Une docteure nous explique l’IVG

5 septembre 2022

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Crédit : Alexander Grey @sharonmccutcheon / Unsplash.com
Dre Julie L. Hildebrand exerce en médecine familiale à Edmonton. Bilingue, elle est très heureuse de pouvoir répondre aux besoins de la francophonie plurielle de la capitale provinciale. Spécialiste du diabète, des dépendances et de l’utilisation du cannabis thérapeutique, elle privilégie la prévention et l’éducation.

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L’avortement a fait beaucoup jaser ces derniers temps, particulièrement depuis la révocation de l’arrêt Roe contre Wade aux États-Unis le 24 juin dernier. Au Canada, toutefois, il n’existe aucune restriction et sa pratique est légale jusqu’à la fin de la grossesse, et ce, depuis 1988.

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Lorsque l’avortement est dit spontané (fausse couche), cela ne pose aucune difficulté sur le plan légal ou éthique, quoiqu’il induise un lot de tristesse considérable pour les parents. Il faut donc ici distinguer la différence entre l’interruption médicale de grossesse (IMG) et l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Dans les deux cas, il s‘agit de retirer de l’utérus l’embryon ou le fœtus avant qu’il ne soit viable.

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«Lorsque l’avortement est dit spontané (fausse couche), cela ne pose aucune difficulté sur le plan légal ou éthique.»

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L’IMG se pratique lorsque la santé de la mère est en danger ou lorsque le fœtus est atteint de malformations, de maladies ou d’altérations génétiques graves. Pour sa part, l’IVG découle d’un choix personnel ou familial, et ce, pour toutes sortes de raisons.

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Alors que l’Organisation mondiale de la Santé estime qu’entre 2015 et 2019, le nombre d’avortements volontaires pratiqués par année frôlait les 73 millions, l’avortement demeure illégal et passible de peines d’emprisonnement dans plusieurs parties du monde, peu importe les causes qui motivent ce choix. Ce qui est malheureusement le cas de plusieurs pays en voie de développement. Pour les pays où l’avortement est permis, le manque de ressources (éducation, personnel qualifié, éloignement des centres spécialisés, moyens financiers, délais) peut rendre l’accessibilité à ce traitement laborieux, voire impossible.

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«L’IVG découle d’un choix personnel ou familial, et ce, pour toutes sortes de raisons.»

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Il existe deux voies principales menant à l’interruption de grossesse en fonction du stade de la grossesse et des préférences de la femme. Ces deux voies sont soit chirurgicale, soit médicale. L’avortement chirurgical se pratique à l’aide d’instruments, alors que l’avortement médical utilise essentiellement des médicaments (pilules abortives).

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L’IVG chirurgicale

La technique préconisée pour l’IVG chirurgicale est la dilatation-aspiration (90%). Elle est indiquée pour des grossesses allant de cinq à quinze semaines. Elle s’effectue dans une clinique spécialisée, souvent sous sédation administrée par voie intraveineuse. Elle ne nécessite qu’environ cinq à vingt minutes.

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Elle s’opère d’abord par l’injection d’un analgésique au niveau du col de l’utérus, puis par l’insertion de tiges ou d’une préparation d’algues comprimées qui vont provoquer la dilatation du col. Un tube rattaché à un appareil de succion est ensuite inséré dans l’utérus afin d’aspirer le fœtus. Parfois le misoprostol peut être employé pour davantage favoriser la détente du col. Pour finir, une curette peut compléter l’intervention en raclant les fragments restants.

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C’est une méthode efficace à 99%. Elle est rapide, bien tolérée par la majorité des patientes et comporte peu d’effets secondaires. Bien que rares, parmi les complications possibles, notons les risques d’infection, d’hémorrhagie, de perforation de l’utérus ou de lacération du col, d’avortement incomplet, d’allergie aux médicaments, d’infertilité et de décès (1 cas sur 160 000).

