« VOUS AVEZ CHOISI DE PRENDRE DE MES TAXES POUR DÉMOLIR LE CAMPUS SAINT-JEAN»

Écrit par : Vous

25 mars 2021

Ces pages sont les vôtres. Le Franco souhaite donner la possibilité aux lecteurs d’exprimer leurs opinions. Directeur du Conseil scolaire centre-nord pendant près de 20 ans (1995-2015), Henri Lemire partage cette lettre qu’il a envoyée au premier ministre de la province, accompagné d’un chèque de 1000 dollars. 

Edmonton, le 5 février 2021

Honorable Premier ministre Kenney,

C’est ben l’bout d’la marde ! Voilà une vieille expression canadienne-française qui résume parfaitement mon état d’âme et le sentiment de la communauté francophone devant votre décision de retenir des juristes au coût de 1,4 million de dollars pour sept mois de travail pour vous « défendre » contre la poursuite de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) qui cherche simplement à SAUVER SAINT-JEAN. Il vous aurait coûté moins cher de financer correctement le Campus Saint-Jean que de verser cette somme odieuse pour essayer de mettre les francophones à leur place.

Imaginez la reconnaissance positive que vous auriez obtenue de la communauté francophone canadienne si vous aviez investi cette même somme pour subventionner adéquatement le Campus Saint-Jean au lieu de chercher à le caler encore plus. S’il existe un politicien albertain qui comprend amplement bien l’implication de ce geste sournois et méprisant, c’est bien vous qui avez été ministre au fédéral, qui maitrisez la langue française et qui comprenez fort bien les enjeux d’une francophonie fragilisée par des décisions préjudiciables comme celle-ci.

Tout ce que l’ACFA demande à votre gouvernement, c’est de respecter son engagement signé dans une entente de 1976 avec elle et les pères Oblats selon laquelle la programmation et les services offerts aux étudiants francophones et francophiles du Campus Saint-Jean seraient sensiblement comparables à ceux offerts à la majorité linguistique. Évidemment vous citerez une série de prétextes pour défendre votre décision de contester la poursuite de l’ACFA, mais la décision honnête à prendre aurait été d’avouer l’injustice du sous-financement incessant du Campus Saint-Jean depuis des décennies. Au lieu, vous avez choisi d’abandonner la plus vieille et la plus importante institution francophone de la province pour des raisons idéologiques.

N’oubliez jamais que le français que vous avez appris – et je vous félicite de votre détermination à l’apprendre – est grâce à des enseignants. Ce sont ces mêmes enseignants – provenant de partout en Alberta, du Canada et de l’étranger – qui ont reçu leur formation dans une des seules institutions de langue française au Canada, le Campus Saint-Jean. Pire encore, vous leur enlevez la motivation de s’inscrire au Campus pour y poursuivre une carrière en enseignement. Sachez qu’en vous attaquant à l’ACFA, au Campus et la francophonie, vous vous attaquez aux 50 000 élèves inscrits dans des écoles francophones et des programmes d’immersion en Alberta. Vous venez leur enlever le droit d’avoir devant eux des enseignants parlant français et formés ici en Alberta. Vous venez de détruire cinquante ans d’avancement dans l’enseignement du français et vous contribuez largement à l’assimilation de la jeunesse francophone. Ce sort de l’assimilation que des gouvernements albertains antérieurs nous ont jeté pendant des générations, pourquoi cherchez-vous à nous le faire subir de nouveau aujourd’hui ?

Quelle honte pour votre gouvernement et quel embarras pour l’Alberta qui, encore une fois, se retrouve à l’écart de la modernité, de la justice et des valeurs canadiennes les plus fondamentales.

Et tant qu’à y être, je vous remets, à vous personnellement, un chèque de 1 000 $ pour que vous puissiez continuer à prendre de mon argent pour m’enlever ce qui est cher – mon alma mater et celui de ma fille ainée. Au lieu d’écouter, de comprendre et de collaborer, vous avez choisi de prendre de mes taxes et vous en servir pour me défaire et pour démolir le Campus Saint-Jean. Par conséquent, je vous prie d’appliquer ces 1 000 $ contre la facture du cabinet McLennan Ross. De cette façon, il vous restera que 1 499 000 $ à payer à vos avocats pour leur première, mais non leur dernière, facture !

Dans l’espoir que vous allez reconsidérer votre position, je demeure,

Henri Lemire

Retraité et troisième génération de contribuables en Alberta

Contacté par un journaliste, Henri Lemire atteste avoir envoyé un chèque de 1000 dollars à l’intention de Jason Kenney. « Quand la personne qui reçoit les lettres verra ce chèque, elle sera obligée de mettre l’enveloppe sur son bureau », dit-il. Monsieur Lemire se dit toutefois réaliste quant aux chances que son chèque soit véritablement encaissé par la province.

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