Crise sanitaire, écologique et environnementale : le vivant (partie 1)

Écrit par : Étienne Haché

12 février 2022

Mots-clés :
  • Etienne Haché Chroniqueur Le Franco

Étienne Haché, philosophe et ancien professeur au Campus Saint-Jean, publie bimensuellement une chronique « Esprit critique ».

Après les craintes et l’adaptation à une crise sanitaire inédite vient le temps de la réflexion et de l’intelligence collective. Avec raison d’ailleurs. Non pour dominer les événements — ce qui n’est vraiment pas possible — mais pour s’efforcer de partager des questions, des observations et des inquiétudes que suscitent les développements de l’épidémie et ses multiples conséquences.

Après les craintes et l’adaptation à une crise sanitaire inédite vient le temps de la réflexion et de l’intelligence collective.

À partir de deux aspects en particulier, au plan écologique d’abord (partie 1), ensuite, au plan environnemental, principalement au niveau du dérèglement climatique (partie 2), je convie le lecteur à questionner la «myopie du désastre». Cette tendance semble être devenue l’une des vraies caractéristiques de l’homme contemporain dès lors que l’on prend en compte son fort potentiel d’aveuglement.

Qu’est-ce que la zoonose?

Qu’en est-il du vivant? Certains parlent d’extinction, d’autres évoquent l’effondrement du nombre des populations sauvages, et ce, toutes espèces confondues : champignons, plantes, arbres, animaux. À cette crise s’ajoute en parallèle une explosion de la domestication du monde animal. En effet, la planète compterait notamment 23 milliards de poulets pour l’élevage, 3 milliards de cochons et 1,3 milliard de vaches. Ce sont là des chiffres nettement supérieurs à la biomasse des 10 000 espèces d’oiseaux existants aujourd’hui sur la Terre. C’est peu dire de notre démesure; une démesure qui explique pour une bonne part la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

Crédit : Freepik

Ce que les spécialistes du vivant appellent zoonose (saut d’espèces), cette maladie infectieuse d’animaux transmissible aux humains — la première de la sorte fut celle du H1N1 survenue aux États-Unis, il y a exactement un siècle à partir d’élevages de canards —, explique pourquoi nous sommes sans arrêt, depuis vingt ans environ, confrontés à des maladies humaines issues de virus, de bactéries et de protistes. À titre d’exemple, sur 300 nouvelles maladies répertoriées en France depuis 1940, presque les trois quarts d’entre elles sont des zoonoses.

Une explication de ces maladies vient de ce que nous sommes de plus en plus nombreux sur la terre, qui plus est majoritairement regroupés dans de grands centres urbains. À cela s’ajoute comme je le disais l’agriculture intensive ainsi que l’accélération du changement climatique et, conséquence de cette accélération, l’effondrement du vivant dans lequel nous sommes entrés. Tous ces éléments interfèrent avec notre santé et notre bien-être.

Une seule santé…

Les Nations Unies ont bien compris l’enjeu derrière la destruction en cours en mettant sur pied, en 2000, un mouvement appelé One Health. Sont concernés non seulement le vivant, mais tous les écosystèmes. Preuve en est : l’origine du coronavirus. Ce virus est connu par les chercheurs et les biologistes depuis vingt ans. Il nous vient de chauves-souris vivant dans les grottes du Cambodge, du Laos et surtout de l’est de la Chine. Étudié et suivi de près, ce virus a pourtant trouvé le moyen, en partie grâce à l’homme, de faire le tour du monde depuis décembre 2019, date à laquelle Taïwan a pris conscience de la propagation du virus et intercepta, dès le lendemain, les premiers avions en provenance de Chine.

J’ai bien dit tous les écosystèmes, et ce, à tous les niveaux : de la biocénose au biotope. En effet, nos océans regorgent également de virus. Une seule goutte d’eau de mer contient à elle seule des virus par milliards, des bactéries par millions et des protistes par centaines de milliers. Parmi les protistes, le phytoplancton est composé de toutes petites algues qui nous procurent l’oxygène dont nous avons besoin. Nous avons souvent tendance à les oublier, croyant qu’il n’y a que les forêts capables de nous procurer de l’oxygène pour respirer. Phytoplancton, bactéries et virus dans les océans équivalent à 98% de la biomasse par comparaison avec les baleines et les poissons (2%), les sols (2,5 tonnes de bactéries à l’hectare) et les micro-champignons (3,5 tonnes).

À lire aussi :

Mais il y a davantage que cette richesse. Protistes, bactéries, tardigrades, vers de terre, nématodes, collemboles, acariens constituent une partie essentielle de la vie de nos sols. Or, ceux-ci se meurent depuis l’après-guerre : d’une part, à cause de la mécanisation et de machineries lourdes et d’autre part, en raison de puissants biocides tels que les pesticides et les herbicides qui rendent impossible l’existence des éléments naturels et par suite la qualité des cultures.

Indéniablement, cette destruction entraîne aussi des répercussions sur l’être humain. Il suffit de prendre l’enfant à la naissance. Son tube digestif est pratiquement axénique. Il a très peu de bactéries. Avec la rupture de la poche des eaux, c’est le moment où les microorganismes présents dans le corps de la maman vont se précipiter pour l’ensemencer. Nous savons maintenant que cette fraction de la vie (3/4 d’eau + bactéries + 1000 premiers jours) est déterminante pour le développement de l’être humain et sa constitution.

S’agissant du coronavirus, celui-ci a trouvé sa place dans l’humain (davantage chez le garçon) et tout particulièrement chez les ainés et les personnes aux prises avec des problèmes de santé. Curieux paradoxe tout de même si l’on considère que l’objectif de la médecine est de nous permettre de vivre plus longtemps et dans de bonnes conditions. Ceci nous rappelle au moins notre fragilité, ainsi que nos devoirs et nos obligations à l’égard de la nature.

La nature nous parle, il faut l’écouter

Faut-il rappeler ce que nous avons en commun avec une mouche (2/3 d’ADN), avec les microalgues du phytoplancton (1/3), avec les acariens qui nous nettoient le matin dans notre lit? Est-il besoin de souligner davantage l’importance de la biodiversité en termes de coopération et d’échanges entre les différents éléments (nature, microorganismes, animaux, humains)?

«Arrêtez de me malmener, laissez-moi tranquille !»

Le mot d’ordre de la nature, c’est : «Arrêtez de me malmener, laissez-moi tranquille! Le commerce et le trafic de mon réservoir : non! L’expérimentation scientifique, oui, mais sous certaines conditions! Vous ne comprenez toujours pas? Alors, observez bien comment le vivant innove, avec une énorme parcimonie d’énergie. Observez tout particulièrement la puissance de la libellule : elle vole à cent kilomètres avec seulement deux watts. Comment parvient-elle à cette prouesse? Mystère que moi seule je détiens. Alors, poursuivez vos interrogations et fichez-moi la paix! Au lieu de détruire mon réservoir, qui est aussi votre lieu de vie et de reproduction, vous, humains, faites preuve d’inventivité et coopérez avec moi. Pas qu’avec la libellule, mais avec tout ce qui vous permet de respirer, de manger, de vivre et, sans doute, de mener une existence authentique».

Cette chronique est comme une lettre solidaire. Partagez-la à l’infini et vous serez heureux, en santé et comblés de la grâce divine de la nature.

Partager

Lire des articles sur un thème similaire

Articles similaires

La francophonie albertaine vous intéresse?

Nous aussi.

Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour recevoir chaque deux semaines un concentré de nos meilleures histoires!