Brasseries et distilleries se multiplient à Calgary!

Écrit par : Chloé Liberge

24 août 2022

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Jacques Tremblay, Québécois, et Daniel Plenzik, Italien, ont lancé Bridgeland Distillery en 2019 et produisent environ 12 000 bouteilles de différents spiritueux par année. Crédit : Chloé Liberge
En réaction à l’évolution de la législation provinciale, les entrepreneurs passionnés par la production d’alcool se lancent. Du commerce local à l’accueil d’une clientèle toujours plus curieuse, le monde de la bière et du spiritueux vit une nouvelle vague avec des producteurs et des commerçants qui continuent de travailler main dans la main.

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Chloé Liberge
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Le credo de Village Brewery, situé au sud-est de la Calgary, est simple : s’engager pour la communauté. La brasserie artisanale collabore avec de nombreux artistes calgariens pour l’habillage de leurs canettes, mais également pour l’espace de vente et de dégustation, actuellement en rénovation. «C’est un espace d’art public, on choisit un artiste à présenter et on l’utilise comme une galerie d’art gratuite pour eux», explique Jeremy McLaughlin, directeur des opérations.

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«C’est un espace d’art public, on choisit un artiste à présenter et on l’utilise comme une galerie d’art gratuite pour eux.» Jeremy McLaughlin

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Lors du processus de fabrication de la bière, il n’est pas rare que tout ne se passe pas comme prévu. Défaut de la mousse, mauvais goût dû aux arômes. Il peut parfois y avoir de la perte lorsque la bière ne correspond pas à 100% à ce que le producteur veut. Il collabore alors avec des entrepreneurs locaux. «On s’est demandé ce qu’on pouvait faire avec, on peut le jeter à la poubelle, mais c’est une grande perte de temps et d’argent pour tout le monde», témoigne ce natif de Colombie-Britannique.

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La brasserie a alors décidé de collaborer avec Bridgeland Distillery, un fabricant de whisky et de brandy (cognac). Jeremy McLaughlin explique, «en distillant la bière, ils ont capturé tout l’alcool qui avait été produit à partir de la bière». Il sera ensuite utilisé par la brasserie comme base pour produire leur seltzer, une eau pétillante alcoolisée.

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Se lancer dans la production de boissons alcoolisées, un défi prometteur

C’est lors d’un cours de distillation pour futurs entrepreneurs que Jacques Tremblay, fondateur de Bridgeland Distillerie, située dans le nord-est de Calgary, a découvert sa passion : la production de spiritueux. C’est là aussi qu’il a rencontré son partenaire professionnel, Daniel Plenzik.

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Ce Québécois se remémore, «tous les deux, on a pris le cours pour les mêmes raisons : voir si on pouvait faire d’un passe-temps notre business à temps plein et se renseigner sur l’offre et la demande du marché». Un pari réussi puisqu’ils ont remporté le prix de distillerie de l’année 2021 en Alberta, seulement deux ans après l’ouverture de leur établissement.

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Ce travail acharné, les employés de Village Brewery le connaissent bien puisque la brasserie a célébré l’année dernière ses 10 ans. Et au cours de cette décennie, de nombreuses choses ont changé. «Il y a environ cinq ans, il y a vraiment eu le grand boom de l’ouverture de brasseries en Alberta et à Calgary», fait savoir son directeur des opérations, Jeremy McLaughlin.

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La raison : l’abrogation des règlements par Alberta Gaming, Liquor and Cannabis Commission (AGLC), en décembre 2013, qui limitaient la capacité minimale d’une brasserie à 250 000 litres, soit 2 100 barils de bière. Un compromis pour les propriétaires qui devaient investir de l’argent dans de gros équipements afin de produire autant de boissons. «Maintenant, c’est devenu plus accessible pour les gens qui veulent juste rester plus petits», révèle Jeremy.

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Avec la suppression de cette réglementation, de nombreuses microbrasseries et distilleries artisanales ont pu ouvrir leurs portes dans la province. De cette façon, ils peuvent créer leurs propres produits depuis leur atelier. Mais avant d’entamer le processus, le choix des composants est crucial.

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Bien fabriquer sa bière ou son whisky artisanal

C’est pour cela que Bridgeland Distillery opte majoritairement pour des ingrédients issus de l’Alberta ou de sa voisine, la Colombie-Britannique, dont il distille le raisin pour faire du brandy. En ce qui concerne la production de whisky, le distillateur achète du maïs, du blé ou de l’orge maltée provenant de l’Alberta.

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Une vision locale partagée par Jeremy McLaughlin puisque les ingrédients qu’il utilise viennent majoritairement du Canada, en plus de l’eau des montagnes et de 90% de leur orge cultivée en Alberta. Le directeur des opérations ajoute, «nous accordons une grande importance à la qualité, nous voulons utiliser les meilleurs ingrédients tout en étant rentables». Car être entrepreneur, c’est aussi respecter les budgets.

