, Épicure, Épictète, Cicéron, Descartes, Kant, Arendt, chez tous ces penseurs la réflexion ne peut aboutir sans un examen critique. Penser par soi-même est aux antipodes des dogmes (vérités) et des opinions (foi, émotions, goûts).

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Ombre, lumière, modération

Deux exemples suffisent pour illustrer la fonction du philosophe. Il s’agit de l’allégorie de la Caverne au livre 7 de La République de Platon, qui suit l’analogie de la Ligne à la fin du Livre 6, ainsi que le débat entre Socrate et des sophistes subversifs et impétueux comme Thrasymaque (Livre 1) et Calliclès (Gorgias).

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Ce que traduit l’allégorie de la Caverne, où des hommes, enchaînés aux pieds et au coup, sont incapables de discerner ce qui se cache derrière les apparences, c’est une forme d’ignorance. Sauf quelques rares exceptions, comme ceux qui ne veulent pas en sortir ou qui n’ont pas les ressources intellectuelles suffisantes pour y parvenir, tout homme désire savoir et progresser dans la connaissance. Découvrir soudainement que ce qui paraissait éternellement vrai n’est en réalité qu’une chimère est, à n’en pas douter, une expérience traumatisante, tout aussi aliénante que la condition du prisonnier. Mais à la différence de ce dernier, celui qui a découvert la réalité derrière les apparences est libre.

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L’allégorie de la Caverne est pertinente. Nous faut-il accepter ce que disent les autres sans chercher à comprendre? Comment distinguer une opinion non fondée d’une opinion vraie? Le débat entre Socrate et les sophistes suffit pour trancher. Ce débat porte sur la question de savoir si l’homme est tout puissant au point de posséder la vérité, ou si, au contraire, cette prétention ne se heurte pas tôt ou tard à des sujets sans réponse.

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Aux yeux de Socrate, les sophistes n’étaient pas que de simples fabulateurs. Il va même jusqu’à louanger leur esprit critique. Pour Socrate, qui peut être considéré lui-même comme un sophiste, nous aurions ainsi une dette envers eux. Les hommes des Lumières se considéraient également comme les héritiers des sophistes. Mais il y a toutefois des limites à la prétention de tout expliquer.

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Ce que Socrate reproche à ses adversaires, c’est qu’en prétendant vouloir tout connaître, les sophistes ne font que satisfaire leurs désirs personnels, même les plus terribles. Leur enseignement à la jeunesse est donc dangereux. Ils seraient le parfait exemple à ne pas suivre puisque, pour eux, la fin justifie les moyens : toute vérité est défendable à condition de satisfaire ses intérêts. Une démarche malhonnête, d’après le Socrate de Platon, contraire à l’esprit du vrai philosophe.

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Salon du livre 2022 Dans un opuscule de cinq pages rédigé vers 1807, Qui pense abstrait?, Hegel pourfend avec la même ironie que Socrate tous ceux qui, dénonçant la pensée abstraite, maintiennent des préjugés que, pourtant, la philosophie cherche à dépasser. L’invitation à le lire est donc lancée (excerpts.numilog.com/books/9782705666354.pdf).

La rentrée scolaire : à chacun son calendrier

Par |2022-09-19T15:17:57+00:0017 septembre 2022|Catégories : Ailleurs en Alberta, Rivière-la-Paix, Saint-Isidore, Fahler / Girouxville|Mots-clés : |

À Falher, deux écoles, deux dates pour la rentrée. Les 170 élèves, de la maternelle à la sixième année, de l'école Routhier ont retrouvé leur pupitre le 30 août. La moitié de ces jeunes évoluent dans le programme d’immersion française, l’autre non. À l'école francophone Héritage, ce sont 155 élèves, de la maternelle à la douzième année, qui ont été accueillis le jour d’après.

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En entrant dans une classe de maternelle d’immersion française à l’école Routhier, on découvre un outil pédagogique visuel concernant le comportement des élèves. Crédit : Isaac Lamoureux

En entrant dans une classe de maternelle d’immersion française à l’école Routhier, on découvre un outil pédagogique visuel concernant le comportement des élèves. Crédit : Isaac Lamoureux

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Le vrai défi de l’éducation au XXIe siècle

Par |2022-09-19T15:18:37+00:0017 septembre 2022|Catégories : À la une, Edmonton|Mots-clés : |

Étienne Haché est philosophe et enseignant du cours Culture générale en France. Il publie bimensuellement la chronique «Esprit critique».

