COP26: face à la jeunesse, les chefs d’État n’ont qu’à bien se tenir

Écrit par : Arnaud Barbet

12 novembre 2021

Le groupe de jeunes #Decarbonize en marche. Crédit : Courtoisie

C’est en substance ce qu’envoie Océanne Kahanyshyn-Fontaine comme message aux dirigeants de la planète lors de sa présence à la COP26 de Glasgow. À la veille de son dix-huitième anniversaire, elle participe avec six autres jeunes à ce que l’on appelle déjà, «le rendez-vous de la dernière chance pour lutter contre les changements climatiques».

La jeune étudiante franco-albertaine a quitté Edmonton dans le cadre du projet #Decarbonize.  

Pendant 10 jours, elle effectue avec six autres jeunes de tous les continents un réel marathon médiatique, pédagogique et informatif avec un objectif ultime : la présentation aux grands de ce monde d’un manifeste regroupant «la perspective de la jeunesse».

Le groupe de jeunes #Decarbonize en marche. Crédit : Courtoisie

Océane insiste sur la présence en personne de son groupe à la COP26. «On ne peut pas être quelqu’un d’autre. Il faut que l’on soit nous-mêmes et non de petits adultes.» Car si ce manifeste ne comporte qu’une quinzaine de pages, il a le mérite de présenter clairement les demandes de milliers de jeunes qui y ont collaboré explique-t-elle. 

Loquace et éloquente, Océanne interpelle les grands de ce monde avec virulence. Le message est clair : «vous devez passer à l’action et faire ce que l’on vous demande!»

Océanne et ses camarades devant les médias. Crédit : Courtoisie

Selon Terry Godwaldt, le directeur du Centre d’éducation globale et instigateur de ce projet, «c’est aujourd’hui le temps de faire entendre la voix des jeunes!» Ancien professeur, il parcourt depuis un certain nombre d’années ces sommets mondiaux avec son organisme et le soutien de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

«Pendant longtemps, les jeunes étaient très marginalisés dans ce genre d’évènement. Ce n’est que très récemment que la jeunesse a des choses à dire, qu’on leur donne la parole, et qu’ils sont écoutés», affirme-t-il. 

Le changement passe par la solidarité et l’éducation

«Océanne représente la voix de ceux qui ont une aisance dans la vie, mais qui veut donner aux autres», explique l’initiateur du projet #Decarbonize. Océanne a été choisie, car c’est une jeune personne réfléchie, à l’aura incroyable. Elle a une grande facilité à communiquer ce qu’elle désire.

Océanne est bien consciente que son avenir sera douillet même si elle aussi vit une anxiété climatique remarquable. Elle écarte de la main ceux qui pensent que si l’on est privilégié, on ne doit rien faire. «C’est ma responsabilité! C’est n’est pas correcte d’oublier les autres, ceux qui sont moins nantis», dit-elle solennellement. «Ce n’est pas juste, c’est le jeu de la vie!» Elle nous persuade qu’il est essentiel d’aider les autres et de ne pas les laisser en arrière. Elle enfonce le clou, «on est au point de non-retour, c’est une crise mondiale. Il faut sauver l’humanité!» 

#Decarbonize et les médias. Crédit : Courtoisie

«Sans vouloir offusquer», Océanne dénonce pêle-mêle le manque d’éducation environnementale dans les écoles, la jeune génération beaucoup plus proche des écrans que de l’humain ainsi que la société nombriliste. Elle termine finalement par un constat alarmant qu’elle comprend. «Tant qu’une catastrophe ne nous touche pas directement, il est difficile de réaliser la problématique en amont.» Elle invite donc la jeunesse à croire en leurs forces, à sortir pour rencontrer les autres et finalement lutter pour leurs idéaux.

L’Alberta devrait se sentir concernée

Alors que la «Journée de l’énergie» a eu lieu le 4 novembre à Glasgow afin de trouver des solutions notamment pour endiguer la consommation d’énergie fossile, Océane fulmine. «Jason Kenney investit 7 milliards de dollars dans le pétrole alors que tout le monde sur la planète sait que les énergies fossiles et notamment celles de l’Alberta sont en fin de vie et hyperpolluantes!»

