Tendre la main pour la justice réparatrice

Écrit par : Gabrielle Beaupré

4 novembre 2021

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Jean-Jacques Beauchamp forme des animateurs en justice réparatrice. Crédit : Courtoisie

Saviez-vous que la justice réparatrice permet aux victimes d’actes criminels de discuter, directement ou indirectement, avec leurs agresseurs afin de réparer les torts qui leur ont été causés? Assis, face à face, ils peuvent ainsi parler, avec émotion, du crime commis et de ses répercussions dans leur vie respective. 

IJL – Franco.Presse – Le Franco

Pour que la justice réparatrice fonctionne, il faut que la personne coupable du crime le reconnaisse et s’excuse à la victime, explique Jean-Jacques Beauchamp, lauréat 2021 du prix Jean-Louis-Lebel de l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA) pour son travail fait dans la justice réparatrice. 

Cette approche judiciaire «répare le mal qui a été fait à la victime et cette dernière peut comprendre le coupable», mentionne celui qui s’est occupé de plus de 1000 cas de justice réparatrice au cours de sa carrière. 

Jean-Jacques Beauchamp. «Ce que j’aime le plus dans la justice réparatrice est de voir ce qu’il y a réellement de bon dans le monde.» Crédit : Courtoisie

Bien qu’elle soit également employée dans le milieu carcéral, la justice réparatrice est souvent utilisée dans la communauté. Elle évite ainsi à certaines personnes d’avoir un casier judiciaire ou d’aller en prison. 

Des pierres tombales fracassées

Jean-Jacques Beauchamp se souvient de la première fois où il a utilisé cette approche à Innisfail : «c’était en 1996». Plusieurs citoyens n’étaient pas d’accord parce que, pour eux, le coupable d’un crime devait aller en prison. Toutefois, «il y en avait d’autres qui croyaient réellement à la justice réparatrice». 

Trois adolescents avaient endommagé des pierres tombales du cimetière municipal pour un montant total de 200 000$. «Il y avait 125 victimes.» Lorsque la ville a entamé le processus de justice réparatrice, les victimes ont appris «ce qui s’était passé réellement». Les jeunes avaient traversé le cimetière pour prendre un raccourci. L’un d’entre eux avait trébuché sur une pierre tombale qui s’était cassée en deux. Pour s’amuser, ils avaient alors eu l’idée d’en faire tomber d’autres. 

À la suite de cette rencontre, «tout le monde était content d’avoir pu discuter avec les jeunes». Les victimes avaient compris que les jeunes avaient été insouciants. Pour comprendre la portée de leurs actions et réparer leur faute, les responsables ont alors dû faire des travaux communautaires pour la ville. 

Une justice qui offre une seconde chance

Le spécialiste de la justice réparatrice, Jean-Jacques Beauchamp, explique l’avantage d’une telle approche. En effet, lorsque le coupable répare le tort commis en faisant des travaux communautaires, il n’est pas laissé de côté, ce qui n’est pas le cas lorsque la justice se fait de manière punitive. 

Le responsable des faits a ainsi de l’aide de la communauté afin de renforcer son estime personnelle. «On leur donne une chance de montrer qu’ils sont capables de faire quelque chose de correct», souligne M. Beauchamp. 

Toutefois, il est d’accord que pour certains trouble-fêtes, la justice réparatrice ne fonctionne pas parce qu’ils ne la prennent pas au sérieux. Mais pour d’autres, leur vie a complètement été transformée après le processus. Il se souvient avoir reçu une carte d’un sergent de la police fédérale qui le remerciait d’avoir changé sa vie. Le policier avait volé une moto et avait croisé le chemin de Jean-Jacques Beauchamp durant son parcours judiciaire.  

Une compréhension difficile

Luketa M’Pindou, président du Comité de justice pour les jeunes (Caravane Youth Justice Committee Society), indique qu’il reste un gros travail à faire pour sensibiliser les victimes aux bienfaits de la justice réparatrice. 

Luketa M’Pindou. «Le Comité de justice pour les jeunes permet aux jeunes d’avoir une seconde chance pour éviter d’avoir un casier judiciaire.» Crédit : Courtoisie

«Ce programme extrajudiciaire donne des sanctions aux jeunes de 12 à 17 ans qui sont en conflit avec la loi», explique-t-il. Le Comité s’occupe d’une clientèle de jeunes immigrants francophones référés par les services de police ou le procureur de la Couronne. Ces derniers peuvent avoir à leur actif un délit mineur comme le vol à l’étalage.   

Lors «des panels de discussion» pour décider de la sanction extrajudiciaire à prendre, les victimes ne font pas souvent acte de présence. «On le voit dans les cas de vols à l’étalage. On aimerait que les gérants soient présents afin qu’ils participent aux discussions afin de voir comment ils peuvent pardonner les jeunes.»

En l’absence des victimes durant ces panels, l’adolescent responsable ne peut pas vivre l’expérience complète du processus de justice réparatrice. Néanmoins, il a l’occasion de réparer le geste qu’il a commis, car il doit s’engager à réaliser du bénévolat dans la communauté et à écrire une lettre de pardon à sa propre famille et à la victime.  

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