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Dans Capital et idéologie (2019), l’économiste Thomas Piketty souligne que notre contexte mondialisé ne suppose pas seulement l’élaboration de politiques économiques, la propriété ou la prospérité. Et pour cause. Les droits de la femme, le dérèglement climatique, la technicisation de nos modes de vie, pour ne citer que ceux-ci, exigent une réponse conforme au respect de l’humain. Le politique est ainsi inséparable de l’éthique.

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Pour les plus grandes figures des Lumières, le moyen-terme commun à l’éthique et au politique, c’était l’éducation. Lieu d’apprentissage du jugement (objectif moral), la sphère éducative doit permettre à chacun de communiquer ses pensées dans un horizon des fins (objectif politique). Éduquer, transmettre, n’est-ce pas conférer un sens aux savoirs?

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Cela vaut tant pour les élèves que pour les enseignants, pour lesquels la formation doit permettre d’accéder à la formulation de problématiques qui n’excluent personne et qui ont une fonction émancipatrice. Dans la mesure où elle combat, dès l’école, le prêt-à-penser, l’éducation doit placer l’apprenant dans une situation où c’est lui qui questionne, construit, de concert avec les autres, des capacités à traduire en pensées ce qui, depuis l’origine, fait obstacle à son développement.

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La grande aporie

Le discours si répandu qu’il faut adapter la jeunesse à un monde en mutation est, du point de vue de l’apprentissage et de la transmission, entaché d’incohérence : c’est une aporie de la raison. Si notre monde est incertain, imprévisible, comment s’y adapter?

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Ce n’est pas une adéquation aux compétences qui permettra à la jeunesse de surmonter les difficultés et les tensions inhérentes à notre monde et de défendre le bien commun. La logique utilitaire, instrumentale et la rationalisation croissante vont à l’opposé de cette culture civique que Jürgen Habermas appelle de ses vœux afin d’adopter une attitude critique et de considérer les choix de ses actions.

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Étienne Haché

Étienne Haché

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Il est difficile d’établir un lien entre la baisse du niveau d’esprit critique dans nos sociétés démocratiques et ceux qui briguent le pouvoir. Mais le fait d’avoir choisi, délibérément ou non, depuis des décennies, d’orienter l’éducation sur la base d’intérêts économiques et partisans explique la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui et permet de comprendre pourquoi beaucoup de citoyens, incluant les jeunes, sont tentés de voter pour des dirigeants autoritaires (cf. sondage international Ipsos de 2016).

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Un regard lucide sur le monde ne peut se réduire à la dénonciation. Il faut aussi défendre notre jeunesse contre elle-même, l’empêcher de transformer en or durci tout ce qu’elle touche, la préserver de l’artériosclérose et du dessèchement. Cela demande des moyens, qui existent déjà, mais qui sont plutôt mal répartis. Il faut aussi de bons pédagogues, dotés de conviction et critiques par rapport aux programmes établis.

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«Un regard lucide sur le monde ne peut se réduire à la dénonciation.»

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Retrouver le goût des choses

Dans le sillage des réflexions d’Emmanuel Kant sur la capacité politique du «jugement de goût» (¶ 40 : Critique de la faculté de juger), Hannah Arendt explique que le vivre-ensemble relève d’une faculté de juger commune à tous les hommes. En conséquence, cela revient à se demander si nous sommes prêts à renoncer à nos intérêts et à nos convictions au profit d’un monde dans lequel serait reconnu ce que nous sommes comme partie intégrante d’autrui, et inversement.

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Sortir de soi-même et cultiver son jugement est une façon d’appréhender le changement; non pas comme une fatalité, comme un mouvement irréversible ou la source de tous les maux, mais comme renouvellement du monde. En ce sens, l’éducation au goût (l’esthétique) est le moyen-terme conciliant l’éthique et le politique. Propre à chacun, le goût implique une intelligence politique porteuse de sens commun («mentalité élargie»).

