Mon médecin m’a prescrit un médicament…

17 octobre 2022

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Crédit : Towfiqu Barbhuiya / Unsplash.com
Dre Julie L. Hildebrand exerce en médecine familiale à Edmonton. Bilingue, elle est très heureuse de pouvoir répondre aux besoins de la francophonie plurielle de la capitale provinciale. Spécialiste du diabète, des dépendances et de l’utilisation du cannabis thérapeutique, elle privilégie la prévention et l’éducation.

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Souvent, une fois sortis du bureau du médecin, plusieurs patients se questionnent à savoir s’ils devraient ou non débuter une nouvelle médication.

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Il faut se rappeler qu’un médicament n’est jamais efficace à 100% ou qu’il ne comporte aucun potentiel d’effets négatifs. La prise d’un médicament n’est jamais anodine et peut avoir des effets importants sur l’organisme. Le médecin doit toujours peser le pour et le contre lors de la prescription d’un traitement, que ce soit un médicament ou une chirurgie. Généralement, il est admis de recommander un traitement seulement lorsque les bénéfices surpassent les risques.

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Il existe deux principes fondamentaux en médecine que le médecin se doit de toujours appliquer : bienfaisance et non-malfaisance. Dans le principe de bienfaisance, le médecin vise à apporter du bien à son malade, à le soulager de ses symptômes et souffrances. Le principe de non-malfaisance qui découle directement du serment d’Hippocrate, «primum non nocere», implique que le médecin puisse choisir de cesser ou de refuser de prescrire un médicament s’il le juge dangereux pour son patient. Souvent, cette décision est prise lors de la prescription de narcotiques pour soulager la douleur chronique à cause des risques de dépendance qui y sont associés.

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Dre Julie Hildebrand

Dre Julie Hildebrand

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Habituellement, le médecin de famille connaît bien son patient, ses antécédents médicaux, ses habitudes de vie, ses allergies, sa liste actuelle de médicaments, sa condition psychologique et son statut socioéconomique. Ce qui lui permet de juger du meilleur traitement pour son patient.

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Ce que Dr Google ignore malheureusement.

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Aussi, les patients qui tendent à s’automédiquer s’exposent à de plus grands risques d’interactions médicamenteuses, d’effets secondaires néfastes, d’omettre de traiter un problème de santé qui a été mal diagnostiqué à priori et de favoriser une mauvaise utilisation des médicaments (absence d’indication, excès ou insuffisance).

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Une patiente se présente au bureau avec des douleurs aiguës au dos. Par le passé, elle avait été traitée avec des stéroïdes oraux (prednisone) pour une polymyalgie rheumatica (PMR), une condition inflammatoire qui survient chez des individus âgés de plus de 50 ans et qui affecte principalement le cou et les épaules.

En discutant avec la patiente, je prends connaissance de sa consommation journalière excessive de prednisone, alors que je croyais que ce traitement avait cessé depuis longtemps. Elle m’avoue alors participer à un groupe de discussion sur Facebook où des patients atteints de PMR échangent sur leurs traitements. Suivant les recommandations de l’un des participants, elle s’est procurée par Internet des doses de prednisone. Elle me dit savoir très bien ce qu’elle fait et avoir lu de nombreux articles à ce propos sur Internet.

Malheureusement, au moment de sa consultation, elle avait pris 30 kg et avait développé un diabète secondaire à la prise de stéroïdes. Après investigation sur ses maux de dos, nous avons découvert chez cette patiente plusieurs fractures vertébrales ostéoporotiques encore une fois secondaires à la prise de stéroïdes et pour lesquelles elle a dû subir une intervention chirurgicale.

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Alors lorsqu’un médicament est proposé au patient, le médecin se doit d’expliquer les effets bénéfiques attendus ainsi que la possibilité d’effets secondaires. Le patient devrait être impliqué dès le début dans le choix d’un traitement. Il doit prendre une décision éclairée, ce qui suppose qu’il ait été informé des avantages et désavantages, mais aussi de la façon dont ces médicaments doivent être administrés. La décision doit être partagée. Un patient qui comprend le pourquoi de son traitement a plus de chance d’y adhérer et de le prendre de manière appropriée.

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Prise de médicaments, attention aux erreurs

En 2017, l’OMS identifiait le risque associé à la mauvaise utilisation et les erreurs dans la prise des médicaments comme le troisième défi mondial pour la sécurité des patients. La mauvaise prise de médicaments peut engendrer des séquelles graves chez les patients, allant même jusqu’à la mort. Elle constitue la cause principale de préjudices évitables au sein des systèmes de santé sur le plan mondial. Les conséquences économiques encourues par les pratiques de médications dangereuses se chiffrent à près de 58 milliards de dollars canadiens annuellement. Personne n’est à l’abri, car tous, à un moment ou à un autre durant son existence, aura à prendre un médicament soit dans le cadre d’une infection passagère ou pour traiter une maladie chronique.

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Les erreurs se produisent le plus souvent lors de l’administration des médicaments à la maison ou en milieu hospitalier. Cela implique la prise d’une dose inadéquate, l’utilisation d’une mauvaise route d’administration ou un horaire inapproprié. En milieu hospitalier, cela tient surtout du facteur humain (fatigue, stress du personnel soignant, mauvaises conditions de travail, insuffisance de personnel, erreur lors de la prescription, de la transcription et de l’administration des médicaments). Les patients les plus vulnérables sont évidemment les enfants et les personnes âgées, ainsi que celles ayant une insuffisance hépatique ou rénale qui ne métabolisent pas bien les médicaments. Les situations de transition (admission et départ de l’hôpital) ainsi que la polypharmacie (prise de plus de 4 médicaments en concomitance) sont celles où les risques sont les plus élevés.

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La polypharmacie est un constat de plus en plus courant dû au rallongement de l’espérance de vie et donc au nombre plus grand de patients qui consomment plusieurs médicaments afin de traiter des conditions chroniques. Cela étant dit, les médicaments en vente libre détiennent aussi un potentiel d’interaction délétère avec les médicaments prescrits. Plusieurs patients n’en sont pas informés et consomment des suppléments naturels qui peuvent interférer avec leurs traitements et les mettre en danger.

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Les patients ainsi que leurs familles devraient être encouragés à jouer un rôle actif dans leur médication.

1. INFORMEZ-VOUS. 2. VÉRIFIEZ. 3. DEMANDEZ.

1. Sachez le nom de vos médicaments et leur posologie. Connaissez la raison pour laquelle vous les prenez. Souvent, lors de visites médicales, mes patients me disent : «Vous savez la petite pilule blanche…»
2. Vérifiez que vous prenez les bons médicaments au bon moment. D’autres patients me disent : «Je ne prends pas mon médicament pour l’hypertension tous les jours. Je le prends seulement lorsque ma pression est haute. Je prends parfois mon médicament le matin ou le soir selon mes chiffres de pression artérielle…»
3. Demandez à votre professionnel de la santé (médecin, pharmacien, infirmière) si vous avez des doutes ou des questions. Consultez toujours votre médecin avant d’effectuer des changements dans votre régime médicamenteux. «J’ai cessé de prendre mon médicament pour le diabète, car je prends trop de médicaments. Mon voisin m’a dit que c’était mauvais pour moi…»

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La consommation de médicaments ne devrait en aucun cas être prise à la légère. Ils sont bénéfiques, mais peuvent aussi s’avérer extrêmement néfastes. Vos professionnels de la santé sont à votre disposition pour vous orienter dans vos traitements. N’hésitez jamais à demander leur aide ou à leur rapporter l’apparition d’effets secondaires.

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