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Jeremy McLaughlin, directeur des opérations, travaille à Village Brewery depuis neuf ans. Crédit : Chloé Liberge

Jeremy McLaughlin, directeur des opérations, travaille à Village Brewery depuis neuf ans. Crédit : Chloé Liberge

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Pour fabriquer de la bière, il suffit de quatre matières premières : l’eau, le malt (céréale germée), le houblon (plante herbacée) et les levures. Une fois le choix des ingrédients locaux fait, le processus de fabrication peut débuter.

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La première étape est la mouture où les grains de malt sont réduits en farine afin d’être mélangés à de l’eau. Cette pâte est ensuite chauffée afin que les enzymes extraient l’amidon des graines pour les convertir en sucre. Cette texture, appelée moût, est portée à ébullition dans une cuve afin d’être stérilisée. Pour donner du goût et de l’amertume, le brasseur ajoute du houblon et des ingrédients additionnels, comme des épices ou du miel, selon la recette.

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Puis, après le brassage, c’est la fermentation. Une étape importante où l’on y ajoute la levure afin de transformer le sucre du moût en alcool. Cependant, il en existe plusieurs sortes dont le temps de fermentation varie. En général, cela dure deux semaines.

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Ensuite viennent la maturation et le filtrage. La bière est mise dans une cuve afin de retirer les résidus de levure qui pourraient rester. Elle devient ensuite clarifiée et est prête pour la dernière étape : le conditionnement. La bière est stockée dans des cuves froides où l’on procède à la carbonatation, c’est-à-dire qu’on y ajoute du gaz carbonique (CO2), afin qu’elle puisse garder sa mousse et sa pression. Finalement, la boisson peut être mise en cannette!

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Quant au whisky, le processus est plutôt similaire. Tout change après la fermentation où l’on procède à la distillation. Le wash, terme utilisé pour désigner le mélange issu de la fermentation, sera ensuite distillé. Pour se faire, il est placé dans des alambics en cuivre qui chauffent et refroidissent le produit, et ce, deux fois au minimum. Il sera ensuite mis dans un fût de bois pour une durée de trois ans.

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Le wash bout dans l’alambic en cuivre et passe ensuite dans un condenseur afin d’être distillé. Crédit : Chloé Liberge

Le wash bout dans l’alambic en cuivre et passe ensuite dans un condenseur afin d’être distillé. Crédit : Chloé Liberge

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Après avoir commencé la production en 2019, c’est maintenant le temps pour Bridgeland Distillery de sortir leur premier véritable whisky. Le whisky Glenbow, clin d’œil au quartier de Calgary, a en effet été mis en vente à la mi-juillet. Une fierté pour Jacques Tremblay, «quand tu commences le business tu te dis que c’est dans tellement longtemps puis tout passe vite». Ce whisky est un single malt, fait de 100% d’orge maltée et de 45% d’alcool. Par définition, celui-ci est issu d’une seule et unique distillerie.

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«Quand tu commences le business tu te dis que c’est dans tellement longtemps puis tout passe vite.» Jacques Tremblay

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Une distillerie qui souhaite se rapprocher de la communauté

C’est aussi pour partager sa passion auprès des touristes que ce Québécois souhaite transformer sa distillerie en économusée. En collaboration avec le Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA), il veut développer l’infrastructure nécessaire pour avoir des panneaux et vidéos explicatifs dans les deux langues, ainsi qu’un salon de dégustation pour que les visiteurs en sachent plus sur ce métier passionnant.

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En attendant, ce passionné et son partenaire professionnel proposent des portes ouvertes tous les dimanches après-midi. Il veut ainsi créer un lien avec sa clientèle. «Les gens peuvent venir siroter un cocktail puis faire le tour de l’atelier pour voir comment le spiritueux se fait.» Il conclut, «on veut augmenter l’offre de ce côté-là».

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Il n’y a pas qu’à Calgary que les commerçants ouvrent les portes de leurs ateliers! À Edmonton, vous pouvez faire une visite d’environ trois heures dans les coulisses de différentes brasseries.
Pour réserver vos places : edmontonbrewerytours.com
Chaque année, Alberta Spirit Awards récompense les meilleurs spiritueux de l’année en se basant sur cinq critères : odeur, sensation en bouche, goût, sensation et apparence.
Pour en savoir plus : albertaspiritsawards.com
En Alberta, c’est l’agence gouvernementale Alberta Gaming, Liquor and Cannabis Commission (AGLC) supervise les industries du jeu, des boissons alcoolisées et du cannabis.
Pour plus d’information : aglc.ca
L’économusée permet aux entrepreneurs artisans d’ouvrir les portes de leurs ateliers afin d’aller à la rencontre du public et leur faire découvrir leur métier.
Découvrez la liste des économusées albertains sur tourismealberta.ca
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. La modération a bien meilleur goût : calcoolateur

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