Crise sanitaire, écologique et environnementale : le climat (partie 2)

Écrit par : Étienne Haché

13 mars 2022

Mots-clés :
  • Étienne Haché, Chroniqueur

Étienne Haché, philosophe et ancien professeur au Campus Saint-Jean, publie bimensuellement une chronique « Esprit critique ».

Dans la première partie de cette chronique (volume 92, no 5, janvier 2022), j’ai insisté sur l’importance des différents écosystèmes. Le fait de nous comporter comme nous le faisons, de manière aveugle, en nous appropriant la nature à des fins purement utilitaires et instrumentales, contribue à déséquilibrer notre relation avec tous les autres organismes vivants. Nous payons un lourd tribut à cause de nos appétits voraces. La pandémie liée au coronavirus est incontestablement l’exemple le plus récent en date. Elle est le fruit d’une déstabilisation des équilibres naturels.

«Nous payons un lourd tribut à cause de nos appétits voraces.»

Mais les conséquences ainsi que le prix de cette destruction ne se reflètent pas seulement au niveau des écosystèmes et des espèces vivantes. Ils sont aussi bien perceptibles à un autre niveau, climatique cette fois. Des recherches et des études croisées confirment que le dérèglement climatique affecte de plein fouet l’environnement et notre habitat commun.

La crise est donc globale…

En effet, l’électricité et les types d’énergies fossiles utilisés dans l’industrie, pour les transports (moteurs à combustion) et pour nous chauffer, de même que la déforestation, ainsi que les activités d’épandages et les productions biochimiques pour stimuler les sols et développer une agriculture intensive dans le but de nourrir la population mondiale finissent par se répercuter sur le climat; et ce, avec tous les effets que l’on sait : hausse des températures, incendies de forêt à grande échelle, réchauffement des océans et des cours d’eau et par suite un risque avéré d’hypoxie, c’est-à-dire une baisse significative de l’oxygène nécessaire aux espèces pour vivre et se développer dans les profondeurs maritimes, forçant du coup les bactéries à se tourner vers d’autres oxydants (nitrate, oxyde de fer, manganèse) pour dégrader les matières organiques, avec pour résultat une augmentation des métaux lourds dans les colonnes d’eau. Faudrait-il une preuve supplémentaire de la destruction en cours que nous la trouverions également dans l’élévation du niveau des mers et des océans qui contribuent à des inondations de grande ampleur ou encore à l’érosion des sols.

Tous ces phénomènes qui contribuent au dérèglement climatique ont incité les Nations Unies à se préoccuper — c’est le moins qu’on puisse dire — des nouveaux apatrides, les quelque 250 millions de «réfugiés climatiques» que compte aujourd’hui notre planète.

«Les quelque 250 millions de « réfugiés climatiques » que compte aujourd’hui notre planète.»

Des polluants bien visibles dans l’air et dans l’atmosphère

Grâce aux données transmises par satellites, il est désormais possible de mesurer, d’expliquer et de mieux comprendre les effets de divers types de pollution, tant sur le climat que sur l’environnement en général. Ces données sont obtenues à partir de rayons infrarouges émis par la terre. Comment? En traversant les couches de l’atmosphère, les rayons interagissent avec différentes molécules, puis atteignent les détecteurs de satellites.

Pour mieux comprendre de quoi il retourne, il suffit de penser aux gaz à effet de serre et aux différents polluants utilisés dans les productions et les activités humaines. Tous ces gaz vont interagir avec la radiation infrarouge. Or, tandis que les gaz à effet de serre vont perdurer pendant très longtemps, voire se mélanger dans l’atmosphère et se répandre partout sur la Terre — à titre d’exemple le CO2, le méthane ou encore le N2O qui contribuent tous au réchauffement de la planète sur le long terme et par suite à la fonte des glaciers, vont voyager en quelques semaines depuis leur émission dans le ciel d’Edmonton un partout dans le même hémisphère nord et, après quelques mois ou une année, vont s’étendre à l’hémisphère sud —, les polluants sont des gaz beaucoup plus réactifs. La particularité de cette deuxième catégorie de gaz, les polluants — NOx, NH3, O3 —, c’est de se détruire chimiquement dans l’atmosphère. Ils présentent aussi des effets plus locaux, comme les risques sur la santé (maladies pulmonaires ou cancer) et sur l’environnement.

Ainsi, à tous ceux qui douteraient encore des effets destructeurs des différents gaz, les données par satellites apportent une réponse assez cinglante et inquiétante. Il est maintenant possible d’observer par imagerie spatiale les variations dans les concentrations des polluants (gaz réactif). Du matin au soir, les satellites permettent de repérer en rouge — cette couleur indiquant une forte concentration en gaz —, les mouvements des différents polluants et d’en générer une cartographie partout sur la planète aux fins d’études précises sur l’environnement, le climat et la santé des populations.

Les enseignements tirés du confinement au printemps 2020

Ce fut notamment le cas au-dessus de la Chine durant la période du premier confinement, au printemps 2020. La Chine étant l’un des pays au monde qui émet le plus de pollution, avec les États-Unis, les données satellitaires offraient un contraste saisissant par rapport à une période d’activités industrielles intenses et de mouvement de circulation.

Ce marquage ciblé sur la Chine a aussi permis aux experts d’établir une comparaison avec d’autres régions du monde, l’Europe notamment, et ce, concernant d’autres sources de pollution. Mais une telle comparaison n’est possible que sur la base de données obtenues aux mêmes périodes que les données antérieures.

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Faut-il préciser toutefois que les polluants de manière générale ont des cycles saisonniers? Ils dépendent aussi des conditions météorologiques telles que la pluie, le froid ou le vent? Inutile d’ajouter que ce genre d’analyse comparative est très complexe. Mais elle est bel et bien possible et réalisable grâce aux données obtenues par satellite. Elle conduit à des résultats assez probants.

Du reste, rien que pour la Chine, il a été noté une baisse assez significative des polluants, soit de l’ordre d’environ 40%. Une bonne part de ce pourcentage tient à une diminution du monoxyde de carbone. À la différence de la Chine, où le charbon constitue une ressource déterminante dans l’industrie, bien que très polluante, c’est davantage la pollution aux particules découlant du chauffage, des transports et de l’épandage d’engrais dans les champs qui est dominante en Europe. Ainsi, pour l’Europe, et notamment en France, lors du premier confinement, des chercheurs ont noté tout particulièrement une très forte concentration d’ammoniac dissous dans l’air résultant de l’épandage, par comparaison aux mêmes périodes antérieures.

L’étude des corrélations à l’épreuve de la désinformation et de la spéculation…

La recherche est un art. Les chercheurs en sciences nous le diront. Le travail du scientifique demande du temps, depuis la formulation du protocole à un cadre théorique de recherche expérimentale jusqu’à l’élaboration d’hypothèses, à la comparaison des résultats obtenus et, finalement, à leur publication.

Alors au lieu de prétendre et d’affirmer des âneries, comme ce fut souvent le cas lors du printemps 2020, tel que les particules contribueraient à propager le virus, mieux vaut s’abstenir, patienter et s’informer.

C’est plutôt l’inverse qui est vrai : si l’on considère que les personnes âgées et celles atteintes de certaines maladies ou avec des problèmes pulmonaires sont davantage affectées que d’autres par les transformations climatiques résultant de la pollution, force est d’admettre que ces personnes sont d’autant plus susceptibles d’attraper le virus en raison de leur fragilité et de leur vulnérabilité.

De ce point de vue, il faut vraiment «faire confiance à la science».

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