Un musée aux mille et une lampes

Écrit par : Vienna Doell

15 juillet 2022

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La collection de lampes Bullseye, motif créé par la Dominion Glass Company de Montréal. Crédit : Vienna Doell
À la lumière de la plus grande lampe à huile du monde qui trône dans le village, le Donalda and District Museum n’est pas en reste. Il expose dans ses murs une collection extraordinaire de plus d’un millier de lampes. De la préhistoire au 20e siècle, elles sont de toutes les formes, de toutes les couleurs et ne peuvent que vous charmer.

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«En 1979, Don et Elizabeth (Beth) Lawson ont fait don au village de leur collection de 500 lampes antiques», explique la directrice du musée. Spécialiste de l’histoire et de la gestion du patrimoine historique, Zoë DeCnodder relate que le couple les collectionnait depuis 1939 et qu’il avait son propre petit musée dans la rue principale de Donalda.

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«Quand ils ont pris leur retraite, ils ont tous transmis à la condition que le village crée un musée pour conserver et exposer leur collection.»

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Des lampes que l’on doit manipuler avec précautions

On aurait pu penser que la facture d’électricité du bâtiment qui abrite toutes ces lampes serait «salée», il n’en est rien. En effet, la majorité de celles-ci fonctionnent grâce à la combustion de l’huile. Et bien que la plupart datent des 19e et 20e siècles, la directrice du musée signale quelques objets antiques et préhistoriques. «On brûlait les graisses et les huiles sur la pierre.»

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La combustion n’est pas sans danger, semble indiquer Zoë DeCnodder. «D’autres lampes avaient des solutions dangereuses. […] Comme la lampe à carburant liquide qui mélange alcool et térébenthine.» Un mélange très explosif!

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La collection de lampes mixtes, Crédit : Vienna Doell

La collection de lampes mixtes, Crédit : Vienna Doell

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Certaines lampes exposées ont été produites au Canada, à Donalda. La spécialiste du patrimoine pointe un motif en particulier, le Bullseye. «Il provient d’une entreprise canadienne, la Dominion Glass Company, à Montréal.»
Tout en essayant de rester fidèle à l’histoire régionale de Donalda, le musée accepte également les lampes venant d’ailleurs. Qu’elles soient d’une autre province ou d’un autre pays, ces lampes apportent une plus-value à la collection.

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Une lampe pour tous les goûts

«Vous remarquerez que nos lampes sont organisées en collections, soit par design, soit par motif», souligne Zoë DeCnodder. Chaque présentoir est habillé de magnifiques étoffes de soie colorées pliées, ce qui rend la mise en scène mémorable par la diversité des couleurs, des ornements et des motifs.

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Tout est exposé avec soin. Il faut être délicat lorsque l’on se déplace dans ce lieu au millier de becs en verre, de mèches et de crémaillères. Et votre œil sera sûrement happé par la centaine de lampes miniatures, aux décorations subtiles et colorées, qui prennent place sur un mur entier du bâtiment.

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«Elles sont également connues sous le nom de lampes à courtiser», décrit Zoë. «L’idée était que lorsqu’un homme venait rendre visite à une femme, la famille installait une lampe dans le palais et la quantité de lumière que vous aviez correspondait au temps passé ensemble. Si le père ne vous aimait pas, vous receviez une toute petite lampe», dit-elle en souriant.

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«Si le père ne vous aimait pas, vous receviez une toute petite lampe.» Zoë DeCnodder

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Malgré le millier de lampes présentes, il en manque encore quelques-unes à la collection du musée. «J’aimerais personnellement que nous ayons une lampe d’étudiant; elles sont vraiment cool, elles ont une base et deux parties qui s’en détachent», décrit l’historienne.

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Un petit musée qui grandit

Ce musée unique est reconnu sur le plan national. Un collectionneur de Montréal qui détient un millier de lampes les a même entreposées au musée afin de les conserver et de les exposer plus tard. Zoë espère que des panneaux en français accompagneront cette nouvelle collection si elle reçoit le financement adéquat pour le faire. Elle avoue qu’il y a toujours beaucoup de travail à faire dans ce petit musée.

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Le musée a été construit en 1980, mais au fil des années, il a pris la responsabilité de nombreux sites patrimoniaux de Donalda. «Nous avons aussi deux bâtiments historiques dans le village : notre crémerie coopérative provinciale et notre bâtiment du patrimoine municipal, la Banque Impériale du Canada».

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La vieille Banque Impériale du Canada est maintenant une galerie d’art et un édifice patrimonial. Crédit : Vienna Doell

La vieille Banque Impériale du Canada est maintenant une galerie d’art et un édifice patrimonial. Crédit : Vienna Doell

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De plus, le musée est responsable de la station de train ainsi que de la plus grande lampe à huile du monde. Mais avec cinq bâtiments à gérer, c’est difficile de tout faire. D’ailleurs, la section des expositions archéologiques et métisses «a besoin d’être mieux organisée», manifeste Zoë.

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Entre réconciliation et éducation

Des pointes de flèche indigènes, la collection métisse de la famille Donald Whitford et même un os de dinosaure sont exposés au musée. De nombreux artéfacts proviennent d’ailleurs du poste de traite de la Baie d’Hudson à Boss Hill, qui est à mi-chemin entre Donalda et Steller.

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Zoë avoue que le désordre et le manque d’information concernant certains de ces objets précoloniaux et coloniaux sont dommageables, mais elle espère y mettre de l’ordre. «Le village de Donalda commence à travailler avec la nation Maskwacis et il y a quelques mois, quelques-uns de leurs représentants étaient présents à l’une de nos réunions», rassure Zoë.

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«Le village de Donalda commence à travailler avec la nation Maskwacis.» Zoë DeCnodder

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«Je pense que le développement de ces relations est plus lent que ce que beaucoup d’entre nous souhaiteraient, mais on y arrive lentement. Il faut d’abord établir cette communication.» Aujourd’hui, aucun membre des Premières Nations n’a encore approché le musée afin de reconnaitre ces objets et d’éventuellement les rapatrier sur ses terres. Alors, l’historienne espère «réorganiser et avoir une meilleure interprétation de tout» ce que possède le musée.

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C’est quoi une lampe Aladin?

«La lampe Aladin traditionnelle est de style bateau : il y aurait toujours de l’huile à l’intérieur et une mèche qui en sort», explique la directrice du musée. Mais la célèbre lampe Aladin a été créée par une entreprise américaine fondée par Victor S. Johnson en 1908 à Chicago. Zoë explique que «les lampes étaient essentiellement connues pour leur qualité : elles brûlaient plus facilement et plus longtemps». C’était la lampe à avoir chez vous jusqu’à ce que l’éclairage électrique ait remplacé l’huile et le pétrole.

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