Le maire Naheed Nenshi abandonne la francophonie de Calgary

Écrit par : Emmanuella Kondo

20 octobre 2021

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Naheed Nenshi, maire sortant de la ville de Calgary. Crédit: City of Calgary

Bilingue, le maire sortant de Calgary, Naheed Nenshi, n’a malheureusement pas su accompagner la communauté francophone de Calgary pourtant grandissante. Cela fait-il de la francophonie une voix à écouter au conseil municipal? Difficile à dire.   

D’après le recensement de 2016 produit par Statistique Canada, la province de l’Alberta et la ville de Calgary ont connu une hausse de 11,9% de leur population ayant le français comme première langue. Les organismes francophones, très conscients de cet essor persistant, ont demandé à s’impliquer au conseil municipal de la ville de Calgary et de discuter de divers sujets tels que le développement économique dans les deux langues officielles.

Ainsi plusieurs membres de la francophonie, dont l’ACFA régionale de Calgary et le Bureau de visibilité de Calgary (BVC) ont créé le Comité de la francophonie de Calgary. Ce comité a pour but d’appuyer la francophonie de la ville en espérant un jour faire partie du conseil municipal. 

Plusieurs demandes soumises au bureau du maire restées sans réponse 

En août 2020, l’ACFA régionale de Calgary avait adressé une lettre au maire Naheed Nenshi. Rédigée par Mélina Bégin, son ancienne présidente, et fournie par Marie-Thérèse Nickel, sa directrice générale, cette lettre nous apprenait que les membre du Comité de la francophonie de Calgary n’avait pas été invités à la table des consultations décisionnelles du conseil municipal de la ville de Calgary malgré leurs demandes persistantes. 

Deux autres lettres ont suivi en juillet et septembre 2021. Ces lettres avaient pour objectif d’obtenir une rencontre avec le maire afin d’évoquer ces sujets non traités. À ce jour, toujours aucune réponse du maire Nenshi. «Aucune rencontre ni même de suivi de la part du bureau du maire. Le silence complet», explique Marie-Thérèse Nickel dans un courriel. 

L’ACFA régionale reconnaît que tous les Calgariens sont les bienvenus quand il s’agit de donner des recommandations municipales ou de faire partie des différents comités de la ville. Par contre, pouvoir être reconnue et respectée en tant que la voix de la francophonie de Calgary est ce qui compte le plus pour l’ACFA régionale et les membres du Comité de la francophonie de Calgary. 

Une grande déception pour madame «Franco-fun Calgary»

L’ACFA régionale de Calgary n’est pas la seule à envoyer des correspondances au maire. La présidente et fondatrice du Bureau de visibilité de Calgary, Suzanne de Courville Nicol, souvent nommée madame «Franco-fun Calgary», avait aussi son mot à dire sur cette relation entre le maire et la francophonie. 

Le député Jasraj Singh Hallan et Suzanne de Courville Nicol. Crédit : Courtoisie Suzanne de Courville Nicol – BVC

Dévouée à la communauté, elle voulait, elle aussi, s’assurer que les francophones aient une place à la table du conseil municipal, mais aussi une voix. Aujourd’hui, la présidente du BVC ne peut être que déçue de la conduite du maire et de son silence concernant cette demande. Le système de réponse automatique de la mairie de Calgary «est loin d’être suffisant!» 

Des invitations aux évènements francophones faites en vain 

La présidente du BVC en rajoute. Elle explique que lors d’un lancement de la saison touristique par Tourisme Alberta du Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA) en juin 2019, Naheed Nenshi avait été invité directement par Julie Fafard, l’ancienne directrice du développement touristique et de l’entrepreneuriat du CDÉA. Mais celui-ci n’avait pas fait acte de présence. «Il semblait qu’il allait être là, mais finalement il a envoyé Jyoti Gondek», dit-elle abasourdie. La conseillère de la circonscription électorale n° 3 est maintenant candidate au poste de maire de Calgary.

Suzanne de Courville Nicol a aussi célébré Les Rendez-vous de la Francophonie à l’hôtel de ville de Calgary en mars 2013. Elle y espérait la présence du maire, bien évidemment. «Je m’attendais à ce qu’il soit là pour prendre des photos et des entrevues. Non, il n’est jamais venu», dit Suzanne d’un ton découragé. 

C’est donc à plusieurs reprises que le maire a été invité à différents évènements organisés par la francophonie sans s’y déplacer. Et lorsque le mécontentement des organismes francophones s’est fait entendre, Naheed Nenshi profitait du «bilinguisme de Jyoti Gondek». 

Un nouvel espoir pour Calgary? 

Avec les élections municipales en cours à Calgary, Monique Auffrey, candidate dans la circonscription municipale n° 8, pense que la ville devrait faire un meilleur travail quand il s’agit de l’intégration de la culture francophone. 

Monique Auffrey, candidate dans la circonscription municipale n°8 de Calgary. Crédit : Courtoisie Monique Auffrey

«Que Nenshi ait fait du bon travail ou non, selon qui est le maire qui entre en place, je pense qu’il sera vraiment important pour le conseil ou un membre du conseil […] de contester continuellement le statu quo», explique-t-elle. Elle espère ainsi une prise de conscience des habitants de Calgary face à la diversité et de plus d’ouverture envers la population francophone.

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