Le quotidien d’une infirmière francophone sur le front

Écrit par : Gabrielle Beaupré

31 mars 2021

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Infirmière sur la ligne de front depuis le début de la pandémie, Jeanne Hétu s’occupe des personnes atteintes de la COViD-19. Même si elle considère la situation extrêmement difficile, elle se dit heureuse de faire une différence. « C’est un privilège d’être infirmière et d’aider les gens qui sont dans les moments les plus bas de leur vie ». 

Jeanne Hétu travaille dans deux départements du milieu hospitalier : l’urgence et les soins intensifs. Elle indique que ses tâches n’ont pas changé, mais que celles-ci prennent beaucoup plus de temps qu’avant en raison de l’habillement de protection obligatoire qui doit être constamment changé et de la désinfection de l’équipement.

À l’urgence, elle continue de rencontrer plusieurs patients par jour, mais affirme que l’équipe de désinfection est omniprésente et que chaque nouvel arrivant est soumis à questionnaire à remplir dès son arrivée.

Aux soins intensifs, ses patients sont principalement les personnes atteintes de la COVID-19 ou n’importe quelle personne ayant besoin de la machine de respiration artificielle pour survivre.

Photo d’illustration. En période de pandémie, les infirmières peuvent travailler jusqu’à 16 heures par jour. Crédit photo: Unsplash

Un patient par infirmière

Aux soins intensifs, Jeanne Hétu raconte qu’elle ne sait jamais à quoi s’attendre d’une journée à l’autre. Certains patients atteints du coronavirus vont aller mieux, d’autres vont mourir. « On travaille si fort avec les patients pour les aider à passer au travers de la COVID, lorsque la maladie gagne [le combat], c’est difficile. »

Jeanne Hétu informe que chacun des patients aux soins intensifs demande énormément d’attention. « Chaque jour, nous avons un patient, parfois deux [s’il y a trop de patients par infirmière], mais nous ne sommes pas assignés aux mêmes chaque jour ». Chaque patient a son propre équipement et la désinfection est démise.

Par ailleurs, Jeanne Hétu relate que lorsque le département débordait, plusieurs cas de COVID-19 ont été relocalisés dans une autre aile de l’hôpital qui était relégué que pour des cas de COVID-19. De plus, plusieurs infirmières d’autres départements sont venues leur donner un coup de main.

La solitude 

Les patients atteints de la COVID-19 sont isolés dans une petite chambre qu’ils ne peuvent pas quitter. Jeanne Hétu raconte : « C’est difficile pour moi [d’être témoin]. La plupart des patients que je rencontre sont intubés. Ils sont sur la machine à respirer et on leur donne des sédatifs. Ils ne sont pas vraiment conscients de ce qu’il leur arrive pendant cette période ».

Elle ajoute que les personnes n’ayant plus besoin du respirateur artificiel vont prendre beaucoup de temps à récupérer. Ils ont perdu la notion du temps, la notion du jour et de la nuit, et ils n’ont plus de repères. « C’est très difficile pour eux ».

Jeanne Hétu indique: «Dès qu’on a eu plus de patients à l’hôpital que de personnel soignant, nous savions quoi faire puisque nous avons repris les mêmes plans d’organisation qu’en 2009, lors de la grippe H1N1». Crédit : Unsplash

En raison de la pandémie, aucun visiteur n’est accepté. « Avant la pandémie, la famille était présente pour aider le patient [sortant de l’intubation]. Désormais, les seules personnes qu’ils voient à l’hôpital sont notamment les infirmières, les docteurs et les préposés », témoigne Jeanne Hétu.

Cependant, elle indique que les patients peuvent être en contact avec leur famille grâce au biais de la technologie. Ils ont notamment accès à leur téléphone cellulaire et à leur tablette électronique personnelle. Elle précise que ceux pour qui n’ontt pas d’objet électronique à leur disposition, l’hôpital a reçu des iPad afin que les patients puissent discuter avec leur famille ». De plus, une télévision se retrouve dans chaque chambre.

Des sacrifices

Pour protéger ses proches de la COVID-19, Jeanne Hétu ne les a pas visités depuis l’été dernier, sauf à Noël où elle a vu ses parents rapidement, dans le cadre de porte d’entrée, pour échanger leur cadeau. Sa seule sortie est ses courses d’épicerie. Lorsque la température le permet, elle va marcher ou skier. « Autrement, je ne vois personne », indique-t-elle.

Elle mentionne : « Je travaille avec des patients atteints de la COVID chaque jour, alors ça ne vaut pas la peine de mettre ma famille à risque ». Les réseaux sociaux, le téléphone et les vidéoconférences lui permettent d’être en contact avec sa famille et ses amis. Elle dit en souriant : « Maintenant, ça va changer [puisque] j’ai reçu les deux doses du vaccin ».

Jeanne Hétu n’a pas souhaité mentionner l’hôpital dans lequel elle travail. Elle insiste sur le fait qu’elle parle de son expérience en son nom et que chaque travailleur du de la santé a son propre vécu avec la pandémie. 

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