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Argumenter, synthétiser, analyser, comprendre sa place dans la société, dialoguer avec autrui, coopérer… Loin d’un enseignement refermé sur lui-même, ces valeurs reflètent un véritable humanisme démocratique. C’était aussi l’ambition de John Dewey, grand pédagogue américain, qui n’était pas un partisan de l’éducation progressive pour de simples raisons commerciales et de marketing.

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Cultiver la pensée critique

Si nous sommes attachés aux valeurs démocratiques, nous devons non seulement former de bons techniciens, mais des citoyens capables de juger sensiblement et de s’ouvrir à la diversité culturelle (Martha Nussbaum, Les émotions démocratiques, 2011). Les connaissances et les compétences morales et politiques — l’autonomie, le respect de soi et d’autrui, le sens du devoir, la solidarité, la justice — ne sont pas uniquement juxtaposées. Elles forment un tout cohérent et donnent sens à un enseignement destiné à développer des dispositions à agir.

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L’enjeu majeur de notre époque n’est pas d’adapter la jeunesse au changement. La question est plutôt la suivante : Quelles valeurs enseigner pour le citoyen du XXIe siècle? Cette problématique est d’autant plus nécessaire que les apports fulgurants des dernières décennies, notamment en sciences, obligent à porter un regard plus large et plus perçant sur les processus et les transformations en cours. Expertises et spécialisations plus poussées, phénomènes qui traduisent une extraterritorialité de la technoscience, laquelle n’autorise pas de larmoyer. Parallèlement, une globalisation à l’échelle planétaire perçue comme quelque chose d’inévitable, ceci lorsqu’elle n’est pas une menace au progrès humain.

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«Quelles valeurs enseigner pour le citoyen du XXIe siècle?»

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S’impose plus que jamais un autre rapport à la connaissance que celui qui détermine notre manière de vivre et de penser depuis des décennies. Ce lien auquel doit contribuer l’école doit se construire dans tous les domaines, par un questionnement qui vient bousculer le rapport au savoir.

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Penser à contre-courant

La connaissance est en proie à deux dangers : l’erreur et l’illusion. Or, nous tentons d’y résister par un autre défaut : la volonté d’éliminer le risque d’erreur. Cette résistance possède ses limites. Cela tient au fait que l’esprit humain procède autant par l’affectivité que par la pure intelligence. Il n’existe pas «d’étage supérieur de la raison dominant l’émotion», selon Edgar Morin (Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, 2000/1999). Il n’y a de rationalité que sur la base des émotions et des sentiments, ce que d’autres appellent le «savoir d’expérience».

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«La connaissance est en proie à deux dangers : l’erreur et l’illusion.»

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Ce que Morin nomme l’«incertitude rationnelle» offre ainsi de nouveaux horizons. Elle contribue «à la détection des sources d’erreurs, d’illusions et d’aveuglements». Dans ce travail de déconstruction, mis en place et défini dans le sillage de l’épistémologie constructiviste du 19e siècle, se tient un ressort essentiel qui vient détrôner, voire renverser le scientisme ambiant. C’est dorénavant la relation que le sujet (l’élève aussi bien que l’enseignant) entretient avec l’objet du savoir qui devient dominante et non plus simplement le savoir lui-même.

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Ce sont la représentation et la compréhension de sens commun qui s’imposent. Le savoir n’existe que dans une unité dialectique qui relie la science et l’intelligence qui la construit. C’est dans une telle interaction qu’est impliquée toute la dimension culturelle et historique de notre monde, parce que générant de nouvelles significations, de nouveaux horizons de pensée.

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Cette relation dynamique et vivante permet à chacun de bâtir une histoire personnelle par une intégration du savoir qui lui est propre au croisement d’une autre, légitime par ailleurs, mais toujours dans une singularité dont la pertinence et la portée renvoient à l’universalité du genre humain.

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Ne pas connaître ces principes est pardonnable; les tenir pour acquis ou les ignorer est cependant une faute professionnelle. À méditer.

Avortement : Un témoignage sur une réalité encore sensible

Par |2022-09-05T15:24:25+00:005 septembre 2022|Catégories : À la une, Provincial|Mots-clés : |

11 983, c’est le nombre d’avortements ayant eu lieu en Alberta en 2020 d’après la Coalition pour le droit à l’avortement au Canada (CDAC). Si dans la théorie l’avortement est accessible, dans les faits, la démarche est complexe à de nombreux égards. Frances, 25 ans, partage son expérience sur un sujet qui semble encore tabou aujourd’hui.

