Redonner à sa communauté d’accueil : l’histoire de Jean-Paul Kalwahali

Écrit par : Francopresse

17 août 2021

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Lorsqu’il est débarqué en 2016 dans la municipalité de Clare, en Nouvelle-Écosse, pour étudier à l’Université Sainte-Anne, Jean-Paul Kalwahali a vécu le choc de passer d’une grande ville à la petite bourgade tranquille de Pointe-de-l’Église. Crédit : Courtoisie

HISTOIRES D’IMMIGRATION – Au travers des incertitudes liées à la pandémie, certaines histoires ressortent comme autant de bouffées d’air et d’espoir. C’est notamment le cas de nombreux francophones qui ont choisi le Canada comme terre d’accueil, il y a de cela quelques mois ou des années. En voici quelques-unes partagées par Francopresse.

FRANCOPRESSE – Lorsqu’il est débarqué en 2016 dans la municipalité de Clare, en Nouvelle-Écosse, pour étudier à l’Université Sainte-Anne, Jean-Paul Kalwahali a vécu le choc de passer d’une grande ville à la petite bourgade tranquille de Pointe-de-l’Église. Cinq ans plus tard, après avoir visité plusieurs provinces canadiennes, il n’échangerait désormais pour rien au monde la tranquillité de Baie Sainte-Marie pour l’agitation de la ville.

Natif de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), Jean-Paul n’aurait jamais pu imaginer qu’il deviendrait un jour gérant du Centre de bienvenue Rendez-vous de la Baie, un poste qu’il occupe depuis quelques semaines. 

Dès sa dernière année de lycée, en 2015, il savait toutefois qu’il irait étudier à l’étranger pour poursuivre dans une voie qui lui tient à cœur : l’immigration et le développement international. 

«Comme il n’y a pas ce genre de filière dans mon pays, je me suis dit que c’était mieux que j’aille au Canada. Mon frère et mon cousin étaient déjà là et ça se passait bien pour eux», raconte-t-il. 

Jean-Paul au Parc provincial Herring Cove, au Nouveau-Brunswick. Crédit : Courtoisie

Il a donc plié bagage rapidement et s’est acclimaté à son nouveau pays d’accueil durant un été passé à Montréal, avant de débuter sa première session d’université en administration des affaires à l’Université Saint-Anne. 

«J’ai toujours dit que mon intégration a été facile parce que je connaissais déjà des gens ici. Mais il y a eu des petits chocs culturels; les gens sont différents, la langue, le français est différent!» témoigne aujourd’hui Jean-Paul. 

Le français est sa langue maternelle, mais le natif de RDC possédait également des bases en anglais avant de venir au Canada, en plus de parler deux des langues nationales de son pays natal : le swahili et le lingala. 

C’est d’ailleurs dans l’optique de perfectionner son anglais que son frère, son cousin et lui ont choisi de s’établir en Nouvelle-Écosse plutôt qu’au Québec.

«On préfère aller dans une province anglophone et étudier en français […] Et si je continue de travailler dans des organismes d’immigration francophone, c’est pour garder cette culture francophone et aussi évoluer en anglais», explique Jean-Paul. 

Un nouveau départ vers Terre-Neuve-et-Labrador

Au fil de ses quatre ans d’études, le jeune homme aujourd’hui âgé de 25 ans a travaillé quelques étés dans le domaine de l’immersion francophone, une expérience qui lui a servi lorsqu’est venu le temps d’accéder au marché du travail.

«J’ai fini pendant la période de COVID […] J’ai un peu galéré pendant deux mois pour trouver un travail», déplore Jean-Paul. 

«Du fait que j’avais travaillé en immersion francophone sur le campus de l’Université Sainte-Anne, je me suis fait beaucoup d’amis puisque de base, je suis quelqu’un d’ouvert», explique Jean-Paul. Crédit : Courtoisie Jean-Paul Kalwahali

Lorsqu’une occasion s’est présentée de travailler en immigration francophone à Terre-Neuve-et-Labrador, il n’a donc pas hésité, même si cela impliquait de déménager à nouveau. 

«Je me suis dit “OK, je vais me lancer, je vais aller découvrir”! Du fait que j’avais travaillé en immersion francophone sur le campus de l’Université Sainte-Anne, je me suis fait beaucoup d’amis puisque de base, je suis quelqu’un d’ouvert. Je me suis fait des amis de Terre-Neuve-et-Labrador, donc quand j’ai pris la décision d’y aller, je savais que j’y rencontrerais des gens que je connais», enchaine-t-il. 

