Les poissons de l’Arctique intéressent la Chine

Écrit par : Le Franco

24 août 2022

Les chinois et l’intérêt pour les ressources halieutiques de l’Artique. Photo : Hubert Neufeld – Unsplash
Depuis 2018, le gouvernement chinois a clairement exprimé son intérêt pour les ressources halieutiques de l’Arctique. Face à une demande domestique croissante et bénéficiant d’un accès facilité par la disparition progressive de la banquise, la Chine souhaite prendre part aux décisions concernant la gouvernance de la région.

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Articles de l’Arctique – Nelly Guidici

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Dans le plus récent numéro de Regards géopolitiques, le bulletin trimestriel du Conseil québécois d’études géopolitiques (CQEG), l’étudiante à la maitrise en études internationales Yeukyin Chin signe un texte où elle analyse les intérêts du gouvernement chinois pour la pêche commerciale en Arctique.

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Alors que les changements climatiques accélèrent la fonte des banquises, la pêche commerciale au centre de l’océan Arctique pourrait devenir envisageable. Dans cette optique, la Chine exprime depuis quelques années son intention de participer à la gouvernance de la gestion des ressources en Arctique.

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«L’appétit de la Chine pour les poissons arctiques a commencé à apparaitre dans les documents officiels de haut niveau dans le treizième plan quinquennal (2017-2021)», relate Mme Chin dans sa publication.

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En janvier 2018, le gouvernement chinois a publié un premier livre blanc sur sa stratégie dans la région arctique. Selon l’étudiante à la maitrise à l’Université Laval, Pékin appuierait l’idée de créer une organisation régionale de gestion des pêches (ORGP) au cœur de l’océan Arctique, de renforcer la surveillance et la recherche sur les stocks, et de coopérer en recherche scientifique avec les états riverains de l’océan Arctique.

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Surexploitation, transformation et changements sociaux

La surexploitation et l’effondrement des stocks de poissons en mer Jaune et en mer de Chine orientale expliquent en partie cet intérêt envers les stocks de poissons de l’océan Arctique.

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De plus, l’augmentation de la consommation de poissons par habitant est passée de 3,1 kg par personne en 1985 à 11,4 kg en 2019. «Pour satisfaire le marché domestique, la Chine n’a pas le choix que d’aller plus loin pour chercher du poisson», selon Yeukyin Chin.

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Les Chinois consomment plus de poisson qu’avant. Crédit : Anita Nararidh – Unsplash

Les Chinois consomment plus de poisson qu’avant. Crédit : Anita Nararidh – Unsplash

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Par ailleurs, les stocks de poissons importés en Chine ne sont pas tous consommés sur place : «[La moitié] des ressources halieutiques d’Alaska exportées en Chine vont retourner vers le marché américain après avoir été traités en Chine», où le secteur de transformation des poissons et fruits de mer a augmenté de 42 % entre 2008 et 2018.

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Enfin, l’étudiante à la maitrise souligne que «l’enrichissement du pays et la croissance de la classe moyenne augmentent les besoins en fruits de mer et en poissons de grande valeur. L’urbanisation change le gout des consommateurs chinois».

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Des politiques canadiennes restrictives

Face à l’insécurité alimentaire persistante, les collectivités de l’Arctique canadien adoptent leur propre définition du concept de souveraineté alimentaire, tout en cherchant des solutions et des moyens de les financer.

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Autoriser un pays qui ne fait pas partie de l’Arctique à y pêcher peut donc soulever certaines résistances.

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Le Canada, tout comme les États-Unis et la Norvège, a mis en place des politiques visant à restreindre la participation des investisseurs étrangers dans le secteur halieutique. Pêches et Océans Canada ne délivre des permis pour la pêche commerciale dans l’Est du Canada qu’aux bateaux canadiens.

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Par ailleurs, «une attention particulière est accordée aux Autochtones ou aux organisations autochtones dans le but de leur permettre de participer à des pêches commerciales à des fins de développement économique», indique la Politique d’émission des permis pour la pêche commerciale dans l’Est du Canada.

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Des risques de surpêche

En 2013, lors de sa rencontre interministérielle à Kiruna en Suède, le Conseil de l’Arctique a accueilli la République populaire de Chine en tant qu’État observateur aux côtés de l’Inde, de l’Italie, du Japon, de la Corée du Sud et de Singapour, qui se sont joints à six pays s’y trouvant déjà. Il y a aujourd’hui un total de treize États observateurs au sein du Conseil.

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Selon Daniel Pauly, professeur à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver et créateur du projet de recherche Sea Around Us, l’État chinois a de grandes ambitions : «J’ai l’impression que le gouvernement chinois accepte les règles du jeu du commerce international et cette attitude permet la signature d’accords. Mon interprétation des intentions de la Chine, c’est que cet État voudrait devenir une puissance mondiale.»

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Cependant, à l’heure des changements climatiques, de la fonte graduelle de la banquise et de la hausse des températures, la pêche industrielle s’accompagne de risques immenses pour l’environnement.

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Daniel Pauly, professeur à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver et créateur du projet de recherche Sea Around Us. Crédit : Courtoisie Sea Around Us

Daniel Pauly, professeur à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver et créateur du projet de recherche Sea Around Us. Crédit : Courtoisie Sea Around Us

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«Si la pêche industrielle est autorisée [en Arctique], les populations de poissons seront réduites et il y aura moins de variants, c’est-à-dire moins d’espèces et d’individus. Il y aura aussi moins de possibilités d’adaptation […] et tout sera rompu si on ne fait rien», déplore le professeur Pauly.

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Il estime toutefois que tout n’est pas perdu puisqu’il est encore possible d’agir en mettant en place un cadre législatif fort pour la sauvegarde des stocks de poissons de l’Arctique.

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«En interdisant la pêche industrielle, on gagne du temps pour diminuer l’effet des changements climatiques. Ces changements climatiques, on doit les combattre au niveau causal. Il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre, car si on ne réduit pas ces émissions, on va se trouver devant un cataclysme», conclut-il.

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Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des territoires : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.

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