L’Alberta à la rescousse d’une Icône Canadienne

14 août 2022

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  • Grand caribou des bois mâle, photomontage
[Grand caribou des bois mâle en automne] La saison du rut est de la fin septembre au milieu octobre. Crédit : Caribou Patrol Crew

 

La perte d’habitat du caribou des bois, causée par les activités industrielles et récréatives, inquiète. Dans son accord conclu en 2020 avec le gouvernement fédéral, l’Alberta a promis de terminer les plans d’aire de répartition de ses quinze populations de caribous au cours des cinq prochaines années. Deux de ces plans – pour les sous-régions Cold Lake au Nord-Est et Bistcho Lake au Nord-Ouest – seront bientôt dévoilés sous le regard optimiste, mais impatient des experts, car le temps presse.

Marie-Paule Berthiaume
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

Il existe deux types de caribous des bois en Alberta : le caribou montagnard du Sud et le caribou boréal. Tous deux sont inscrits sur la liste des espèces menacées en vertu de la loi albertaine Wildlife Act et de la Loi sur les espèces en péril du Canada.

Selon la directrice de la conservation chez Alberta Wilderness Association (AWA), Carolyn Campbell, le caribou montagnard du Sud est particulièrement à risque puisqu’il migre d’un habitat estival alpin à un habitat hivernal composé de forêts pour s’y abriter et s’y nourrir.

Caribous mâles en rut qui s'affrontent

[Caribous des bois mâles pendant le rut] L’âge du premier accouplement (un à trois ans) dépend de la taille de l’individu et donc de la qualité de l’alimentation durant la période estivale. Les mâles recherchent des fourrages nutritifs pour maximiser leur taille et ainsi mieux concurrencer les autres mâles. Crédit : Caribou Patrol Crew

«Pour prospérer, ce type de caribou a besoin d’aires d’hivernage et d’estivage convenables et de corridors de déplacement sûrs. C’est comme pour les humains qui ont besoin d’être en sécurité chez eux, dans leurs déplacements et sur leur lieu de travail», explique-t-elle en pointant du doigt les menaces que constituent une aire de répartition réduite et des territoires d’hivernage inutilisables en raison de «très fortes perturbations humaines».

Elle explique que, de son côté, le caribou boréal, présent dans le reste de l’Alberta, garde ses aires saisonnières peu étalées. «Il a toujours recherché des zones de la mosaïque de la forêt boréale, mais malheureusement, les espaces habitables sont épuisés», précise-t-elle en soulevant le dommage causé par les blocs de coupe pour l’exploitation forestière, les nombreuses routes, les plateformes de forage, les couloirs de pipelines et de sentiers, y compris un nombre «presque incroyable» d’anciennes lignes sismiques pétrolières et gazières.

 

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Carolyn Campbell rappelle qu’en 2015, le gouvernement albertain a mis fin à toute nouvelle vente de concessions pétrolières, gazières, de sables bitumineux et de charbon à l’intérieur de l’aire de répartition du caribou. «C’était positif, mais insuffisant. Bien qu’il n’y ait pas eu de nouveaux propriétaires, le nombre excessif de concessions existantes n’a pas diminué.»

L’intervention du gouvernement albertain

Fonctionnaire provincial, le spécialiste du caribou des bois, Dave Hervieux, a dédié 38 ans de carrière à ce cervidé. «Nous avons élaboré un plan provincial de rétablissement du caribou en 2004. Nous avons également créé une solide politique provinciale sur le caribou des bois, qui a été approuvée par le Cabinet provincial en 2011. Cela a précédé le plan boréal de 2012 et le plan des montagnes du Sud de 2014 élaborés par le gouvernement du Canada», énumère-t-il, saluant la récente intervention du fédéral dans ce dossier.

 

Caribou des bois femelle portant un collier émetteur

[Caribou des bois femelle portant un collier émetteur] Dans la région de Grande Cache, il ne reste plus qu’environ 350 caribous répartis en quatre troupeaux. Bien qu’elle ait le droit de chasser le caribou, la nation Aseniwuche Winewak a volontairement cessé de le faire au début des années 1970 afin de préserver les animaux restants. Crédit : Caribou Patrol Crew

L’Alberta étudie et surveille ses populations de caribou depuis les années 1970 sans pouvoir freiner leur sévère déclin. Certaines populations parviennent toutefois à être stabilisées grâce à l’abattage des loups en hiver dans sept des quinze aires de répartition des caribous.