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Chloé Liberge IJL - Réseau.Presse - Le Franco

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Lorsque Frances apprend qu’elle est enceinte pour la première fois, elle ne s’y attend pas. Après avoir fait un test de grossesse, elle se rend chez un médecin pour effectuer une échographie. Complètement perdue, l’Albertaine se remémore la réaction de celui-ci lorsqu’elle lui fait part de son envie d’avorter. «Il ne m’a pas dit qui appeler et où aller, il a juste supposé que je mènerais la grossesse à terme».

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Dans la province albertaine, seulement trois cliniques offrent le service d’interruption volontaire de grossesse (IVG) : une à Edmonton et deux autres à Calgary. Lorsqu’elle appelle l’une d’elles, Frances doit créer un code afin de préserver la confidentialité de son dossier, mais aussi son anonymat, et pour faciliter les relations avec les professionnels de santé. D’ailleurs, même l’adresse de la clinique n’est communiquée qu’une fois la date du rendez-vous confirmée.

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«Vous savez, les avortements sont très stigmatisés.» Frances

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Un processus qui en dit long sur les moyens mis en œuvre pour offrir à ces femmes en difficulté un maximum d’intimité. «Vous savez, les avortements sont très stigmatisés, alors les cliniques veulent s’assurer que tout reste privé», signale-t-elle. C’est aussi à cause de cette stigmatisation que Frances garde l’anonymat lors de son entrevue avec la rédaction. Cette dernière a essayé de rejoindre ces cliniques pour obtenir des éclaircissements sur le processus médical, toutes ont refusé de commenter.

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Une opération qui se déroule en plusieurs étapes

Après deux semaines d’attente, l’étudiante se rend finalement à la clinique accompagnée de son petit ami qui souhaite la soutenir dans cette épreuve. Dès son arrivée, on lui remet un questionnaire médical à remplir, puis elle rencontre une travailleuse sociale. Cette dernière vérifie si Frances est contrainte ou si elle a choisi l’IVG de son plein gré. Elle en profite pour lui donner de l’information sur les méthodes contraceptives et lui explique les différentes options pour l’intervention.

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La première méthode est l’interruption volontaire de grossesse médicale. Un processus faisant appel à deux médicaments : l’un qui interrompt la grossesse, l'autre qui déclenche l’expulsion du contenu de l’utérus. Bien qu’elle avait fait ce choix, la jeune femme change finalement d’avis pour une IVG instrumentale, aussi appelée chirurgicale.

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Elle révèle, «quand elle m’a décrit ce qui se passerait, c’est-à-dire que vous devez vous asseoir sur les toilettes, qu’il y aurait beaucoup de sang et qu’il pourrait y avoir des morceaux de fœtus qui sortiraient, j’ai eu très peur. J’ai demandé à ce qu’on fasse la chirurgie».

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Woman's Health Options, la seule clinique d'avortement à Edmonton. Crédits : Vienna Doell

Woman's Health Options, la seule clinique d'avortement à Edmonton. Crédits : Vienna Doell

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Frances passe alors une échographie pelvienne. Une sonde est introduite dans le vagin afin de déterminer le nombre de semaines de grossesse. Puis, on lui administre un traitement antidouleur et on lui propose un médicament contre l’anxiété, un test de dépistage pour les infections sexuellement transmissibles (IST).

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Dans la salle d’opération, les drogues commencent à faire effet. «Elles me donnaient l’impression d’être étourdie, comme endormie, mais tu n’es pas officiellement mis sous anesthésie.» La procédure peut alors commencer. Le médecin insère un spéculum dans le vagin afin de mieux voir le col de l’utérus. Il le nettoie puis le «gèle», un autre terme pour décrire une anesthésie locale. Ensuite, le praticien dilate graduellement le col afin d'introduire un petit tube qui aspire ce qui se trouve dans l’utérus. Il vérifie que ce dernier est vide en faisant une dernière aspiration.

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Cette opération qui dure pourtant une dizaine de minutes peut sembler une éternité. Allongée sur la table, Frances regarde le plafond. «Ils peignent les dalles du plafond au-dessus de vous pour que vous ayez quelque chose à regarder. En général, ce sont des fées, des fleurs ou le ciel», se remémore-t-elle.