Déçue et à la fois tristement amusée par ces incohérences, elle espère un changement. Une situation ubuesque lorsque l’on sait qu’aucun membre du gouvernement provincial ne s’est déplacé à la COP26.

À l’occasion de la «Journée de la jeunesse»,des milliers de jeunes sont descendus dans les rues. Océanne n’a pas manqué à l’appel. Crédit : Courtoisie

Dans le même registre, elle insiste sur l’impossibilité pour la province de mettre en place une réelle politique pour une réduction des émissions de gaz à effets de serre. Elle souligne son incompréhension face aux chiffres de 2019 qui indiquent que les émissions combinées de l’Alberta et de l’Ontario représentaient 60 % (38 % et 22 % respectivement) du total national selon le site du gouvernement du Canada. «En Ontario, je peux me l’expliquer par la grande population, mais pas ici!»

Les femmes, sources d’inspiration

Océanne espère encore rencontrer la première ministre de Nouvelle-Zélande, Jacinda Arden, qui a notamment proclamé «un état d’urgence climatique» juste après sa réélection à la tête de ce pays en 2020. Elle note notamment la mise en avant de sa politique environnementale et de santé pour sa population. «J’aimerais tellement savoir comment ça marche dans sa tête», dit-elle en mimant cette explosion d’idées visionnaires.

Plus proche de nous, Rachel Notley l’inspire énormément. Elle estime qu’à l’époque où elle était première ministre de l’Alberta, «elle a au moins essayé des choses». Elle sait aussi combien ses décisions ont été impopulaires. Néanmoins, la mise en place de la taxe carbone à la pompe et l’augmentation du prix de la tonne d’émission de gaz à effet de serre (GES) pour les grands pollueurs étaient, selon elle, de bonnes initiatives.

Océane revendique son anxiété climatique et sa volonté de changer les choses. Crédit : Courtoisie

Même si les conservateurs sont là depuis des décennies, elle insiste sur le fait que Rachel Notley a eu le courage d’assumer ses idées. «Elle n’a jamais laissé quelqu’un lui dire quoi faire.» Une qualité qu’elle ne tarit pas d’éloges et qu’elle adopte sans faux-semblant. «Ici ou ailleurs, je ne suis pas une marionnette et je ne le serais jamais!» Une belle façon de répondre à tous ces adultes qui ne laissent pas la chance à la jeune génération face au combat du réchauffement climatique. 

La francophonie, mais pas tout le temps

Concernant le programme #Decarbonize, elle n’a pas le choix  de parler en anglais, «c’est la langue de tout le monde aujourd’hui». Une tendance à l’unilinguisme qui semble lui faire un petit pincement au cœur. Néanmoins, elle affirme que dès qu’elle en a l’occasion, «je parle « fièrement » en français !» 

Le sommet de la COP26 est bientôt terminé, mais elle ne se décourage pas de pouvoir discuter en français avec des chefs d’État francophones si elle en a l’occasion. 

D’ailleurs, s’il y en a un qu’elle voudrait interpeller, c’est bien le premier ministre du Québec. «J’aurais tellement de plaisir à dire à monsieur Legault qu’il ne faut pas qu’il oublie que la communauté francophone existe aussi en dehors du Québec.» Une missive qui trouve peut-être sa source dans l’obligation pour Océanne de rejoindre un cursus universitaire en anglais faute de programme identique en français au Campus Saint-Jean.

Le projet #Decarbonize en quelques chiffres

35 000 jeunes de 12 à 18 ans

Originaires de 35 pays sur 5 continents

Des milliers d’heures d’échanges et de réflexions

Une synthèse élaborée par 120 jeunes en 72h non-stop de visioconférence

Un manifeste de 15 pages

7 jeunes au sommet de la COP26 

Un quart de la population mondiale a moins de 18 ans

#Decarbonize, la plus grande délégation de jeunes (7) sur 5000 participants.

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