Les entrepreneures noires de Calgary comptent sur BCW in Action!

Écrit par : Chloé Liberge

28 juin 2022

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Jeanne Lehman, fondatrice de BCW in Action, a eu l’honneur de recevoir la ministre associée de la Condition féminine de l’Alberta, Whitney Issik. Crédit : Courtoisie
C’est au nord-est de Calgary que Femmes noires canadiennes en action (opérant sous l’acronyme anglais BCW in Action) a installé ses nouveaux quartiers. Dans une ambiance conviviale et chaleureuse, environ 70 femmes et hommes d’affaires se sont réunis vendredi 3 juin 2022 pour inaugurer ce nouveau bureau. L’occasion également de valoriser la place des entrepreneures noires dans la province albertaine.

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Chloé Liberge
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Après la visite des lieux, de nombreuses présentations ont lieu sur une scène créée pour la soirée. Discours de bienvenue et conférences d’entrepreneurs sur leurs parcours respectifs, les interventions ont une ambition commune : mettre en avant l’entrepreneuriat de la province.

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Puis vient l’heure du réseautage! Au milieu de botokoins, beignets africains, et de fatayas, bouchées à la viande sénégalaises, chacun fait connaissance, un verre à la main. Les rires s’élèvent, les conversations fusent, que ce soit en anglais ou en français, à BCW in Action, les deux langues officielles sont valorisées.

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Fondé en 2017 par Jeanne Lehman à Edmonton, cet organisme sans but lucratif encourage les femmes noires canadiennes à entrer dans le monde des affaires. Grâce à des ateliers culturels ou encore des programmes offrant des outils en comptabilité et marketing, elles sont accompagnées afin de faire leurs premiers pas en tant qu’entrepreneures.

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Les nombreux enjeux auxquels font face les entrepreneures noires

Cette association et l’installation d’un nouveau bureau à Calgary étaient donc nécessaires pour Jeanne Lehman afin de mettre en avant les femmes noires, souvent oubliées. Elle s’indigne, «non seulement elles ne sont pas représentées dans les postes de leadership, mais il y a aussi beaucoup de stéréotypes sur elles».

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Des clichés auxquels Élodie Kouadio a dû faire face lors du lancement de sa marque de vêtements venant d’Afrique, Tagna Fashion. Les clients entraient et sortaient avec tous la même expression, celle qui faisait comprendre à la vendeuse qu’ils étaient réticents à l’égard de ses habits. L’Ivoirienne se remémore, «quand j’approchais une personne et que son regard me brisait, je n’avais pas le courage d’aller vers elle et de lui parler».

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Les hommes noirs ont également vécu ce mépris. C’est le cas de Thierry Kouembi lors de son arrivée au Canada en 2015 avec sa femme. Elle est modéliste, lui travailleur social avec une formation marketing, un mélange parfait pour créer leur entreprise de mode. Kem’s Fashion voit donc le jour l’année suivante. Du patron jusqu’à la finition des habits, leurs produits sont fabriqués localement et sur mesure.

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Ce natif du Cameroun relate les débuts de son commerce, «il y avait de la méfiance avec la clientèle, mais aussi avec les employés». Thierry Kouembi évoque des situations dont il a souffert, «tu vas embaucher certaines personnes, puis ils vont se rendre compte que c’est toi qui es à la tête de l’entreprise et ils ne veulent plus y être».

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Prêter main-forte aux entrepreneurs

Pourtant, le cofondateur de Kem’s Fashion garde le sourire. Avec le temps, l’entreprise a su faire ses preuves et gagner en crédibilité. Un résultat qu’il doit en partie au Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA) qui aide de nombreuses entreprises francophones à se développer dans la province.

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Grâce à l’assistance du CDÉA, l’homme d’affaires a pu apprendre à monter un plan stratégique et à observer le marché albertain. Cependant, l’entrepreneur reste aujourd’hui ouvert à d’autres opportunités.

