Les enfants anglophones éduqués en Français

Écrit par : Gabrielle Beaupré

8 mars 2022

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  • Rodney Al et sa famille francophile
Rodney Al et Meghan, son épouse, sont deux francophiles qui ont décidé d’éduquer leurs enfants dans les deux langues officielles. Crédit : Courtoisie

Certains parents albertains anglophones et francophiles voient d’un très bon œil l’éducation en français. Une instruction qui permettra à leurs enfants de se forger une identité et leur offrira un éventail de possibilités quant à leur avenir professionnel et personnel. La langue de Molière est d’abord un atout pour ces familles qui se lient à notre communauté.

Gabrielle Beaupré
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

Selon les données les plus récentes de Canadian Parents For French, 6,7% des jeunes albertains étaient inscrits à l’école d’immersion française lors de l’année scolaire 2019-2020. Un chiffre qui reste en deçà de quelques dixièmes de ce que l’Alberta a connu l’année d’avant.

Qu’importe! Les trois enfants de Jennifer Lamoureux ont fréquenté l’immersion française lors de leur parcours élémentaire et secondaire effectué à Edmonton. Car même si la consonance de son nom de famille nous invite à imaginer le patrimoine francophone qu’il comporte, elle n’a jamais appris le français.

Jennifer lamoureux mère anglophone

Jennifer Lamoureux. «Une deuxième langue est une bonne chose à indiquer sur un curriculum vitae et c’est génial pour voyager.» Crédit : Courtoisie

Issue de la 7e génération des Lamoureux, l’une des premières familles installées en Alberta, et fondatrice du hameau du même nom, Jennifer n’a pas eu la chance d’apprendre le français. En effet, son père ne le lui a jamais enseigné et l’école d’immersion n’était pas disponible à Whitecourt, la ville de son enfance. «Ma mère aurait aimé que j’apprenne le français et j’aurais aimé parler une deuxième langue, celle de mon héritage», explique-t-elle avec regret.

«J’aurais aimé parler une deuxième langue, celle de mon héritage» Jennifer Lamoureux

Par ce choix de mettre ces trois enfants en immersion, elle voulait leur offrir l’occasion d’apprendre une deuxième langue, celle de leurs ancêtres, et ce, dès le plus jeune âge. Une façon aussi d’obtenir de meilleurs résultats à long terme.

Un sentiment d’insécurité linguistique pourrait se développer 

Lucas, le puîné de la fratrie, étudie présentement dans une technique de génie chimique au Northern Alberta Institute of Technology (NAIT) à Edmonton. Il indique que, pendant sa scolarité en immersion, il était bon en français, mais il ne le pratiquait que pendant les cours.

«Mes enseignants voulaient toujours qu’on parle en français.» Mais ce n’était pas le cas chez lui puisque ses deux parents ne parlaient pas français. Et lui, il préférait s’exprimer en anglais avec ses deux frères.

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Lucas n’utilise d’ailleurs plus son français depuis qu’il a obtenu son diplôme à l’école d’immersion, trois ans auparavant. Il nous laisse entendre qu’il n’a pas l’occasion de l’utiliser très souvent en Alberta.

Il est toutefois conscient que l’apprentissage de la langue française que sa mère lui a offerte peut lui ouvrir de nombreuses portes à l’avenir. Pour un emploi ou lui permettre de voyager dans des endroits francophones où il comprendra ainsi la langue.

Dans la communauté francophone

Rodney Al, un père francophile de deux enfants, souligne que l’instruction du français se fait de manière différente dans chaque famille. Par exemple, certains le font par le biais de la communauté francophone, d’autres à travers les écoles d’immersion.

Cet Edmontonien a réalisé son parcours scolaire en anglais au milieu des années 1990. Il a un coup de cœur pour la francophonie lors d’un séjour à Trois-Rivières dans le cadre d’un programme d’immersion française. À partir de cet instant, et ce, chaque fois qu’il en a l’occasion, Rodney Al pratique la langue de Molière. «Je crée mes occasions pour parler français.»

Puis, lorsque sa femme Meghan et lui-même deviennent parents, ils décident d’offrir une expérience linguistique à leurs enfants en les éduquant dans les deux langues officielles. Il leur parle en français et sa femme en anglais. Leur objectif est de leur permettre de prendre conscience «qu’il y a plein de personnes dans le monde qui comprennent la vie avec une autre langue que l’anglais».

«Il y a plein de personnes dans le monde qui comprennent la vie avec une autre langue que l’anglais». Rodney Al

À la naissance de sa fille, Rodney se rappelle que c’était difficile pour lui de s’exprimer en français. Il se met alors au travail pour l’améliorer. Il apprend des berceuses, des contes, des histoires et des blagues dans la langue de Molière. Il s’implique à l’Institut Guy-Lacombe de la famille (IGLF). Ils décident d’emménager à Bonnie Doon, le quartier francophone d’Edmonton, afin que leurs enfants grandissent dans un environnement en français.

D’autre part, même si le couple n’est pas francophone, ils ont fait la demande au Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN) pour y inscrire leurs enfants. C’est d’ailleurs avec satisfaction que cette requête a été acceptée à l’époque grâce au «fait qu’on leur parle en français depuis leur naissance et que la grand-mère de ma femme était fransaskoise».

Aujourd’hui, la fille de Rodney Al est en troisième année à l’école publique Gabrielle-Roy et son frère, en maternelle. Ses deux enfants y ont aussi fait leur prématernelle. Rodney est très enthousiaste de dire que son français s’améliore de plus en plus et que ses enfants sont, eux aussi, capables de s’exprimer en français.

Canadien Parents for French est un organisme national anglophone qui fait la promotion du français langue seconde et soutient le bilinguisme.

Pour plus d’information : cpf.ca/fr

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