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«Ils peignent les dalles du plafond au-dessus de vous pour que vous ayez quelque chose à regarder. En général, ce sont des fées, des fleurs ou le ciel.» Frances

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L’impossibilité de parler de son expérience

Après l’opération, la jeune patiente doit rester assise dans une salle de repos pendant environ 30 minutes. L’infirmière prend sa température et sa fréquence cardiaque. Il faut qu’elle aille aux toilettes afin de vérifier que les saignements sont légers, sans hémorragie.

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Une fois que sa santé est considérée hors de danger, la patiente peut sortir accompagnée. Car, comme pour chaque opération où l’on subit une anesthésie et on ingère des antidouleurs, la conduite est interdite. Frances est aussi invitée à partager son expérience afin de faciliter, peut-être, le deuil. Frances aurait aussi pu demander les restes de l’embryon et effectuer une cérémonie, un adieu avant de les enterrer, mais elle n’a pas voulu s’engager dans ces démarches. «Je pensais ne pas en avoir besoin, j’avais l’impression que personne n’était censé savoir», révèle-t-elle.

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Cependant, pour l’étudiante, l’expérience ne s’est pas arrêtée là. Comme la travailleuse sociale le lui avait recommandé, elle décide de se faire poser un dispositif intra-utérin (DIU). En forme de T, ce petit stérilet en plastique est inséré dans l’utérus afin d’agir comme contraceptif. Il a donc été placé juste à la fin de l’intervention, ce qui est une pratique courante à la suite d’une IVG.

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Toutefois, pour Frances, le processus de guérison a été très douloureux et long. Pendant plusieurs mois, elle a souffert de douleurs pelviennes. Ces crampes au niveau des ovaires l'empêchent de marcher et de se rendre à l’université. Elle se désole, «comment dire à ses professeurs et à son travail que l'on est malade parce qu'on a avorté? Tu ne peux pas, alors soit tu endures, soit tu inventes quelque chose».

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«Comment dire à ses professeurs et à son travail que l'on est malade parce qu'on a avorté? Tu ne peux pas, alors soit tu endures, soit tu inventes quelque chose.» Frances

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L’étudiante se répète alors qu’il s’agit seulement de simples douleurs menstruelles et souffre pendant de nombreuses semaines, en silence. Au bout de quatre mois, Frances est totalement guérie. Pourtant, elle se rend rapidement compte que le stérilet n’a pas joué son rôle de contraceptif, car elle tombe à nouveau enceinte.

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Se serrer les coudes

Cette seconde fois, la jeune femme connaît le processus et décide de prendre directement rendez-vous à la clinique de Calgary. Tout se déroule de la même façon et le docteur lui retire également son DIU pour lui en poser un nouveau. «J’étais moins paniquée, j’avais moins peur, mais je me sentais juste très honteuse, car mon partenaire et moi, on a tout fait correctement, on a pris les bons contraceptifs», confesse-t-elle.

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«J’étais moins paniquée, j’avais moins peur, mais je me sentais juste très honteuse.» Frances

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Frances a apprécié le soutien qu’elle a reçu au cours de ces deux interventions. Que ce soit de la part de son compagnon, mais aussi du personnel soignant, elle ne s’attendait pas à cette gentillesse. Elle reconnaît, «on a tous nos idées sur la façon dont l’avortement est supposé se dérouler, mais dans l’ensemble, les gens étaient extrêmement gentils».

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Cette gentillesse est accompagnée d’une solidarité qu’elle a également remarquée dans l’établissement de santé. L’étudiante avoue avoir aussi été interloquée par la diversité des patients. «Il y avait des adolescentes, des quadragénaires, des gens de toutes les ethnies, certains portaient même des vêtements religieux, je ne sais pas pourquoi cela m’a surprise», affirme-t-elle.

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Par contre, dans la salle d’attente dédiée à la chirurgie, les patientes se retrouvent seules, sans leurs proches. Certaines langues se délient, partagent leurs histoires. D’autres sont silencieuses. Frances se souvient, «la première fois que j’y suis allée, j’étais vraiment heureuse que quelqu’un me parle pour me distraire et me faire sentir moins seule». Elle conclut, «je pense qu’il y a comme une connexion que tout le monde ressent parce que nous sommes tous ici dans la même position».

