Quel est le rôle de l’Alberta dans la lutte contre les changements climatiques?

Écrit par : Mélodie Charest

12 novembre 2021

Selon le Conference Board of Canada, les émissions des GES de l’Alberta sont principalement dues à l’industrie de l’extraction minière, pétrolière et gazière. Crédit : Pexels - Chris Leboutillier

La 26e Conférence des Parties (COP26) s’est ouverte le 31 octobre dernier à Glasgow en Écosse. Les enjeux abordés sont aussi inquiétants que la présence d’une bête chimérique dans un lac. Contrairement au monstre du Loch Ness, les changements climatiques sont bien réels. L’Alberta peut-elle jouer un rôle dans cette lutte ?

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En raison de la pandémie, la COP26 revient après six ans d’absence, et non cinq, pour une durée de deux semaines. Près de 200 pays sont réunis. Leurs représentants discutent de l’atteinte (ou non…) des objectifs de la COP21 de Paris 2015. Il y est notamment question de la réduction des gaz effet de serre (GES). 

Le réchauffement climatique s’accélère deux fois plus rapidement au Canada qu’ailleurs dans le monde. L’Alberta est aussi la deuxième province la plus polluante de la fédération. Selon Alaz Munzur, associée de recherche de la Energy and Environmental Policy Research Division de l’Université de Calgary, la province émet «environ 40% des émissions totales du pays, la plupart provenant du pétrole et du gaz». 

Alaz Munzur croit bien que la COP26 amènera le gouvernement canadien à prendre des mesures plus ambitieuses en matière de tarification du carbone. Crédit : Courtoisie

Que peut faire la province de la rose sauvage dans cette lutte aux changements climatiques?

La version albertaine de la transition énergétique

Pour Sara Hastings-Simon professeure au département de physique et d’astronomie de l’Université de Calgary, la transition énergétique, c’est «le changement nécessaire pour faire face au changement climatique, en particulier d’un système énergétique fossile à un système zéro carbone».

Est-ce envisageable en Alberta? La province était, jusqu’en 2017, fortement dépendante du charbon pour sa production électrique. À en croire celle qui siège également au comité d’experts de l’Institut canadien pour des choix climatiques, l’industrie pétrolière et gazière peut toujours continuer d’opérer en Alberta tout en s’inscrivant dans la logique de la transition énergétique. 

La géothermie peut être une source énergétique complémentaire au secteur pétrolier et gazier de la province. Cette énergie renouvelable «peut réduire les émissions de la production pétrolière et, potentiellement, réduire les coûts (par exemple lorsque les prix du gaz naturel étaient élevés). Les deux ne sont pas nécessairement directement liées, mais la géothermie peut être utilisée pour décarboner le système électrique séparément de la production de pétrole et de gaz», vulgarise la directrice du programme de maîtrise ès sciences en développement énergétique durable (SEDV) de l’Université de Calgary.

Ottawa-Edmonton : qui a le pouvoir en matière d’environnement? 

Le message qu’envoient les Conférences des Parties est clair : la lutte contre les changements climatiques passe par la coopération et les politiques. Au Canada, les compétences provinciales et fédérales en matière d’énergie et d’environnement s’emboîtent.

Comme l’illustre Mme Hastings-Simon, «la réglementation du réseau électrique est une responsabilité provinciale, mais le gouvernement fédéral peut imposer des contraintes telles que l’élimination progressive du charbon qui ont également un impact sur le secteur».

En plus d’être chercheuse et enseignante, Sara Hastings-Simon siège également au comité d’experts de l’Institut canadien pour des choix climatiques. Crédit : Courtoisie

En 2018, la Cour suprême du Canada a tranché la question : la Loi de la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre est ajoutée à la Constitution. Les provinces doivent la respecter. 

La facture de la pollution 

D’après Alaz Munzur, la COP26 devrait engendrer «un intérêt accru pour les tarifs carbone, dans des pays aux objectifs ambitieux comme le Canada». Depuis cinq ans, Ottawa détermine des exigences en matière de tarification du carbone, mais c’est tout de même aux provinces de déterminer leur propre système. En 2016, l’Alberta «était une chef de file dans ce domaine». Une tarification du carbone et un plafond de pollution pour l’industrie des sables bitumineux étaient déjà en place depuis 2015. 

Arrivé au pouvoir en 2019, le Parti conservateur uni (UCP) ne tarde pas à éliminer le mécanisme provincial de tarification du carbone. Le plafond de pollution est maintenu, mais l’industrie ne semble pas devoir le respecter. Pour cette associée de recherche, la province «s’inquiète de l’impact négatif potentiel des cibles fédérales sur le bien-être et les industries confrontées à des pressions concurrentielles résultant de la tarification du carbone comparativement plus élevé». 

Malgré ses inquiétudes, la province doit respecter les lois fédérales. La réponse du parti UCP? Injecter 176 millions de dollars dans le programme Technology Innovation and Emission Reduction Régulation (TIER) qui a permis d’appuyer financièrement 16 projets d’innovation technologique et de réduction des GES.

«Le développement en technologie et la tarification du carbone sont au cœur de ce débat [celui du développement économique et de la protection de l’environnement]. Se concentrer sur l’un sans l’autre ralentit les efforts climatiques du Canada», affirme Mme Munzur.

Quelques heures après le début de la COP26, Jason Kenney affirmait être prêt à rendre le plafond d’émission de GES de l’Alberta plus restrictif… à condition que le gouvernement fédéral prenne en charge les coûts. 

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