«L’état atrophié du paysage de ces aires en raison des changements industriels et les implications sur la mortalité des caribous et la survie des faons sont si importants que nous perdrons ces sept populations en l’absence d’un programme de contrôle des loups. Les arbres ne poussent pas assez vite.»

 

[Caribous des bois mâles près de l'autoroute 40 en hiver] L’équipe du programme Caribou Patrol concentre sa surveillance à l'autoroute 40.

[Caribous des bois mâles près de l’autoroute 40 en hiver] L’équipe du programme Caribou Patrol concentre sa surveillance à l’autoroute 40, la plus meurtrière pour le caribou en Alberta. Crédit : Caribou Patrol Crew

M. Hervieux indique que le taux de survie des faons, jusqu’à la fin de leur première année, est passé de 2% à 40% dans certaines aires depuis le début du programme. «Une augmentation considérable. Par contre, nous ne faisons que retarder leur disparition. Cette initiative n’a de valeur que si nous établissons des plans et des actions pour gérer, conserver et récupérer l’habitat du caribou.»

L’expertise autochtone

La coordonnatrice environnementale et responsable du programme Caribou Patrol pour la nation autochtone Aseniwuche Winewak Nation of Canada (AWN), Stephanie Leonard, rappelle l’importance du cervidé pour de nombreuses communautés autochtones.

«Le AWN fait partie de la plupart des groupes de travail sur le caribou et des groupes de travail de l’industrie afin de le défendre et de contribuer à l’élaboration de politiques pour le protéger», dit-elle, encouragée par le fait que leur expertise soit de plus en plus sollicitée.

 

La directrice de la conservation chez AWA, Carolyn Campbell, en randonnée

[La directrice de la conservation chez Alberta Wilderness Association (AWA), Carolyn Campbell, en randonnée] Selon la directrice de la conservation chez Alberta Wilderness Association (AWA), Carolyn Campbell, les terres publiques de l’Alberta ont de multiples baux industriels qui se chevauchent et qui causent des impacts cumulatifs sur la vie sauvage. Crédit : Alberta Wilderness Association

Elle explique le progrès du caribou comme indicateur de l’état de son habitat. «Si le caribou progresse, son habitat prospère aussi. C’est une victoire bien plus importante que la simple protection du caribou. Cela signifie que l’équilibre commence à se rétablir dans la nature», conclut-elle.

L’ensemble des intervenants invite le public à s’informer sur le caribou des bois, en insistant sur l’importance pour les citoyens de se faire entendre auprès des paliers gouvernementaux pour faire avancer le dossier plus rapidement.

 

À la défense du caribou et de son habitat

Pour passer à l’action, la directrice de la conservation chez AWA suggère de :

  1. Limiter l’utilisation de produits forestiers et en papier et éviter tout ce qui n’est pas issu de sources durables afin d’épargner les espèces vulnérables comme le caribou. Il existe de bonnes certifications, la meilleure étant celle émise par le Forest Stewardship Council (FSC).

  2. Rappeler régulièrement aux élus l’importance de conserver le patrimoine inestimable des forêts et de l’eau potable et d’observer l’état de la faune. L’AWA suggère au public de demander l’arrêt de la coupe des forêts anciennes et de l’installation d’infrastructures énergétiques dans les zones non perturbées jusqu’à ce que les plans d’aire de répartition du caribou soient déterminés et que les limites de perturbation des terres s’appliquent à tous les utilisateurs des terres.

  3. Pratiquer les activités récréatives hivernales, comme la motoneige, le ski de fond et la raquette, en dehors des aires de répartition du caribou afin de minimiser les risques de prédation du caribou par les pistes de neige compactée.

 

Caribou des bois (Rangifer tarandus) : Le caribou des bois est une créature parfaitement adaptée aux forêts canadiennes. Grâce à ses grands sabots, il se déplace dans des zones où les autres autres grands mammifères ne peuvent naviguer facilement. Il est extrêmement bien isolé contre l’hiver. Ses poils de nez et son système circulatoire le rendent idéal pour survivre aux hivers froids. Il peut également se nourrir de lichens pendant l’hiver, ce qui le rend extrêmement rare. Il vit dans les forêts anciennes et les zones humides tourbeuses que d’autres espèces-proies, comme le cerf et l’orignal, évitent. C’est ainsi que le caribou a pu vivre aux côtés de prédateurs naturels comme les ours et les loups pendant des milliers d’années.

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