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La Coalition pour le droit à l’avortement au Canada est un organisme national féministe qui milite pour assurer le droit et l’accès à l’avortement pour tous. Pour en savoir plus sur les procédures ou pour connaître les cliniques près de chez vous : arcc-cdac.ca
Au total, 74 155 avortements se sont déroulés au Canada en 2020. Le Québec et l’Ontario font partie des provinces où il y a eu le plus grand nombre d’interruptions de grossesse, soit environ 21 000 chacune. L’Alberta et la Colombie-Britannique les suivent. Des chiffres qui peuvent s’expliquer en raison de la grande population de ces provinces.
Vous avez besoin de parler à quelqu’un? Vous pouvez appeler au 1 800 567-9699 7 jours sur 7, 24 h sur 24. Cette ligne d’écoute empathique de est une collaboration entre TAO Tel-Aide et le Réseau santé Alberta appuyée financièrement par Santé Canada par l’entremise de la Société Santé en français.

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L’avortement : peut-on légiférer sur une question morale?

Par |2022-09-03T15:24:41+00:003 septembre 2022|Catégories : À la une, Edmonton|Mots-clés : |

Étienne Haché, philosophe et ancien professeur au undefined, publie bimensuellement une chronique « Esprit critique ».

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Tabou, faux dilemme pour les uns, question difficile, voire insoluble pour d’autres. Pourtant, rien n’est moins sûr. Qu’ils soient pour l’avortement, libéraux ou progressistes (pro-choix), ou qu’ils s’y opposent, conservateurs et chrétiens (pro-vie), l’affrontement de ces deux mouvements dans l’espace public se cristallise d’abord au niveau biologique. À partir de quel moment commence la vie?

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Comme chacun sait, cette question touchant au droit naturel est très complexe. Naturellement, le débat se transporte aussitôt au niveau juridique où les divergences persistent. Les droits de l’embryon ou du fœtus doivent-ils prévaloir sur ceux de la mère, sa santé physique et psychologique?

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Ces questions, que semblait avoir tranché l’arrêt Roe contre Wade rendu par la Cour suprême des États-Unis en janvier 1973, n’ont pourtant jamais réellement ébranlé la position de l’Église catholique dont les convictions en matière d’avortement influencent notre conception de la vie et nos décisions de justice. Dans son Catéchisme (partie 3, section 2, chapitre 2, article 5), elle se veut on ne peut plus claire : l’avortement, le droit et la morale constituent un seul et même problème.

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Une position rigoriste

Contrairement au protestantisme — l’Église Unie prône un droit total à l’IVG —, le catholicisme fait feu de tout bois et s’oppose depuis toujours à l’avortement en tant qu’acte immoral. C’est que, indépendamment de savoir s’il est doté d’une âme, «l’être humain doit se voir reconnaître […] le droit inviolable de tout être innocent à la vie».

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Ce principe, la protection de la vie, fait partie des dix commandements. Pour le christianisme d’obédience catholique, ce n’est pas seulement qu’une parole, mais un devoir, que, en cas de manquement, les canons 915 et 1398 du Code du droit canonique de 1983 (réformé en décembre 2021 : canon 1397, §2) sanctionnent d’excommunication.

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On comprend mieux pourquoi, dans son Encyclique de 1995, le pape Jean-Paul II condamnait l’avortement avec vigueur, le qualifiant de «désordre moral particulièrement grave». En réalité, cette conviction papale remonte aussi loin qu’à la Didakè (christianisme primitif). Ses successeurs, Benoît XVI et François, réaffirmeront cette position historique de la foi chrétienne.

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Pour l’Église, il n’existe qu’une seule exception. C’est l’avortement involontaire justifié par l’argument du «double effet» introduit par Thomas d’Aquin dans sa Somme théologique (II-II, question 64 : 7). Complexe, la doctrine stipule des conditions nécessaires et suffisantes afin qu’une action soit moralement justifiable alors qu’elle comporte des effets indésirables. Pour résumer, la thèse thomiste soutient qu’il est parfois justifié de produire une conséquence mauvaise, mais seulement si c’est un effet secondaire de l’action. Ce qui lui a valu les foudres des utilitaristes. Ardent défenseur des femmes, John Stuart Mill dit que «chacun est le véritable gardien de sa propre santé, tant physique que mentale et spirituelle» (De la liberté, 1859).

