Le TDAH, un trouble qui ne concerne pas seulement les enfants

Écrit par : Chloé Liberge

21 septembre 2022

Mots-clés :
C’est en 5e année du primaire qu’Haniya Latifah Ouedraogo a offert plusieurs cours de perlage à des enfants ayant un TDAH. Crédit : Courtoisie
D’après le Centre de sensibilisation au TDAH au Canada (CSTC), le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) touche environ cinq à neuf pour cent des enfants et trois à cinq pour cent des adultes. Ce trouble neurodéveloppemental se manifeste souvent lors de la petite enfance et peut durer toute une vie. Pour aider les élèves à se concentrer en classe, la jeune Haniya Latifah Ouedraogo fait preuve d’ingéniosité.

.

Chloé Liberge
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

.

C’est à Noël qu’elle a eu le plaisir de recevoir un kit pour apprendre à faire des bijoux en perles. Autodidacte, elle crée ses premiers porte-clés avec minutie et enthousiasme. Elle enfile ces petites sphères colorées jusqu’à devenir une experte, alors elle imagine de nouvelles pièces comme des bracelets ou encore des sacs à main.

.

Consciente du plaisir qu’elle en retire, sa mère lui donne alors l’idée de les vendre. Très rapidement, tout se concrétise et elle crée Hany’s Beads. Elle exporte ses bijoux et accessoires en Alberta, au Québec, où la famille a vécu pendant de nombreuses années, et aux États-Unis. «Pour l’encourager, je lui ai dit que pour chaque bijou qu’elle vendra, je doublerai le prix», s’amuse Alassane Ouedraogo, son papa.

.

«L’un des instituteurs a estimé que cela pouvait aider les enfants ayant un TDAH à se concentrer.» Alassane Ouedraogo

.

Un jour, la jeune élève originaire de la Côte d’Ivoire décide d’en apporter dans sa classe. Elle attire alors l’attention de son enseignant. «Elle les a apportés à l’école et l’un des instituteurs a estimé que cela pouvait aider les enfants ayant un TDAH à se concentrer», explique fièrement son père. Bien qu’elle ne soit pas atteinte de ce trouble, Haniya a tout de suite accepté de partager cet art avec ses camarades.

.

Des symptômes qui se manifestent dès l’enfance

Malgré son appellation, le TDAH n’est pas, pour Connie Leclair, un problème d’attention, mais plutôt de concentration. La psychologue se justifie, «c’est être capable de choisir la chose sur laquelle on va mettre notre focalisation».

.

Cette Québécoise installée en Alberta depuis de nombreuses années veut aussi briser le cliché du «jeune garçon hyperactif qui n’aime pas l’école et qui a de mauvaises notes». Oui, il y a des jeunes comme ça, mais l’hyperactivité n’est pas la seule forme du TDAH.

.

L’inattention est moins connue, mais c’est aussi un symptôme du TDAH. Tandis que l’enfant hyperactif ne réussira pas à tenir en place et cherchera constamment à bouger, le distrait aura tendance à être constamment dans la lune et à l’écart des autres, décrypte-t-elle.

.

«À l’école, ils sont souvent assez intelligents pour ne pas avoir de problème académique alors il n’y a personne qui remarque.» Connie Leclair

.

C’est donc pour éviter ces difficultés à ses camarades que Haniya a animé des ateliers de création de bijoux à son école primaire Grant MacEwan située à Calgary. Pendant une heure, elle rassemblait huit autres élèves de 2e et 3e années pour leur apprendre la technique de perlage. «Cela les aidait à se calmer et à se concentrer», fait savoir la jeune fille.

.

Parfois, il n’est pas simple de repérer les jeunes inattentifs qui sont plus discrets que les hyperactifs. «À l’école, ils sont souvent assez intelligents pour ne pas avoir de problème académique alors il n’y a personne qui remarque», se désole la psychologue. Ils passent alors à travers les mailles et ne profitent pas de ce genre d’atelier.

.

Un manque de diagnostic qui peut se faire ressentir même à l’âge adulte.

.

.

Être un adulte avec un trouble du déficit de l’attention

C’est à 45 ans que Connie Leclair a appris qu’elle allait devoir, elle aussi, vivre avec son TDAH. «J’ai fait toutes mes études sans que cela paraisse, mais j’ai aussi un quotient intellectuel d’à peu près 145, alors j’étais capable de compenser», relativise-t-elle. Ce quotient intellectuel supérieur à la moyenne, qui se situe entre 90 et 110, facilite ce genre de situation.

.

Et elle n’est pas la seule. Alors que beaucoup pensent qu’il s’agit d’un trouble touchant seulement la population plus jeune, la psychologue rappelle que ce n’est pas le cas. «En santé mentale, il y a des gens qui vont dire que lorsque l’on devient adulte, l’hyperactivité va baisser» et ainsi le TDAH ne sera plus évident. Elle poursuit, «mais ce n’est pas vrai, c’est juste qu’ils ont absorbé les mœurs sociales».

.

.

Il est important pour Connie Leclair, psychologue agréée exerçant à Calgary, d’accueillir les patients diagnostiqués avec un TDAH, car elle vit également avec ce trouble. Crédit : Courtoisie

Il est important pour Connie Leclair, psychologue agréée exerçant à Calgary, d’accueillir les patients diagnostiqués avec un TDAH, car elle vit également avec ce trouble. Crédit : Courtoisie

.

.

Ainsi, ce trouble peut se manifester de manières différentes, notamment au niveau de la mémoire, «des difficultés au niveau de la capacité de garder l’information dans le cerveau assez longtemps» pour savoir l’analyser et l’utiliser. Il s’agit de la mémoire de travail. Par exemple, si vous devez aller chercher un objet dans la cuisine, mais que sur votre chemin, vous vous arrêtez pour éteindre la télé ou sortir les poubelles, vous risquez d’oublier complètement la raison pour laquelle vous vous dirigiez vers la cuisine et donc ledit objet. Cette mémoire à court terme permet à la fois un maintien temporaire, mais aussi la manipulation de l’information maintenue.

.

D’autres difficultés peuvent survenir dans la vie des personnes atteintes de TDAH. L’une de celles-ci est la relation avec le temps et/ou les émotions. «C’est difficile pour nous de juger combien de temps cela prend pour faire les choses et on est aussi très sensible aux interactions sociales», confie Connie Leclair.

.

Rester optimiste

Pourtant, vivre avec un TDAH n’a pas que de mauvais côtés. La psychologue souhaite souligner les atouts des personnes diagnostiquées. «Ils connectent des bouts d’informations ensemble que d’autres ne connectent pas.»

.

Un autre atout, c’est leur aptitude à la créativité. Bien souvent, elles ont une âme artistique.
Voilà pourquoi les enfants de l’école primaire Grant MacEwan adorent les activités de perlage proposées par Haniya. La jeune fille garde un bon souvenir de l’activité où elle les a aidés à confectionner des bijoux et des porte-clés pour la fête des Pères et des Mères. «Ils étaient très contents.» Elle suppose, avec envie, qu’elle pourra recommencer cette année.

.

Psychologue agréée exerçant à Calgary depuis une dizaine d’années, Connie Leclair offre de nombreux services afin de «changer pour le mieux». connieleclairpsych.com
Le Centre de sensibilisation au TDAH, Canada est un organisme de bienfaisance national qui œuvre à améliorer le quotidien des personnes vivant avec un TDAH. caddac.ca

Partager

Lire des articles sur un thème similaire

Articles similaires

La francophonie albertaine vous intéresse?

Nous aussi.

Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour recevoir chaque deux semaines un concentré de nos meilleures histoires!