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Les autres méthodes chirurgicales sont beaucoup moins fréquentes, mais à titre d’information il s’agit de l’aspiration menstruelle effectuée au moyen d’une seringue (avortement très précoce entre la troisième et dixième semaine), la dilatation-curetage qui se sert d’emblée de la curette pour détacher le fœtus, la dilatation-évacuation qui utilise des injections de produits chimiques dans la cavité amniotique pour tuer le fœtus avant l’usage de forceps servant à le démembrer et à l’extraire (plus de treize semaines), la dilatation-extraction où le fœtus est tué en cours d’accouchement (plus de vingt semaines), l’hystérotomie qui est un avortement par césarienne pratiqué dans les cas d’anomalie utérine.

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L’IVG médicale

L’utilisation de produits pharmaceutiques pour des fins d’avortement gagne en popularité. Pour plusieurs femmes, c’est une méthode plus discrète, qui s’effectue dans le confort du foyer et en présence d’êtres chers. Elle ne nécessite pas d’instruments chirurgicaux et s’apparente davantage à une fausse couche. Elle doit cependant s’adresser à des grossesses de moins de neuf semaines. Il existe aussi certaines contre-indications à son utilisation, telles que la grossesse ectopique, les troubles de la coagulation, l’asthme non contrôlé, l’insuffisance surrénalienne, la prise chronique de corticostéroïdes, une anémie sévère et des maladies hépatiques ainsi que rénales mal contrôlées.

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Elle nécessite quelques jours de préparation et plusieurs visites médicales, contrairement à la méthode chirurgicale. On utilise deux médicaments pour ce faire. Le premier est la mifépristone, un comprimé pris le premier jour, ce qui induira l’arrêt de la grossesse par le détachement de l’embryon de la paroi utérine. Au deuxième ou troisième jour, la prise de quatre comprimés de misoprostol par voie orale ou intravaginale, engendrera dans les quatre à trente-six heures, l’expulsion du fœtus par le biais de contractions ainsi que la dilatation du col. La combinaison méthotrexate et misoprostol peut être adoptée, mais elle est moins rapide.

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«En aucun cas, l’avortement devrait être imposé à une femme qui ne le désire pas.»

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Le taux d’efficacité de l’IVG médicale est de l’ordre de 94 à 98%. Comme pour ce qui est de l’avortement par dilatation-aspiration, s’il y a échec, le curetage sera prescrit. La douleur et les saignements qui s’ensuivent sont beaucoup plus importants que pour ce qui est de la méthode chirurgicale, ce qui exigera de prendre un temps de congé et d’obtenir de l’aide à la maison. Elle comporte aussi des effets secondaires plus invalidants, dont les maux de tête, les nausées et vomissements, la fièvre et les frissons, la diarrhée, les étourdissements, la sensibilité des seins et les éruptions cutanées. Des analgésiques peuvent aider à soulager ces symptômes. Les complications sont encore une fois plutôt rares (infection, hémorragie, réaction allergique, avortement incomplet ou poursuite de la grossesse).

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Certains couples pourront éprouver un sentiment de deuil par suite d’un avortement. Il est important dans ces cas de leur offrir un support psychologique. Il se peut aussi que cela affecte le désir sexuel chez la femme. Cela est généralement de courte durée et il faut la rassurer.

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«L’IVG est un geste médical qui vise à protéger la santé physique et psychologique de la femme.»

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En aucun cas, l’avortement devrait être imposé à une femme qui ne le désire pas. Encore moins pour des raisons d’eugénisme sexuel où le sexe masculin est privilégié pour des raisons culturelles ou de trafic de produits d’avortement à des fins cosmétiques. Il faut se rappeler que l’IVG est un geste médical qui vise à protéger la santé physique et psychologique de la femme. Lui refuser cet accès pourrait l’encourager à avoir recours à l’avortement clandestin, qui a le potentiel d’avoir des effets néfastes sur sa santé, des séquelles significatives dont l’infertilité et même la mort.

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Un embryon humain se définit comme un produit de conception allant de deux à huit semaines de grossesse. Il comprend tous les systèmes organiques qui seront appelés à se développer davantage durant la phase fœtale. Un fœtus est un être humain constitué qui poursuit son développement de soixante jours jusqu’à la fin de la grossesse.

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