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L’Église admet donc que certains actes causant indirectement un avortement peuvent être légitimes, notamment lorsqu’une femme se trouve en danger de mort. La subtilité du discours est remarquable. Dans ce cas précis, l’intention est de sauver la vie de la mère et non de mettre fin à la grossesse. La mort de l’embryon ou du fœtus est vue non comme une action désirée, mais comme une conséquence inévitable.

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«La mort de l’embryon ou du fœtus est vue non comme une action désirée, mais comme une conséquence inévitable.»

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Nous ne sommes pas en reste pour autant, car l’inceste et le viol n’autorisent pas l’avortement. Au mieux, dans son argumentaire, l’Église condamne de tels actes qui contribuent, c’est le moins qu’on puisse dire, à humilier et à réduire des jeunes filles à l’état d’objet. Sa position mitigée sur la contraception ne peut nullement servir à panser les plaies ou à noyer le poisson.

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Modernité, démocratie et transformation des mœurs

Ma conviction, c’est que les difficultés et les contradictions engendrées par l’avortement, auxquelles n’échappent ni l’Église, ni notre système de justice, s’inscrivent dans une problématique moderne plus large, celle des droits et libertés, en l’occurrence la prétention légitime des femmes à l’autonomie. Cette quête est irréversible, quoi qu’on dise ou pense.

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L’entrée des femmes «dans le monde des égaux» s’est faite entre les 19e et 20e siècles. Cette «égalisation juridique», commencée avec le droit de vote, s’est poursuivie et même accélérée en politique et dans le travail. Or, contrairement aux droits de l’enfant (cf. Alain Renaut, La fin de l’autorité, 2004), qui sont protégés par une convention internationale (1989/1959) dont les origines remontent au militantisme de Janusz Korczak et d’Eglantine Jebb à la Société des nations, les droits des femmes ne semblent jamais acquis.

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À la différence de l’enfant, qui n’a pas eu à solliciter ses droits, les femmes ont dû mener elles-mêmes la bataille pour leur émancipation. Pas étonnant que nous soyons maintenant réduits, un siècle après les victoires des grandes féministes européennes et américaines, à parler d’une forme de régression. Je crains que les femmes ne puissent pas non plus compter sur les mouvements qui se réclament de l’écologie, du mariage pour tous, de la transidentité ou de l’égalité des chances.

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À n’en pas douter, les minorités culturelles et la communauté LGBTQIA+ sont également victimes d’injustice et de discrimination. Mais elles bénéficient depuis quelques années d’un soutien populaire extraordinaire qui leur vaut même une reconnaissance politique et financière de la part des élites dirigeantes. Je ne m’inscris pas dans une vision tocquevillienne ou heideggérienne de la modernité, bien qu’elles restent pertinentes pour comprendre la confusion de l’individualisme et de l’autonomie dans nos sociétés.

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Un droit constitutionnel

En plus de compromettre gravement la dignité des femmes, le recul constaté du droit à l’avortement aux États-Unis traduit une société au bord de la rupture. À quoi cela est-il dû? Non pas à une féminisation de la société ou à une dérive des mœurs, comme le pensent certains dictateurs favorables à une restauration du droit naturel (arbitraire ou divin), mais à une crise démocratique qui résulte d’un affaissement du contrat social et du projet éducatif censé veiller à la promotion des droits et libertés dans le respect des différences.

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«Le recul constaté du droit à l’avortement aux États-Unis traduit une société au bord de la rupture.»

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Or, comment répondre à cette confusion des intérêts particuliers et du bien commun dont les femmes font les frais? La réponse n’est pas aussi simple. De nombreuses voix proposent d’inscrire dans la Constitution — que le juriste austro-américain Hans Kelsen qualifie de norme «fondamentale» — le droit des femmes à l’avortement.

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Délimiter collectivement ce qui est possible ou acceptable en matière d’avortement — incluant les motifs d’inceste et de viol, de même que les soins de santé —, construire un socle de valeurs communes, le tout garanti par l’État et le droit, permettrait d’assurer le respect de la dignité humaine (héritage du droit naturel), à commencer par le droit des femmes.
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