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S’il est présent ce soir, c’est aussi pour élargir ses horizons. Celui qui a longtemps embauché des réfugiés syriens pour la confection de ses habits insiste sur l’importance d’un tel projet. «C’est un endroit où on peut avoir une plateforme pour défendre les droits des marginalisés et, en même temps, cela permet aux entrepreneurs d’avoir une communauté toujours grandissante.»

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«C’est un endroit où on peut avoir une plateforme pour défendre les droits des marginalisés.» Thierry Kouembi

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Une entraide entre femmes qui ne passe pas inaperçue

Lors de cette soirée, des entrepreneurs ont exposé leurs produits, alors que des associations ont présenté leurs services pour informer la communauté. L’association sans but lucratif FADA LA SUNAMITE (FALS) faisait partie de celles-ci. Sa mission est de venir en aide aux jeunes filles congolaises défavorisées et victimes de violences en République démocratique du Congo, un pays où de nombreuses familles vivent dans la pauvreté.

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Avec sa bienveillance, Colette Fada Mumbeya a fait part des actions de son organisme. «Ceux qui sont en âge de la scolarité, nous les amenons à l’école et les plus âgées, nous leur offrons des formations de couture, d’esthétique ou d’hôtellerie.»

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C’est pourquoi la fondatrice de FALS se reconnaît dans les actions prônées par l’organisme BWC in Action. Son organisme œuvre, lui aussi, à promouvoir l’indépendance des femmes et filles dans la société. «Cela nous inspire, nous rassure et nous donne plus de valeurs», atteste cette entrepreneure arrivée au Canada en 2002.

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«Cela nous inspire, nous rassure et nous donne plus de valeurs.» Colette Fada Mumbeya

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Se serrer les coudes sans pour autant s’isoler

Afin de célébrer cette inauguration, la ministre associée de la Condition féminine de l’Alberta était présente. Le sourire aux lèvres, Whitney Issik témoigne de sa venue, «je suis tellement heureuse qu’ils ouvrent leur bureau, je pense que cela va être une ressource incroyable pour les femmes noires entrepreneures».

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Un soutien qu’elle aurait aimé avoir lorsqu’elle a démarré son entreprise, il y a plusieurs dizaines d’années. «Il n’y avait pas d’association, de groupe ou de réseau sur lequel je pouvais compter à l’époque, alors je suis très heureuse que ces femmes disposent de ce réseau», avoue la députée provinciale pour la circonscription de Calgary-Glenmore.

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Elle a donc espoir que BCW in Action aidera les femmes de la province à démarrer leur société puisque «chaque fois que quelqu’un ne démarre pas son entreprise, il laisse ce talent sur la table».

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Pour Jeanne Lehman, voilà ce qu’il faut retenir. «Pour moi, ce n’est pas une revendication», atteste-t-elle. La directrice générale soutient, «bien sûr que nous avons beaucoup de défis en tant que noire, on ne peut pas le nier, mais si je suis là, c’est pour encourager ces femmes à s’élever, car elles ont du talent».

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Ainsi, il ne s’agit pas seulement de se réunir autour d’une même communauté, c’est aussi partager sa culture avec l’ensemble du pays. Élodie Kouadio, de Tagna Fashion, en témoigne, «quand nous venons au Canada, nous venons avec nos différentes cultures, alors nous voulons les partager».

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Voici donc toute l’ambition de l’organisme : s’aider chacune pour évoluer ensemble.

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Organisme bilingue sans but lucratif, Femmes noires canadiennes en action (BWC in Action) œuvre dans trois secteurs : services communautaires, centre de carrière et services aux entreprises.
Pour en apprendre davantage : fr.bcwinaction.ca.
FADA LA SUNAMITE aide les jeunes filles à avoir accès à des formations et à devenir des entrepreneures. Si vous souhaitez faire un don ou en savoir plus sur ce projet : fadalasunamite.com.

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