L’or bleu de l’Alberta

Écrit par : Mélodie Charest

19 avril 2022

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Raffinerie à Lloydminster. Crédit : Arnaud Barbet
Un carburant qui n’émet pas de gaz à effet de serre (GES) pendant sa combustion, c’est une utopie? Certainement pas à en croire les dires de David Layzell, directeur du Canadian Energy Systems Analysis Research (CESAR) à l’Université de Calgary. L’hydrogène s’impose de plus en plus dans le paysage énergétique de la province.

 

Mélodie Charest
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

 

Ce n’est plus un secret, l’Alberta est la province la plus polluante du pays. La moyenne canadienne des émissions de gaz à effet de serre (GES) du transport est de 5,8 tonnes éqCO2 par personne par année. La moyenne albertaine est de 10,4 tonnes éqCO2.
Les véhicules lourds sont le talon d’Achille de la province en matière d’émissions de GES. En Alberta, ces camions émettent 3,2 tonnes éqCO2 par habitant, soit le double de la moyenne fédérale. «Cette différence s’explique en grande partie par le nombre de véhicules et la quantité de marchandises transportées par an», précise David Layzell.

 

«Cette différence s’explique en grande partie par le nombre de véhicules et la quantité de marchandises transportées par an.» David Layzell
Cette différence notable est aussi attribuable aux caractéristiques de l’économie albertaine qui est largement «dominée par l’industrie lourde et les longues distances». Cependant, l’hydrocarbure semble apporter une solution viable aux plans économique et environnemental.

 

Selon les prévisions du gouvernement fédéral, le marché mondial de l’hydrogène pourrait atteindre 11 billions de dollars et générer 350 000 emplois au Canada au cours des trois prochaines décennies.
En misant sur l’hydrogène, l’Alberta peut ainsi réduire ses émissions de GES de 14 mégatonnes par an dès 2030. Le spécialiste explique que la province produit de l’hydrogène bleu «à partir de gaz naturel couplé au CSC [captage et stockage du carbone]». Ainsi, ce n’est pas la combustion de l’hydrogène qui émet des GES, mais sa production.
David Layzell, directeur du Canadian Energy Systems Analysis Research (CESAR) à l'Université de Calgary.

David Layzell, directeur du Canadian Energy Systems Analysis Research (CESAR) à l’Université de Calgary. Crédit : Courtoisie

Les entreprises de transport ont également avantage à envisager les carburants alternatifs comme l’hydrogène. En effet, l’entretien des véhicules lourds au diesel est reconnu pour être dispendieux.

 

La championne canadienne… voire mondiale

En novembre dernier, Développement économique Canada pour les Prairies (PrairiesCan) et Alberta Innovates octroient une enveloppe de 2,8 millions de dollars à C-FER Technologies pour moderniser une installation d’hydrogène dans la capitale albertaine. En amont de ce financement, le gouvernement Kenney a travaillé sur une feuille de route pour rendre plus accessibles le financement des projets de production d’hydrogène et les partenariats public-privé (PPP).

 

La décision d’octroyer cette enveloppe budgétaire à la province de la rose sauvage tient à son titre de la plus grande productrice d’hydrogène au monde, mais également à ses 50 ans d’exploitation de la ressource. «L’Alberta produit beaucoup d’hydrogène aujourd’hui, environ 5 400 tonnes de H2 par jour.» La province veut se battre pour un autre titre, celui de la plus grande exportatrice d’hydrocarbure au monde.

 

Zéro émission, vraiment?

Pour David Layzell, si l’Alberta a réussi à se tailler une place dans ce marché, c’est qu’elle est «l’un des endroits les moins chers au monde pour fabriquer de l’hydrogène à faible teneur en carbone».
Toutefois, l’hydrogène albertain «est utilisé comme matière première industrielle et non comme carburant. En tant que matière première industrielle, l’hydrogène est utilisé pour fabriquer de l’ammoniac fertilisant et pour raffiner le pétrole», peut-on lire dans un courriel du directeur du CESAR. On peut s’attendre à voir les véhicules lourds qui y carburent sur les routes albertaines à partir de cette année.

 

Malgré les annonces réjouissantes et l’engouement pour l’hydrogène, David Layzell reste lucide. L’utilisation de cette source alternative nécessite plusieurs interventions étatiques. En plus de devoir créer de nouveaux systèmes énergétiques pour rendre l’hydrogène davantage accessible comme carburant, il faut rechercher des pôles d’hydrogène, des régions où «l’échelle de l’offre, de la distribution et de la demande [rendent] les coûts bas et où l’investissement public continu n’est pas nécessaire».
Dans le cadre du Plan de relance de l’Alberta, le gouvernement provincial octroie 10 millions de dollars répartis sur deux ans au secteur de l’hydrogène afin «d’appuyer l’innovation et la technologie liées à l’hydrogène». Par contre, les investissements en pétrochimie plafonnent à 272 millions de dollars en 2022.

 

Quelle est la couleur de l’hydrogène?

L’hydrogène que produit l’Alberta est bleu. Toutefois, il existe d’autres couleurs. Par exemple, le gaz naturel produit de l’hydrogène gris. Contrairement à l’hydrogène bleu, les émissions de GES de cet hydrogène ne sont pas stockées : neuf kilogrammes de CO2 sont produits par kilogramme d’hydrogène, soit près du double de l’hydrogène bleu. De son côté, l’hydrogène vert est produit grâce aux énergies renouvelables comme l’énergie éolienne ou le soleil. Dans ce cas-ci, aucun GES n’est émis. Dans tous les cas, peu importe la couleur de l’hydrogène, ce gaz n’émet pas de GES lors de sa combustion.

 

C’est quoi éqCO2?

L’équivalent en dioxyde de carbone est un indice qui compare les impacts environnementaux de l’ensemble des GES sur l’environnement.

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