Curriculum scolaire: une seconde session d’information sans réponse

Écrit par : Gabrielle Beaupré

14 juillet 2021

Le gouvernement de Jason Kenney a tenu le 22 juin dernier une deuxième session d’information virtuelle sur l’ébauche du nouveau curriculum scolaire. Cette fois-ci, la séance avait comme objectif de mettre l’emphase sur la compréhension du document. Cependant, tout comme la première rencontre, aucune question des participants n’a trouvé de réponses concrètes. 

Pendant environ 35 minutes, un PowerPoint est présenté aux participants par deux fonctionnaires du gouvernement, Marcel Ouellet et Micheline Spencer. Selon Annie McKitrick, ancienne élue néo-démocrate et ancienne secrétaire parlementaire du ministre de l’Éducation, la présentation a comme but de convaincre les participants que l’ébauche du curriculum est «une bonne pédagogie». 

Annie McKitrick, ancienne élue néo-démocrate et ancienne secrétaire parlementaire du ministre de l’Éducation. Crédit: Courtoisie

La période de questions s’ouvre. Aucune question n’est posée dans les deux premières minutes. Marcel Ouellet ainsi que Shawn Arseneault, le modérateur, profitent de ce moment pour demander le pointage de la partie de hockey des Canadiens de Montréal. Parce que oui, le Canadien de Montréal joue, pendant cette soirée, une rencontre de demi-finale pour la Coupe Stanley contre les Golden Knights de Vegas.  

La première question est posée par Pierre Asselin, vice-président de l’ACFA provincial. «Avez-vous identifié des besoins pédagogiques spécifiques aux francophones dans les ‘’compréhensions’’?». Marcel Ouellet tente de répondre en expliquant que la question sur l’identité francophone est déjà soulevée et indique qu’elle est déjà prise en considération dans les modifications potentielles qui doivent être apportées au curriculum. 

Pierre Asselin, vice-président de l’Association canadienne-française de l’Alberta provinciale. Crédit: Courtoisie ACFA

Des questions répondues par les mauvaises personnes

La rencontre s’échelonne sur une durée de 55 minutes. La période de questions dure une vingtaine de minutes. Six questions sont posées… Les fonctionnaires ont de la difficulté à répondre à des questions telles que «Le curriculum a-t-il été développé en français ou c’est juste une traduction?» et «Pourquoi n’y a-t-il aucune référence à la section 23 de la Charte dans la section de l’étude sociale?». 

Annie McKitrick explique que l’absence de clarté dans les réponses résulte du fait que les fonctionnaires ne peuvent pas répondre à la majorité des questions puisqu’elles sont d’ordre politique. «Ce ne sont pas les personnes qui devraient participer à ces réunions puisqu’ils peuvent seulement répondre aux questions sur la pédagogie et ce que le curriculum enseigne.» 

Il est important pour l’ancienne députée néo-démocrate de souligner que ce n’est pas de la faute des fonctionnaires si les questions restent en suspens. «Ils font un travail difficile. Je les admire beaucoup.»  

Adrianna LaGrange, la ministre de l’Éducation. Crédit : Ministère de l’éducation

L’ancienne secrétaire parlementaire du ministre de l’Éducation néo-démocrate enchérit sur le fait que les personnes ayant les réponses aux questions «d’idéologie du curriculum» sont les députés, les aides politiques de la ministre de l’Éducation et la ministre de l’Éducation elle-même.  

La rédaction a demandé à l’équipe de Leila Goodridge, la secrétaire de la Francophonie ainsi qu’au ministère de l’Éducation, pour quelle raison aucun membre du gouvernement Kenney ne prend la parole lors des séances d’information concernant l’ébauche du curriculum scolaire. On n’a pas eu de réponse. 

Une faible participation de la part des francophones

Nicole Sparrow, la porte-parole du ministère de l’Éducation indique que 8 personnes ont assisté à cette séance comparativement à la première qui comptait 138 participants. Pierre Asselin, vice-président de l’ACFA provincial, suppose que ce faible taux de participation est probablement lié à la grande déception de la précédente rencontre où, notamment, le temps a manqué pour les questions du public. 

Pour cette session d’information, M. Asselin pense que le ministère de l’Éducation a pris en compte ces critiques de la première session en laissant plus rapidement la parole aux participants tout en soulignant le fait qu’ils étaient peu nombreux. «Je le félicite pour leur effort d’essayer de communiquer avec la communauté.»

Pour les sessions virtuelles supplémentaires à venir, dont les dates restent à confirmer, les anglophones auront le droit à une séance tous les mois et les francophones, à une tous les deux mois. 

Nicole Sparrow indique que la décision a été prise en raison du faible taux de participation dans les rencontres francophones par rapport à la participation des anglophones qui a réuni 679 internautes. Elle spécifie cependant: «Le ministère envisagera d’offrir des séances supplémentaires si un besoin est identifié [dans la communauté francophone]».

NOUVEAU CURRICULUM : QUELQUES-UNES DE VOS QUESTIONS RESTÉES SANS RÉPONSES

Grâce à la Loi sur l’accès à l’information, Le Franco a obtenu la liste de toutes les questions soumises au gouvernement albertain par des francophones concernant le nouveau projet de curriculum. Rejeté en bloc par les écoles francophones, ce renouveau pédagogique dérange. Dans ce contexte, le 6 mai dernier, le ministère de l’Éducation a organisé une session de consultation publique en français. C’est à cette occasion que les questions qui suivent ont été formulées, des questions qui ont été systématiquement ignorées.

  1. Quelle légitimité aura l’ébauche/version du curriculum francophone si aucun conseil scolaire francophone, parents et experts ne l’endosse?
  2. Comment le cadre directeur Affirmer l’éducation francophone a-t-il été utilisé dans la conception et rédaction de l’ébauche du programme d’études?
  3. Avez-vous considéré la perspective francophone dans toutes les matières scolaires?
  4. Vous dites que les perspectives autochtones sont bien établies dans le nouveau curriculum, mais la nation métis de l’Alberta ainsi que plusieurs groupes autochtones ont identifié des préoccupations. Comment réconciliez-vous cela?
  5. Où dans le nouveau curriculum voyons-nous la francophonie plurielle de 2021 en Alberta?
  6. Pourquoi le mot « Québec » est plus souvent répertorié que le mot « franco‐albertain »
  7. Pourquoi est-ce que le curriculum semble mettre de l’emphase presque exclusivement sur les « connaissances », qui ne sont pourtant que le niveau le plus bas de la Taxonomie de Bloom? N’avez‐vous pas peur que nous allons éduquer des citoyens qui ne seront que bons à « Trivial Pursuit »? Est‐ce que c’est vraiment ça l’éducation?
  8. Pourquoi, dans l’ébauche en études sociales, les francophones sont représentés comme étant un élément « folklorique/historique » en Alberta?
  9. Combien d’enseignants francophones ont participé à l’élaboration de ce curriculum?
  10. Une personne racisée n’est pas juste une personne à la peau noire. Est-ce que les enfants apprendront sur les autres albertains d’origines nord‐africaines, du moyen‐orient, de l’asie? Est‐ce qu’il y aura une perspective francophone sur les personnes racisées? Afrique du Nord, Vietnam, Haïti?

Note : Certaines questions ont été éditées par souci de concision et de clarté.

Pour lire toutes vos questions : https://bit.ly/3wbiHDR

Tout sur le curriculum : https://www.alberta.ca/curriculum-development.aspx

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