Au bout du fil, le grand amour

Écrit par : Arnaud Barbet

9 avril 2021

Sylvia Lavoie et son mari Martin sont installés à une quinzaine de kilomètres à l’est de Bonnyville. Entre Lacs et prairies, sur les terres de son grand-père, Sylvia développe sa petite exploitation. Vingt-quatre têtes «adorables » dont elle ne se lasse jamais, les alpagas. 

« J’ai commencé cette aventure très simplement. C’était en 2006. Nous avons participé à la foire agricole de Lloydminster. Il y avait une vente d’animaux exotiques, je suis tombée en amour ». Et l’amour dure toujours, même si elle sait qu’elle ne deviendra jamais riche avec son cheptel.

Il faut dire que l’alpaga est du genre attachant. « Quand tu “feel” pas trop bien, tu vas dans le pâturage, tu les regardes, leur beauté, leur perfection, tu te sens tout de suite mieux ! », raconte-t-elle. Ce cousin éloigné du chameau, du lama et de la vigogne, originaire de la cordillère des Andes, est très apprécié pour sa fibre.

De la toison au fil, jusqu’aux produits artisanaux

Une fibre sèche, légère, fine, et hypoallergénique d’une très grande qualité, qui demande beaucoup de travail. Elle se rappelle ses premières tontes chez une voisine, « j’ai appris sur le tas, une tondeuse à la main. Cela demande un peu de force physique, mais lorsque l’animal a fini de gigoter sur la table cela se passe plutôt bien ». Elle remercie au passage ses 4 garçons qui lui ont toujours donné un coup de main lorsqu’elle en avait besoin.

C’est le printemps, il est temps de tondre l’alpaga. Sur cette image, Sylvia et son fils Laurier. Crédit : courtoisie Sylvia Lavoie

Récupérée une fois par an en avril « après l’hiver, avant les moustiques », la fibre recueillie, appelée toison brute, doit être triée. C’est pour elle un moment particulier où elle prend le temps, patiemment, de bien nettoyer les fibres qui glissent sous ses mains.

Et de la patience elle en a, « on ne prie pas pour avoir de la patience, mais le Bon Dieu nous envoie des épreuves pour pratiquer notre patience », dit-elle avec affection.

Malheureusement, elle n’a pas les moyens d’investir dans une filature et doit donc se séparer de sa fibre par la suite. « J’aimerais avoir ma propre filature, mon produit sortirait plus vite et l’on pourrait être plus productif. Lorsqu’on l’amène pour le tissage, on n’est pas certain de récupérer sa propre fibre, on y perd parfois de la qualité », admet-elle.

Finalement ces fils de laine alpagas seront utilisés pour confectionner des bonnets, des chaussettes, du feutre, qu’elle vendra dans les marchés fermiers de la région. « Bien sûr, en fonction de la qualité de la laine on adapte notre production. Cela se calcule au micron prêt, c’est très scientifique », s’amuse-t-elle.

 

Un élevage sans trop de contraintes

Plus les animaux sont de couleurs différentes plus la palette de couleur de laine naturelle sera grande. Crédit: courtoisie Sylvia Lavoie

Sylvia apprécie la simplicité d’un tel élevage, qui laisse beaucoup plus de place à l’amour qu’au rendement. « Les alpagas sont des animaux faciles à entretenir. Pas besoin de se lever aux aurores, juste leur donner de l’attention même s’ils ne sont pas forcément conciliants à approcher »

L’alpaga est grégaire, il ne peut vivre seul, mais n’accepte pas aisément la présence humaine.

« Mais il y a des exceptions, car l’alpaga est un animal très curieux. Vous ne pourrez peut-être pas les flatter, mais leur tranquillité est très apaisante », explique-t-elle, en déconseillant d’avoir trop de mâles, car ils sont, eux, « très batailleurs ».

Elle souligne ce moment magique où l’alpaga met bas après onze mois de gestation. « La mère peut donner naissance seule, mais elle a parfois besoin d’aide pour nettoyer les petits. Nous les essuyons, et activons la circulation du sang dans leurs pattes qui sont très longues. Au bout d’une heure, le petit est debout et déjà à la tétée ! »

L’alpaga a une empreinte écologique réduite

Passionnée par cet animal, elle ne voit que des avantages à sa présence. « Ils sont beaux, robustes, ont rarement des problèmes de santé, et ne mangent pas en grande quantité comme les bovins par exemple. » Elle ajoute qu’ils n’ont pas forcément besoin de grands espaces pour évoluer tout en se refusant à les parquer comme d’autres industries le font avec certains herbivores.

Martin, son époux sort les alpagas qui n’ont pas peur du froid. Crédit : courtoisie Sylvia Lavoie

L’alpaga se déplace d’ailleurs sur des coussinets qui ne détruisent pas les sols contrairement aux moutons. Il effectue un pâturage sélectif grâce à ses lèvres fendues, mobiles et indépendantes. « Lorsque nous sommes allés visiter le Pérou, les alpagas tondaient l’herbe au Machu Picchu de façon remarquable, pas besoin d’engin mécanique ! » Un voyage qui lui a permis d’en apprendre énormément sur l’animal.

Et pourtant, elle avoue avec humour être parfois obligée de tondre la prairie à une certaine hauteur afin que ses alpagas puissent profiter de l’herbe, « ils leur arrivent d’être un peu difficiles lorsque l’herbe est trop haute ! » Elle ajoute d’ailleurs que ces herbivores favorisent aussi la régénération des sols grâce à leurs excréments qui font un fumier de très grande qualité, « c’est une excellente source de nutriments pour nos plantes ».

Sylvia Lavoie gagne un prix avec Mazarotti à Brandon (Manitoba). On vérifie notamment son allure, la couleur de la toison et sa dentition. Crédit: courtoisie Sylvia Lavoie

Un avenir à échelle humaine

Élevée au village par ses parents, elle ne pourrait concevoir sa vie autrement que dans les prairies qui entourent les terres de son grand-père. « J’aime cette tranquillité », qu’elle avoue préserver à tout prix même si elle accepte, de temps à autre et avec grand plaisir, à accueillir les curieux qui veulent en savoir plus sur ces « petites bêtes adorables ».

Pour le futur, elle espère tout de même mettre en place un site internet afin de vendre les produits de sa laine, déclinés en 22 couleurs naturelles. « Le web ce n’est pas vraiment mon truc, mais pour distribuer nos produits, c’est le circuit local et l’internet pour voir plus loin ! » Elle compte bien sur ses garçons pour l’aider dans ce dossier.

Finalement, elle l’admet sans surprise, sa petite entreprise artisanale est d’abord un condensé d’amour pour les alpagas et leur laine de grande qualité.

Information sur l’alpaga :

Rocky Pine Alpacas

Martin & Sylvia Lavoie

62002 Ranch road 450

Bonnyville, AB.

780.573.3467

Alpaga Alberta (en anglais) : https://www.alpacainfo.ca/visit-a-farm-alberta.php

Alpaga Québec https://www.alpagaquebec.com

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