Ç’a été un autre choc pour lui de constater que ses connaissances n’habitaient pas forcément dans la capitale, Saint-Jean de Terre-Neuve, où il travaillerait. «C’était un renouveau […] Un autre processus d’intégration, d’adaptation. Ça a été difficile au début», convient Jean-Paul.

«Mais c’était bien parce que j’évoluais dans un organisme francophone» – le service Compas de la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador (FFTNL). C’est là qu’il a véritablement plongé tête première dans les services aux nouveaux arrivants : immigrants, travailleurs temporaires, étudiants internationaux, réfugiés et demandeurs d’asile. 

«Pour moi, c’était nouveau! […] Je devais d’abord m’intégrer à Terre-Neuve, pour ensuite faciliter l’intégration des nouveaux arrivants à Terre-Neuve», lance-t-il en riant. 

Après avoir visité plusieurs provinces canadiennes, Jean-Paul n’échangerait désormais pour rien au monde la tranquillité de Baie Sainte-Marie pour l’agitation de la ville. Crédit : Courtoisie

L’une de ses plus grandes motivations était d’offrir aux immigrants francophones les services dont il aurait lui-même aimé bénéficier à son arrivée : «Il y a beaucoup de francophones qui ne veulent pas aller au Québec, ce n’est pas la seule destination possible pour eux! Mais il y a beaucoup de difficultés pour les francophones qui viennent dans d’autres provinces, car les services en français sont moindres», expose-t-il.

«Évoluer dans des organismes francophones pour offrir des services aux francophones… C’est comme une lumière pour les francophones!» répète Jean-Paul. 

«Maintenant c’est mon tour de redonner»

Après quelques mois passés au sein de l’organisme, une autre opportunité s’est offerte à Jean-Paul, lui permettant cette fois-ci de retourner dans la ville qui l’avait si bien accueilli durant ses années d’études. 

C’est après un voyage en auto de près de 24 heures, les vols étant restreints en raison de la COVID, qu’il a enfin pu apprivoiser ses nouvelles tâches.

«Mon poste ici a deux volets : l’immigration, avec le nouveau projet-pilote d’IRCC de communautés francophones accueillantes, un projet sur trois ans; et l’autre volet c’est au niveau du tourisme dans la région de Clare. Pour moi, c’est un nouveau challenge, mais ce sont deux volets qui vont de pair», s’enthousiasme Jean-Paul.  

St. Andrews, petite communauté à Terre-Neuve-et-Labrador. Crédit : Courtoisie Jean-Paul Kalwahali

«D’autant plus que c’est une région dans laquelle j’ai étudié […] C’est comme si ils m’ont donné, et maintenant, c’est mon tour de redonner», ajoute-t-il. 

Il estime que son amour du voyage et de la découverte lui a grandement servi au fil de ses pérégrinations, ses capacités d’adaptation et d’ouverture ayant été très sollicitées. C’est d’ailleurs un conseil qu’il donne souvent dans le cadre de son travail : être ouvert d’esprit. 

«Ce n’est pas facile ni pour les gens qui arrivent, ni pour les gens qui accueillent […] Chacun a ses retenues, il y a des chocs culturels des deux côtés. Alors dans le cadre de mon travail, mon but c’est non seulement d’aider les gens qui viennent d’ailleurs à s’intégrer et à rester, mais aussi de préparer les gens qui accueillent», illustre Jean-Paul. 

À son arrivée à Clare, en 2016, il aurait été loin d’imaginer que cinq ans plus tard, il deviendrait le gérant du Centre de bienvenue Rendez-vous de la Baie : «Les deux premières années, je ne pensais même pas rester. Mais quand j’ai profité de l’été, ici dans la région, je me suis dit que je pourrais rester. Jamais je n’aurais imaginé que je serais gérant d’un centre comme ça!» 

«Je suis très fier et les gens autour de moi aussi le sont. Et pour moi ça sera toujours un plaisir d’aider les nouveaux arrivants, parce que moi aussi j’ai été nouvel arrivant», souligne-t-il. 

Grâce à un nouveau programme du ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté canadienne (IRCC), Jean-Paul soumettra bientôt sa candidature pour la résidence permanente, puis pour la citoyenneté canadienne dès qu’il le pourra, lui qui possédait jusqu’ici un permis d’études, puis de travail. 

Après avoir donné de nombreux ateliers sur la question à de nouveaux arrivants, il pourra bénéficier de ses propres conseils. «C’est à mon tour de passer à travers cela, et je suis très content! Je l’ai fait pour d’autres gens, maintenant je le fais pour moi», conclut-il avec bonheur.

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