Incendies de forêt : mieux comprendre pour mieux réagir

Écrit par : Mélodie Charest

17 avril 2022

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Un paysage albertain après le passage des feux de forêt en 2019. Crédit : Alberta Wildfire
Selon la mythologie grecque, c’est Prométhée qui a apporté le feu sur Terre. Toutefois, en Alberta, «vivre avec le feu est une réalité pour tous les résidents des zones périurbaines», affirme Josee St-Onge. Dans cette réalité, la compréhension du phénomène fait partie de la solution pour les Albertains.

 

Mélodie Charest
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

 

Les territoires de l’Ouest canadien sont davantage vulnérables aux feux de forêt et de prairie. En plus des conditions météorologiques (sécheresses, vent, orages) qui facilitent le déclenchement des feux, un autre facteur explique leur apparition.

 

Julien Bourque, associé de recherche à l’Institut canadien pour les choix climatiques, explique que «le secteur de la foresterie est plus important dans l’Ouest canadien et les pratiques de suppression des incendies favorisent l’accumulation de ‘’carburant’’ (feuilles, branches) pour le prochain feu de forêt incontrôlé». Mais ce n’est pas tout.
En Alberta, les feux de forêt de 2019 ont brûlé 883 414 hectares de forêts. Crédit : Alberta Wildfire

En Alberta, les feux de forêt de 2019 ont brûlé 883 414 hectares de forêts. Crédit : Alberta Wildfire

 

Contrairement à sa voisine à l’ouest, l’Alberta a été épargnée au cours de l’année 2021. Selon le rapport national sur la situation des feux de végétation, la province n’a connu «que de courtes périodes actives». Toutefois, l’an dernier, elle «a vu plus de feux de forêt que la moyenne des cinq dernières années, mais ces feux ont brûlé moins de superficies que la moyenne», affirme Josee St-Onge, agente d’information au ministère de l’Agriculture, des Forêts et du Développement économique rural de l’Alberta.

 

Par ailleurs, la plupart des quelque 1 342 feux de forêt albertains sont largement attribuables aux activités anthropologiques. Comme le rappelle Josee St-Onge, en 2021, seulement 28% des feux de forêt sont attribués à des phénomènes naturels comme la foudre. Les feux de camp abandonnés sont pointés du doigt. L’an dernier, ils ont causé près de 17% des feux de forêt. Il en va donc de la responsabilisation des citoyens, des visiteurs, mais aussi des propriétaires terriens.

 

Chacun a un rôle à jouer

Les propriétaires des forêts canadiennes sont, dans la plupart des cas, les provinces et les territoires. C’est pour cela que, selon M. Bourque, la cohérence politique, pour atténuer la vulnérabilité des populations face à ces phénomènes, doit passer par une «coordination efficace des paliers de gouvernements et des ministères à l’intérieur de ces paliers en lien avec la forêt».

 

Malgré cet emboîtement politique, «chacun a un rôle à jouer». Pour madame St-Onge, les propriétaires représentent la «première ligne de défense» pour réduire le risque d’ignition. Des gestes simples, comme nettoyer les feuilles automnales autour des habitations, peuvent «interrompre le passage direct du feu aux infrastructures» et rendre, du même coup, les communautés plus résilientes.

 

 

Plusieurs communautés albertaines travaillent «continuellement pour mettre en œuvre les principes du programme [Intelli-feu] et encouragent leurs citoyens à faire de même». Dans la douzaine de communautés albertaines reconnues par Intelli-feu, on retrouve notamment le comté de Lac La Biche et celui de Banff.

 

Combattre le feu par le feu

«Les feux de forêt font partie des processus naturels des forêts. Tous feux ne sont pas bons à éteindre», lance le scientifique Julien Bourque. Il préconise donc une autre solution : la pratique du brûlage dirigé. Cette pratique est largement utilisée par les communautés autochtones et «permet de diminuer le ‘’carburant’’ disponible et la régénération de la forêt».

 

«Les feux de forêt font partie des processus naturels des forêts. Tous feux ne sont pas bons à éteindre» Julien Bourque

 

Toutefois, malgré toutes ces solutions, les données sur les feux de forêt incontrôlables et «qui considèrent les impacts des changements futurs» manquent cruellement à la littérature scientifique.

 

À titre d’exemple, M. Bourque cite les inondations qui ont suivi les incendies de l’été dernier en Colombie-Britannique et note que davantage d’informations sur les liens entre les deux phénomènes auraient permis une meilleure préparation de la population. Finalement, l’une des solutions pour faire face à ces catastrophes passe par la vulgarisation et l’éducation des communautés qui vivent avec ces risques afin d’éviter les fatalités.

 

Un programme albertain pour les feux de forêt qui a fait boule de neige

Le programme Intelli-feu (FireSmart) est apparu il y a plus de trente ans pour «répondre aux inquiétudes grandissantes liées aux feux de forêt dans les zones périurbaines où le développement humain cohabite avec les forêts», explique Josee St-Onge. L’initiative est d’abord lancée par Alberta Forest Service. Aujourd’hui, le programme s’étend à l’échelle nationale. Intelli-feu est «une responsabilité partagée entre tous les niveaux de gouvernement, le secteur privé, les communautés et les propriétaires».

La filière albertaine travaille principalement à augmenter la résilience des communautés par une approche qui mise sur l’éducation, la planification d’urgence, la gestion de la végétation, la législation, le développement, la coopération entre les agences et la formation.

 

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