Une audience à l’avis mitigé lors de la rencontre intime avec le doyen du Campus Saint-Jean

Écrit par : Vienna Doell

28 novembre 2022

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Le nouveau doyen du Campus Saint-Jean, Jason Carey, est originaire de la Gaspésie. Crédit : Vienna DoellLe nouveau doyen du Campus Saint-Jean, Jason Carey, est originaire de la Gaspésie. Crédit : Vienna Doell
Le 15 octobre dernier, lors du Congrès annuel de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), l’atelier Rencontre intime avec le doyen du Campus Saint-Jean, Jason Carey, a attiré l’attention. Après plusieurs années difficiles sous le Parti conservateur uni étouffant le financement du Campus Saint-Jean (CSJ), Jason Carey a voulu rassurer avec un message optimiste.

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Vienna Doell
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Comme pour rassurer l’auditoire, le docteur en génie mécanique originaire de Gaspésie se lance. «Oui! Avec un nom comme Jason Carey, je suis francophone». Le public dans la salle est en alerte lorsqu’il débute sa présentation. Après avoir évoqué les quelques changements depuis son arrivée, notamment la redéfinition de la mission du CSJ, il insiste sur ce qu’il lui reste à mettre en œuvre.

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Lors de son mandat de cinq ans, il ne veut pas simplement éveiller l’intérêt pour cette université francophone. Avec de nombreux graphiques en appui, il présente de forts objectifs. Parmi ceux-ci, il dévoile la prestation, depuis l’été, de tous les cours de langue française au CSJ et non au Campus Nord comme auparavant. Il est aussi conscient de la nécessité de créer une stabilité financière, une meilleure culture et une identité du Campus.

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Même si sa stratégie est à moyen terme, Jason Carey veut d’ores et déjà effectuer des changements à l’interne en améliorant la gouvernance du CSJ, en réorganisant le secteur des communications, mais aussi en renforçant ses relations avec les médias.

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Il espère, dès la seconde année, créer une stabilité financière et améliorer la réputation du CSJ dans l’Ouest canadien. Finalement, il veut créer des partenariats avec d’autres universités à l’étranger, notamment sur le continent africain. Il cite d’ailleurs l’Université Mohammed VI Polytechnique comme exemple. Mais même si tout semble bien orchestré, certaines interrogations subsistent.

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Des questions en suspens

Pierre Asselin, qui était à ce moment-là le vice-président de l’ACFA, interroge énergiquement et avec pertinence le doyen concernant la parcelle de terrain sur lequel se trouve le CSJ. «La question qui me préoccupe constamment, c’est le beau terrain que nous avons… Je m’inquiète que l’Université [de l’Alberta] ait d’autres ambitions pour ce terrain physique. Pourriez-vous nous assurer que le Campus va rester au Campus Saint-Jean?»

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À cela, «vous avez raison, ils m’ont déjà posé la question, “est-ce qu’on peut déménager le Campus Saint-Jean au Campus Nord?” et je leur ai dit “absolument pas”», garantit le doyen.

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Une réponse qui intervient après qu’il ait souligné que «si on leur [les décideurs du Campus Nord] demande de l’argent pour des choses qui sont stratégiques, ils vont investir».

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Jason Carey marque que même depuis son arrivée en poste le 1er juillet 2022, le Campus Nord finance «un recruteur de plus» pour le Campus Saint-Jean. Une réponse à la stratégie économique et pédagogique pour obtenir de nouvelles inscriptions. Par le biais du recrutement, le doyen espère susciter davantage d’intérêt chez les jeunes pour les programmes que le Campus Saint-Jean offre et offrira à l’avenir.

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Et la réconciliation?

Gloria Livingston, présidente de Francophonie jeunesse de l’Alberta et vice-présidente externe de l’Association des Universitaires de la Faculté Saint-Jean (AUFSJ), a aussi assisté à cette présentation et en a profité pour interpeller le doyen.

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«Comment allez-vous incorporer les demandes autochtones et laisser l’espace pour l’éducation autochtone au Campus Saint-Jean?» Jason Carey a non seulement hésité à répondre, mais a également demandé à ce que la question soit répétée pour finalement offrir une réponse peu convaincante aux yeux de la vice-présidente externe de l’AUFSJ. Étudiante en mathématiques et en physique, Gloria Livingston continue à éprouver de l’insatisfaction face au manque de leadership du CSJ au sujet de la place des Autochtones.

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«Comment allez-vous incorporer les demandes autochtones et laisser l’espace pour l’éducation autochtone au Campus Saint-Jean?» Jason Carey

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«Le Campus Saint-Jean, c’est une organisation francophone et, comme on le sait, la relation francophone-autochtone n’a pas toujours été la meilleure», décrit-elle en ajoutant qu’elle a «suivi des cours de langue française et des cours linguistiques où la question de langues autochtones n’a jamais été abordée».

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Gloria Livingston, étudiante en mathématiques et en physique au Campus Saint-Jean depuis 2018. Crédit : Vienna Doell

Gloria Livingston, étudiante en mathématiques et en physique au Campus Saint-Jean depuis 2018. Crédit : Vienna Doell

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Gloria Livingston propose des solutions. «Il y a des professeurs de la faculté Native Studies qui parlent le français et pourraient venir enseigner les cours au Campus Saint-Jean» pour qu’on «fasse leur part dans la réconciliation». À cette date, Gloria Livingston suit tous ces cours, en anglais, à la faculté d’études autochtones au Campus Nord.

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Faire participer la communauté

En revanche, Victor Moke Ngala, président de Francophonie Albertaine Plurielle (FRAP), est impressionné par la mission de Jason Carey et estime qu’il est solide. «Sur ce plan, c’est très réaliste.» Le finissant du CSJ est d’ailleurs heureux de prendre connaissance de la mission que s’est donnée le doyen.

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Toutefois, le président de la FRAP veut que la communauté soit impliquée d’une manière ou d’une autre et s’interroge sur la façon de le faire. Une interrogation qu’il a partagée avec le doyen et le public présent, car «la chose que je n’ai pas vue dans son plan, c’est l’implication de la communauté».

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«La chose que je n’ai pas vue dans son plan, c’est l’implication de la communauté.» Victor Moke Ngala

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Pour sa part, afin que la communauté ait un rôle, Victor Moke Ngala ne voit pas d’autres solutions que créer un comité formel ou informel. Il pourrait appuyer les démarches du CSJ dans «le recrutement, le rayonnement, et aussi aider à faire passer le message du Campus Saint-Jean au public».

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Victor Moke Ngala, finissant (baccalauréat et maîtrise) du Campus Saint-Jean et président de Francophonie Albertaine Plurielle. Crédit : Vienna Doell

Victor Moke Ngala, finissant (baccalauréat et maîtrise) du Campus Saint-Jean et président de Francophonie Albertaine Plurielle. Crédit : Vienna Doell

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Quoi qu’il en soit, il est évident que les yeux de la francophonie resteront rivés sur les faits et gestes de Jason Carey afin de déterminer si les décisions prises prévaudront et soutiendront le seul établissement d’enseignement postsecondaire francophone à l’ouest du Manitoba.

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