Les inégalités de logement pour les populations autochtones persistent

Écrit par : Vienna Doell

17 janvier 2023

Le 21 septembre 2022, le gouvernement fédéral dévoilait qu’au Canada, plus d’un Autochtone sur six (17,1%) vit dans un logement surpeuplé et/ou (16,4%) dans un logement nécessitant des réparations majeures. L’Alberta ne semble pas en reste. Derrière les chiffres se cachent aussi des disparités.

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Vienna Doell
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Selon André Bernard, directeur adjoint du Centre de l’information sur le marché du travail à Statistique Canada, les chiffres évoquant la surpopulation dans un logement et la nécessité de réparations majeures sont des indicateurs qui «peuvent déterminer quel est l’état du logement».

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Ces indicateurs sont l’objet de normes élaborées «en collaboration avec la Société canadienne d’hypothèques et de logement», ajoute cet expert statisticien depuis vingt ans. Ils sont aujourd’hui essentiels pour comprendre les conditions de vie des citoyens.

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Les enjeux relatifs au logement ne sont pas les mêmes

En général, l’Alberta se situe dans la moyenne du Canada en ce qui concerne les problèmes de logement des populations autochtones. Mais la différence est grande lorsque l’on compare ces conditions de vie à celles de la population non autochtone.

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«Si on va du côté du logement surpeuplé, 15,9% des Autochtones en Alberta vivent dans un logement surpeuplé comparativement à 8,1% chez les non-Autochtones», décrit celui qui était auparavant chef du Centre de la statistique et des partenariats autochtones. Un taux médian qui cache d’autres disparités nationales.

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Mais ce chiffre augmente pour les Premières Nations vivant dans des réserves. «C’est 35,7% [des Premières Nations au Canada] qui vivent dans un logement surpeuplé», renforce le directeur adjoint, tout en validant que les chiffres albertains sont très proches. Les enjeux relatifs au logement touchent l’ensemble de la population autochtone, mais ils s’accentuent dans les réserves.

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André Bernard indique que «les taux de logement surpeuplé et la nécessité de réparations majeures sont plus bas […] dans les grands centres urbains». Cela n’empêche pas la disparité avec la population non autochtone.

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«Les taux de logement surpeuplé et la nécessité de réparations majeures sont plus bas […] dans les grands centres urbains.» André Bernard

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Ainsi, le taux évoquant la nécessité de réparations majeures des logements à Edmonton est de «9,1% pour les Autochtones contre 4,7% chez les non-Autochtones».

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Ces chiffres ne minimisent pas la gravité de la situation de ces communautés en Alberta puisque la population autochtone dans les centres urbains est très importante. Selon André Bernard, «90 000 autochtones habitent à Edmonton et près de 50 000 vivent à Calgary».

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Un exode vers les centres urbains

Beth Muller est responsable des opérations liées au logement à Boyle Street Community Services. «Mon rôle, c’est de trouver différentes occasions et de développer des programmes et des options de logement pour les personnes avec lesquelles nous travaillons.» Elle indique qu’«à Edmonton, parmi les personnes accédant à Boyle Street, 51% sont des Autochtones».

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«À Edmonton, parmi les personnes accédant à Boyle Street, 51% sont des Autochtones.» Beth Muller

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«Les individus autochtones essaient souvent de trouver un meilleur logement lorsqu’ils vivent en zone rurale, ils se déplacent alors dans les centres urbains». Beth raconte qu’elle a entendu de nombreuses histoires de «personnes vivant dans des garages ou des garde-meubles» avant qu’elles deviennent des sans-abris.

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Beth évoque notamment «de nombreuses femmes venues de communautés éloignées, de réserves et de communautés nordiques […] pour trouver du travail et un meilleur logement [et] qui se sont retrouvées dans des situations précaires et sans logement». Elle note qu’il y a plusieurs raisons à ces situations, mais elle évoque aussi le fait que «les femmes sont plus vulnérables que les hommes dans la rue».

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Toutefois, André Bernard déclare que Statistique Canada n’a pas encore mené de recherches pour savoir s’il existe une corrélation entre les mauvaises conditions de logement en milieu rural ou dans les réserves et le fait de se retrouver un jour dans la rue. De plus, «les données recueillies sont celles des ménages, les sans-abris ne sont pas représentés».

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Des solutions de logement abordable limitées

Beth Muller dénonce à la fois le «racisme systémique» subi par les Autochtones qui cherchent un logement dans les centres urbains, mais aussi les difficultés éprouvées par les personnes vivant dans la rue. Elle évoque également la difficulté de trouver un logement décent.

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Et lorsqu’ils y ont accès, Beth explique que certains «sont placés dans des appartements qui ne répondent pas aux normes auxquelles les gens s’attendent». Ils sont «souvent infestés de parasites, de punaises de lit et de cafards». De plus, «les Autochtones sont souvent très isolés», ce qui ne fait pas partie de leur culture «basée sur la communauté».

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D’ailleurs, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le loyer mensuel moyen d’un appartement avec deux chambres est présentement de 1350$ à Calgary et de 1271$ à Edmonton. Un montant dispendieux pour les personnes qui nécessitent un logement familial à un prix abordable.

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Beth Muller explique que même s’il y a de nouvelles initiatives pour assurer un meilleur accès au logement, «il faut non seulement des logements adéquats, mais aussi des ressources adéquates autour des individus».

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Néanmoins, elle estime qu’il faudra non seulement plus de recherches sur les populations autochtones, mais aussi plus d’initiatives de la part des organisations pour créer des logements équitables pour les peuples autochtones, incluant les sans-abris.

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La Société canadienne d’hypothèques et de logement est une société d’État qui a pour but de «rendre le logement abordable pour tous au Canada».
Un logement surpeuplé n’offre pas aux personnes qui y habitent un environnement sécuritaire où vivre et travailler et ne leur permet pas d’assurer leur bien-être mental et physique.

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