La descendance expatriée des Acadiens déportés

Écrit par : Gabrielle Beaupré

25 août 2021

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Mathieu Brideau apporte son drapeau acadien partout où il va. Sa grand-mère lui a donné lorsqu’il avait 10 ans». Crédit : Courtoisie

Pour souligner la Fête nationale de l’Acadie qui a eu lieu le 15 août dernier, le journal Le Franco s’est entretenu avec des Acadiens expatriés en Alberta. Fiers de leurs racines, ils portent en eux l’héritage d’un peuple qui s’est battu pour garder la langue française vivante dans leur coin de pays. 

IJL-Franco.Presse-Le Franco

Leurs ancêtres ont été déportés de force dans différents endroits, situés au large de l’océan Atlantique. De 1755 à 1763, des familles ont été séparées de force de façon massive. De nombreuses maisons et des fermes ont été brûlées, la communauté décimée

Depuis 1955, le 15 août est la fête des Acadiens francophones. L’occasion de faire vivre la tradition du Tintamarre. On sort marcher dans les rues en frappant sur des casseroles pour faire beaucoup de bruit. «C’est une façon de dire que nous sommes francophones», explique Carole Saint-Cyr, native de Caraquet au Nouveau-Brunswick. 

Drapeau acadien. Crédit: Wikimedia Commons

Demandez à un Acadien expatrié quels sont ses plus beaux souvenirs de l’Acadie, il fera référence à un élément en lien avec la Fête nationale de l’Acadie. Mathieu Brideau est originaire de Tracadie-Sheila. Il se remémore avec joie ses Tintamarres vécus dans sa patrie. Pour lui, marcher en famille avec sa communauté tout en faisant du bruit lors de la fête est mémorable. 

Quant à Carole Saint-Cyr, journaliste de profession, l’un de ses moments les plus marquants de la fête s’est déroulé en 1999 pendant le Congrès mondial acadien en Louisiane. Cette ville des États-Unis est un endroit où plusieurs Acadiens se sont retrouvés à la suite de leur tragique déportation.

Célébrer le français en Louisiane 

Elle raconte qu’elle a couvert l’événement rassemblant la diaspora acadienne provenant de partout à travers le monde. Sur une dizaine de jours, elle s’est déplacée dans plusieurs villes de la Louisiane pour prendre part à des conférences et à des spectacles. Un périple qui s’est terminé lors de la journée de la fête nationale de l’Acadie, le 15 août.

Pendant la durée du Congrès, elle a fait la connaissance de Jim Daigle et de son épouse, un couple âgé de 70 ans. Elle raconte avoir croisé ces Cadiens à plusieurs reprises. Ils ne parlaient plus aucun mot de français. «L’homme avait complètement perdu la langue alors que son épouse la comprenait». 

Lors du spectacle de clôture, le chanteur Cadien Zachary Richard en était l’hôte. Tout le monde qui montait sur scène s’exprimait en français. «Les enfants louisianais chantaient en français. L’émotion était vive», se rappelle Carole Saint-Cyr. 

«Même si on vient d’une province bilingue, au Nouveau-Brunswick, le français n’est pas acquis du tout», explique Carole Saint-Cyr. Crédit : Courtoisie

À la sortie de cette représentation, elle rencontre pour une dernière fois M. Daigle et son épouse. Encore émue et ayant les yeux pleins d’eau, l’Acadienne se souvient les larmes de cet homme qui lui dit : «Jamais de ma vie, j’aurais cru qu’il y aurait eu un événement en Louisiane donné dans la langue française». 

Bien qu’il ne comprenait plus la langue, cet homme a vécu l’événement grâce à ses émotions. Et, il n’était pas le seul. Plusieurs personnes de sa génération laissaient leurs larmes couler sur leurs joues. 

À ce moment-là, Carole Saint-Cyr était à la fois loin et très proche de sa terre natale. Ayant grandi dans un milieu où la langue française est minoritaire et ayant défendu sa langue maternelle toute sa vie, être témoin de personnes ne parlant plus français se laisser submerger par l’émotion était très touchant. 

Une force de caractère

Aujourd’hui, en Alberta, l’Acadienne continue à protéger le français avec notamment la radio communautaire du Grand Edmonton, Radio Cité tout comme l’acadien Edmond Laplante. Il a également laissé ses empreintes dans la francophonie albertaine.  

Edmond Laplante a appris à pêcher en Acadie lors de sa jeunesse. C’est un loisir qu’il pratique toujours aujourd’hui en Alberta. Crédit : Courtoisie

À l’époque où l’éducation francophone est devenue un sujet chaud de l’actualité avec l’affaire Piquette dans les années 80, Edmond Laplante était le directeur général de la Francophonie Jeunesse Albertaine (FJA). Il a épaulé les jeunes dans leurs démarches consistant à faire avancer les droits des francophones dans la province. 

Provenant de Grand-Sault au Nouveau-Brunswick, l’homme a déposé ses valises à Edmonton en 1978. Il indique qu’il a apporté avec lui de l’Acadie la force de caractère de ses origines : ne jamais lâcher prise. Même dans les moments les plus difficiles, il souligne qu’«il faut toujours travailler pour aller chercher ses droits».  

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