Le ciel d’Edmonton aux couleurs de la fierté franco-albertaine

Écrit par : Chloé Liberge

10 juin 2022

1. Martin Bouchard, responsable de la coordination administrative et des communications du CFQO, est fier de ce drapeau franco-albertain inclusif. 2. Isabelle Laurin, directrice générale de l’ACFA, souhaite apporter son soutien à la cause 2SLGBTQIA+. 3. Alexandra Daigle a dû, pendant de nombreuses années, cacher son identité à la communauté franco-albertaine. 4. Serge Gingras est fier de voir cette reconnaissance pour la communauté LGBTQ+ de laquelle il fait partie. Crédits : Courtoisie
C’est une première : le drapeau franco-albertain/queer flottera tout le mois de juin à La Cité francophone à Edmonton. Un pas important dans le chemin pour l’inclusion des membres 2SLGBTQIA+ (bispirituel, lesbienne, gai, bisexuel, transgenre, queer ou en questionnement, intersexe, asexuel…) de la communauté.

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Chloé Liberge
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Rouge, orange, bleu, rose, blanc… le drapeau arc-en-ciel porte les couleurs de la fierté, mais aussi celles de la francophonie albertaine. Le Comité FrancoQueer de l’Ouest (CFQO), à l’initiative de cette démarche, souhaite que tous se sentent inclus.

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Pourtant, il y a quelques années, une bannière similaire avait déjà vu le jour. Cette dernière ne contenait que les couleurs traditionnelles LGBTQ+. Cette fois-ci, le CFQO a voulu insérer celles de l’inclusion (noir et marron) et des personnes trans (rose et bleu clair).

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Pour ce projet, ils ont travaillé en partenariat avec l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA). Martin Bouchard, responsable de la coordination administrative et des communications de CFQO, explique le partenariat avec l’ACFA. «Le drapeau franco-albertain est un emblème officiel de la province, alors on voulait voir avec l’ACFA pour faire ça dans les règles de l’art».

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Comprendre les enjeux 2SLGBTQIA+ francophones

Cette dernière a tout de suite accepté cette collaboration. Depuis plusieurs années, l’ACFA œuvre dans un processus de diversité, d’inclusion et d’équité au sein de son secrétariat provincial, mais aussi dans ses bureaux régionaux.

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Dans le cadre de ce projet, de nombreux ateliers sont organisés. Isabelle Laurin, directrice générale de l’ACFA, avance une certitude, «on veut s’assurer de mieux comprendre la réalité des membres de la communauté 2SLGBTQIA+».

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Et quel meilleur moment pour parler de ces enjeux que le mois de juin? Véritable célébration de la fierté partout dans le monde, c’est le moment idéal pour Alexandra Daigle, membre du CFQO depuis quatre ans, de «s’affirmer, réfléchir à son identité et en être fière».

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À l’occasion de cet événement, Isabelle Laurin veut également faire passer un message. «On veut une francophonie albertaine inclusive où personne ne devrait avoir à choisir entre son identité linguistique, son identité sexuelle et de genre.»

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Se sentir accepté dans sa communauté

Un cheminement qui a pris du temps. Il y a encore quelques années, beaucoup de francophones queers ne se sentaient pas à leur place dans la société franco-albertaine.

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Alexandra témoigne, «des fois, il fallait que je cache cette partie-là de moi». Lorsque les sujets à propos de la communauté 2SLGBTQIA+ étaient abordés, beaucoup faisaient la sourde oreille. Cette native du Québec se rappelle, «on pouvait se sentir être mis de côté».

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Ce sentiment, Serge Gingras le connaît bien. Ancien directeur de l’ACFA régionale de Red Deer, il a reçu beaucoup de témoignages de jeunes qui se sentaient victimes de discrimination dans le monde francophone de la province. «Il y avait un réel manque de soutien et je me suis dit qu’il y avait encore beaucoup de chemin à faire», se désole-t-il.

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Mais heureusement, les choses ont évolué. Membre de la communauté LGBTQ+ de la province depuis les années 1980, il est fier du chemin parcouru. Serge souhaite féliciter «le travail acharné et continu de la communauté pour se faire accepter».

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Une journée du 17 mai lourde de sens

Si l’annonce de ce lever du drapeau a été faite le 17 mai, ce n’est pas un hasard. Martin ne souhaite pas oublier qu’il s’agit de la journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. «Il faut rappeler que dans plusieurs pays du monde, l’homosexualité et la transsexualité sont passibles d’emprisonnement et même de peines de mort», s’indigne-t-il.

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«L’homosexualité et la transsexualité sont passibles d’emprisonnement et même de peines de mort.» Martin Bouchard

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Ce même jour, en 1990, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) retire l’homosexualité de sa liste de maladies mentales. Une décision importante qui a permis de faire progresser la cause LGBTQ+. Martin poursuit, «même si au Canada, on est assez choyé, ce n’est pas le cas partout, alors on le souligne chaque année».

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Une visibilité et une reconnaissance qui fait chaud au cœur

Ce 1er juin 2022 est donc un jour historique pour les Franco-Albertains issus des minorités sexuelles et de genre.

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Alexandra est à la fois heureuse et reconnaissante de ce pas en avant. «Il n’y a plus de ”on n’en parle pas, vous n’existez pas, on ne veut pas gérer ça”, mais plutôt “on vous voit, on vous apprécie et vous êtes importants”. Donc, c’est touchant de voir qu’on avance vers cette normalisation-là.»

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“On vous voit, on vous apprécie et vous êtes importants.” Alexandra Daigle

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Martin partage le même avis. «C’est peut-être juste un lever de drapeau, mais c’est lourd de sens.» Il s’enchante, «la francophonie albertaine démontre enfin son soutien envers notre communauté et on en est fier».
Véritable ressource pour les personnes 2SLGBTQIA+, le CFQO communique sur les enjeux de la diversité sexuelle et de genre dans les milieux francophones minoritaires.
Pour en savoir plus : cfqo.ca.

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