En Alberta, opération séduction pour les six candidats conservateurs!

Écrit par : Mehdi Mehenni

27 mai 2022

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(De haut en bas, de gauche à droite) Scott Aitchison, Roman Baber, Patrick Brown, Jean Charest, Leslyn Lewis et Pierre Poilievre. Crédit : Montage - Francopresse
Les candidats en course pour diriger le Parti conservateur du Canada «ont fait des efforts importants, peut-être même très importants, pour séduire l’électorat albertain», analyse Frédéric Boily, professeur titulaire en sciences politiques au Campus Saint-Jean. Des acteurs influents de la société civile albertaine, tels que Dicky Dikamba, ont été plutôt flattés de voir tous les regards rivés sur Edmonton.

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Mehdi Mehenni
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Le 11 mai dernier, l’Alberta a été au centre des enjeux nationaux à l’occasion du débat, à Edmonton, des six candidats en lice pour la chefferie du Parti conservateur du Canada. Scott Aitchison, Jean Charest, Patrick Brown, Pierre Poilievre, Leslyn Lewis et Roman Baber ont pu exprimer leur vision de l’avenir devant un public albertain attentif.

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Le choix de la province albertaine pour ce premier débat formel est loin d’être fortuit. Frédéric Boily l’explique par le fait que «du côté du parti conservateur fédéral, l’électorat albertain est maintenant rendu le plus important de la base conservatrice de l’Ouest canadien».

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«L’électorat albertain est maintenant rendu le plus important de la base conservatrice de l’Ouest canadien.» Frédéric Boily

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Raison pour laquelle, note l’auteur de La Droite en Alberta, il «était absolument fondamental pour tous les candidats d’avoir un discours qui se rapproche de ce que veulent les partisans des conservateurs du côté de l’Alberta», sans oublier ceux «de la Saskatchewan et la Colombie-Britannique».

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Pour ce faire, les six candidats avaient, en effet, insisté sur les enjeux économiques chers aux Albertains, par exemple la construction des pipelines, la défense de l’énergie et les ressources.

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Frédéric Boily fait remarquer d’ailleurs que ce n’est pas pour rien si «la dimension environnementale est très peu traitée, d’une certaine manière».

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«Tous les candidats sont d’accord pour des questions liées aux changements climatiques. Cependant, même ceux qui sont les plus proactifs en ce sens-là, et je pense peut-être à Jean Charest, ne vont pas jusqu’à proposer une taxe carbone pour tout le monde», relève-t-il.

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Deux visions qui s’opposent

De ce point de vue là, il était évident que les propositions allaient être de nature à satisfaire les partisans des conservateurs en Alberta afin d’amener le plus d’adhérents et de sympathisants à son bord.

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Et sur ce terrain-ci, l’expert estime que «Pierre Poilievre a une certaine longueur d’avance», jugeant son discours «plus porteur en Alberta».

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«Il y a cette idée que le gouvernement fédéral, quand il est dirigé par des libéraux, prend des décisions en fonction des intérêts du Centre, de l’Ontario, du Québec et que donc les grandes institutions sont notamment à la solde du gouvernement libéral», souligne Frédéric Boily.

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Aussi que «tout est fait pour cette région du pays, que les intérêts de l’Ouest sont souvent marginalisés et que la région n’arrive pas à être représentée politiquement, malgré le fait que le Parti conservateur recueille, en termes de pourcentage, plus de voix que les libéraux, alors qu’on se retrouve avec une députation qui est plus faible», ajoute-t- il.

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Pour l’auteur, «c’est ce genre de discours que Pierre Poilievre tient pour dire qu’on ne peut pas faire confiance aux élites politiques d’Ottawa». Et cela semble fonctionner en Alberta.

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Mais en même temps, nuance le professeur Boily, «on voit Jean Charest miser beaucoup plus sur la question de l’unité nationale et qu’il est le seul en mesure de représenter l’ensemble des Canadiens, mais aussi l’ouest du pays».

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«Il revient souvent sur cette fracture qu’il y a entre l’est et l’ouest du pays et que lui seul se veut capable de les raccommoder, comme il vient aussi du Québec», indique-t-il.

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Frédéric Boily voit d’ailleurs Jean Charest «mettre souvent l’accent sur la légitimité d’un parti national, d’un chef qui est capable, parce qu’il a déjà gouverné à la tête d’une province (Québec), mais aussi pour avoir été partie prenante du référendum sur la souveraineté du Québec en 1995, et que cela lui donne une légitimité pour gouverner le Parti conservateur».

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Mais est-ce que cela est suffisant pour remporter la course? L’universitaire est loin d’en être certain.

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Pour lui, «Patrick Brown est peut-être la valeur inconnue» dans l’équation, car «il a aussi le soutien de certains députés en Alberta».

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L’expert se demande, par contre, «si Patrick Brown a été capable de se faire assez entendre pour dire que lui représente une option un peu plus centriste, mais une option qui est tout de même différente de celle de Jean Charest?»

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De son avis, «cela pourrait potentiellement lui permettre de faire le jeu auprès des partisans conservateurs un peu plus centristes».

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Un vent de division au sein du parti

Reste Leslyn Lewis à qui l’écrivain reconnait un certain poids politique dans la région.

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«Leslyn Lewis a sorti son message en direction de la droite sociale et la droite religieuse et elle pourrait faire le plein de voix dans ce bassin-là même si elle s’enferme dans un créneau», considère-t-il.

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Frédéric Boily pense que la candidate «espère aussi arracher des voix à Pierre Poillievre», mais que cela ne sera pas suffisant. «J’en serai surpris», lance-t-il.

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En définitive, il pense qu’elle «est peut-être capable d’encore mieux faire que la précédente campagne, mais pas assez pour être première ministre du Canada».

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En tout cas, si notre interlocuteur juge que «ce débat n’était pas de nature à changer les grandes orientations du côté de l’Alberta», il en demeure que «les messages à l’opposé envoyés par les candidats potentiels» sont annonciateurs d’un «risque de division très important après les élections» dans les rangs des conservateurs.

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Pour l’heure, ce qui semble, après ce débat, fondamental pour les Albertains, c’est de «voir l’économie canadienne repartir après cette pandémie», comme le souhaite Dicky Dikamba, directeur général du CANAVUA, un organisme promouvant le bénévolat en français. Il précise que «plusieurs membres de nos communautés ont pu se faire une idée sur certains leaders qu’ils ne connaissaient pas».

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En ce qui le concerne, il se sent plus proche d’un «candidat qui prône l’unité nationale» et qui a de «l’expérience en tant que dirigeant». Il estime, enfin, que le passage des six candidats en Alberta «a été apprécié», dans le sens où «tous les yeux étaient rivés sur Edmonton».

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«Tous les yeux étaient rivés sur Edmonton.» Dicky Dikamba

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