Les impacts de la Covid-19 sur la santé mentale des professionnels de la santé

Écrit par : Gabrielle Beaupré

26 mars 2022

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Dans les hôpitaux, la détresse des patients pendant la pandémie de COVID-19 a perturbé les employés de la province. Crédit : Unsplash

Depuis deux ans, la COVID-19 fait des ravages en Alberta. Alors que la population a payé un certain prix avec plus de 4000 morts dans la province, la pandémie a aussi hypothéqué le système de santé albertain et ses professionnels. Travailleurs de première ligne, ils ont été et restent les témoins d’une souffrance, parfois indicible, des patients et de leur famille. Certains de ces soignants ont développé une détresse psychologique qui a eu un impact remarquable sur leur carrière. 

Gabrielle Beaupré
IJL – Réseau.Presse – Le Franco     

Infirmier depuis 18 ans, Jacques Kanku raconte qu’au commencement de la pandémie, ses collègues et lui étaient terrifiés. «Le nombre de patients augmentait chaque jour et les gens mourraient en grand nombre. Partout, c’était la panique totale!»

«Le nombre de patients augmentait chaque jour et les gens mourraient en grand nombre. Partout, c’était la panique totale!» Jacques Kanku

À l’époque, la maladie est inconnue de tous. Aucun remède n’existe. Toutefois, le milieu scientifique mondial travaille d’arrache-pied à fabriquer un vaccin contre la COVID-19. Il est arrivé au Canada en décembre 2020, soit neuf mois après le début de la pandémie.

Pendant ce temps, Jacques Kanku se rappelle que les travailleurs de la santé qu’il côtoie sont désemparés de la situation puisqu’aucune solution n’existe pour soigner la maladie. La plupart des patients sont intubés aux respirateurs artificiels, chose qu’ils n’avaient jamais vue auparavant.

La tranche de la population qui est la plus atteinte est celle des personnes âgées. «Quand l’un d’entre eux rentrait à l’hôpital, ce n’était pas sûr qu’il allait en sortir vivant. C’était une grande désolation.»

 

Des conséquences désastreuses 

Être témoin de la souffrance de leurs patients et les voir mourir tous les jours, «c’était traumatisant», se remémore l’infirmier. Leur niveau de stress est élevé. Il voit ses collègues «tombés au combat», qui s’absentent de plus en plus avec des conséquences sur les effectifs et les équipes. En effet, ceux qui restent en poste voient leur nombre d’heures de travail augmenté en flèche.

Le cercle infernal est bouclé avec les conséquences que l’on connait : chirurgies reportées, délais d’attente extrêmement longs pour une consultation chez un spécialiste ou dans un laboratoire d’analyse, vague de délestage de patients aux États-Unis, etc.

Certains sont marqués par un stress post-traumatique. «Les gens sont tellement traumatisés qu’ils ont gardé des images en tête», explique celui qui s’est dévoué corps et âme avec son équipe pour le bien-être de la population. Ces images ne cessent de hanter les soignants.

De nombreux enfants ont contracté la COVID-19. Ils ont été soignés à Stollery Children’s Hospital. Crédit : Courtoisie – Service de Santé de l’Alberta

En septembre 2020, il manque de plus en plus de personnel. Jacques Kanku est aussi à bout de souffle. Depuis mars, il travaille 16 heures par jour, cinq jours par semaine. Il fait de l’insomnie et il a une fatigue chronique. Il est alors obligé de réduire ses heures de travail. Il travaille alors deux jours et commence un travail avec un psychologue pour surmonter son état.

À l’heure actuelle, il n’a toujours pas repris son rythme de travail post-pandémie.

«Prochainement, je reprendrai mes semaines de cinq jours», dit-il avec espoir. Et même si la pandémie lui a causé beaucoup de traumatismes, Jacques Kaku a toujours éprouvé un grand sentiment de satisfaction et d’accomplissement lorsque l’un de ses patients rentrait à la maison.

«Au moins, on a sauvé une vie», dit l’homme qui croit en sa mission coûte que coûte et avec une grande fierté pour cette vocation.

 

Devant l’isolement des patients 

Sylvie, étudiante en sciences infirmières à l’Université de l’Alberta, commence à travailler pour les Services de santé de l’Alberta (AHS) quelques semaines avant le début de la crise sanitaire.

Très rapidement, elle ressent beaucoup de difficultés face à la détresse et à la solitude des patients. Ces tranches de survie s’ajoutent au stress de la pandémie. Témoin «privilégiée», elle se remémore combien les restrictions en place et notamment l’annulation du droit de visite ont atteint l’état de santé des patients. «Ça l’a beaucoup affecté la santé mentale des patients. Le fait que la leur ait été bouleversée, ça nous a ébranlés.»

Devant la situation, les membres de son équipe de travail n’ont pas eu d’autres choix que de se serrer les coudes. «On a été présents les uns pour les autres pour s’entraider!»

«On a été présents les uns pour les autres pour s’entraider!» Sylvie, étudiante infirmière

Ces longs mois de pandémie, le mal-être de la profession, la solitude des patients n’ont finalement pas éteint les aspirations de la jeune femme. Cette expérience sur le terrain a eu un «impact positif» sur l’étudiante. Celui de la résilience.

Aujourd’hui encore, elle espère devenir infirmière agréée et faire une carrière au chevet des malades, tout en sachant ce que cela peut impliquer émotionnellement.

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