Entrepreneuriat : les femmes noires francophones sont aussi des leaders

Écrit par : Mehdi Mehenni

4 mars 2022

  • Chantal Aka, jeune entrepreneure et propriétaire de «Mama Ivoire». Jeanne Lehman, présidente de Femmes canadiennes noires en action.
Chantal Aka, jeune entrepreneure et propriétaire de «Mama Ivoire». Crédit : Courtoisie. Jeanne Lehman, présidente de Femmes canadiennes noires en action (BCW in Action).

Au cours des dernières années, le milieu des affaires en Alberta a connu une offensive au féminin. Entrepreneures, femmes d’affaires, les Albertaines ont pris leur destin en main. Parfois seules, mais elles peuvent aussi compter sur un allié dans la communauté : l’organisme bilingue Femmes noires canadiennes en action (BCW in Action).

Mehdi Mehenni
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

L’entourage de Chantal Aka se demande comment elle arrive à concilier «emploi, famille et business», alors qu’elle achèvera aussi une maîtrise en éducation au Campus Saint-Jean en septembre 2022.

Arrivée au Canada en 2012, Chantal Aka est une francophone originaire de la Côte d’Ivoire. Après trois années passées à Montréal, elle décide, avec son époux, d’explorer l’ouest du pays et c’est en Alberta que la jeune famille de trois enfants choisit de mettre le cap.

La jeune trentenaire enseigne également dans une école primaire d’Edmonton depuis quatre ans. Mais dès le début, elle avait les idées bien en place. «J’ai commencé mon business à la maison, à mon arrivée à Edmonton. À partir de décembre 2021, j’ai décidé de m’installer physiquement dans un local», raconte-t-elle.

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La boutique de vêtements pour femmes, enfants et hommes porte le nom de «Mama Ivoire». Elle abrite aussi un salon de coiffure. Des produits de beauté africains, par exemple des mèches de cheveux, y sont commercialisés.

L’appellation que Chantal Aka a donnée à son commerce n’est pas fortuite. «Mama», un mot dérivé de maman, a une sonorité francophone, mais il symbolise aussi un certain idéal pour la jeune entrepreneure. En effet, il se renvoie au mouvement de femmes leaders «Les Mamas», né dans les années 1970 au Nigéria, à l’initiative de trois femmes. Quant à la deuxième partie du nom composé, «Ivoire», c’est bien évidemment en référence à son pays d’origine, la Côte d’Ivoire.

Elle avait remarqué que la majorité des boutiques à Edmonton portaient des noms anglophones. «Je voulais alors que ça sonne francophone et africain à la fois. Histoire de dire que nous aussi sommes capables d’être des leaders et faire des choses, même si nous sommes minoritaires en Alberta», lance-t-elle, avec un soupçon de fierté dans la voix.

«Je voulais alors que ça sonne francophone et africain à la fois.» Chantal Aka

Chantal Aka, qui compte déjà deux employés, dont sa sœur qu’elle vient d’embaucher à temps plein, est reconnue dans son entourage comme un modèle de réussite.

«Nous n’avons pas besoin d’aide, mais de soutien» 

Ce succès, Chantal Aka l’avoue, n’aurait pas été évident sans l’appui de l’organisation féminine bilingue Femmes noires canadiennes en action (BCW in Action). Celle-ci fait parler d’elle depuis quelques années et joue un rôle prépondérant dans le milieu des affaires en Alberta.

«C’est grâce à leur conseil et leur accompagnement, notamment pour ce qui est du financement et du plan d’affaires, que j’ai pu sortir de l’ombre», reconnait la jeune entrepreneure.

Jeanne Lehman, présidente de BCW en Action, fait un immense travail dans ce sens. Depuis la création de son organisme, en 2018, elle a accompagné beaucoup de femmes noires pour «faire émerger leurs petits business des sous-sols de leurs maisons et les transformer en entreprises visibles et florissantes».

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«Nous avons une immigration africaine jeune en Alberta. Les femmes sont instruites. Mais les espaces d’expression manquent et l’accès à la bonne information fait défaut», relève-t-elle.

Et lorsque ces jeunes immigrantes arrivent ici, constate Jeanne Lehman, «le temps de s’intégrer, ce n’est pas facile pour elles d’évoluer dans leur domaine. En raison des barrières systémiques, bien sûr».

Selon elle, les organismes qui existent déjà sont faits pour l’accompagnement social. Or, «les femmes noires ne souhaitent pas de l’aide. Elles ont plutôt besoin de soutien de la part de l’État. Du système».

«La pandémie nous a renforcées»

C’est ainsi que le déclic a eu lieu. Lorsque Jeanne Lehman a entrepris d’organiser le premier regroupement post-fondateur de l’organisme, une liste de 30 femmes participantes avait été dressée.

«Très vite, on s’est retrouvé avec 70 femmes inscrites. En plus d’une liste d’attente. Le jour de l’évènement, je ne savais plus où les mettre », assure-t-elle.

Pendant les discussions, souligne Jeanne Lehman, «80% des participantes ont révélé ne pas être satisfaites de leurs emplois. On a alors compris qu’il y avait une forte demande, un grand besoin».

BCW en Action compte aujourd’hui environ 600 membres et sympathisantes sur sa plateforme. Pas moins de 70 d’entre elles ont déjà mis leurs projets sur pied. Pour certaines, «au plus fort de la crise sanitaire», se réjouit la présidente de l’organisme.

«C’est pendant la pandémie que nous avons travaillé le plus fort. Les femmes ont commencé à nous parler de leur santé mentale. On a donc adapté nos programmes pour apporter des solutions socio-psychologiques et développer, en même temps, des projets», poursuit-elle.

C’est dans cet esprit que Canada Homecare Group, un service de soins de santé à domicile, a été créé par une femme médecin, en pleine crise sanitaire. C’est le cas aussi de SASS Marketing Agency, une entreprise qui offre des solutions en marketing et dont la propriétaire travaillait dans la fonction publique.

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