L’insécurité alimentaire : de quoi parle-t-on précisément?

Écrit par : Le Franco

6 avril 2022

Mots-clés : ,
Crédit : BRRT / Pixabay
Mme Céline Bossé est diététiste de santé publique en Alberta. Formée à l’Université de Montréal, au Québec, dans les années 1980, elle exerce dans le domaine depuis plus de 25 ans. Passionnée par la formation populaire dans le secteur de la santé, elle s’intéresse aussi aux étapes de la vie et aux principaux besoins en apports nutritionnels qui doivent être pris en compte. Arrimer la saine alimentation aux normes de la santé publique est un défi de vulgarisation qui a pavé son cheminement professionnel jusqu’à aujourd’hui.
L’insécurité alimentaire se définit par l’impossibilité d’avoir accès à une quantité et/ou à une variété suffisantes d’aliments. Il existe plusieurs degrés d’insécurité allant du plus subtil à des degrés considérés beaucoup plus graves.

Parmi les situations qui relèvent de l’insécurité alimentaire, il faut citer : l’incapacité de se procurer des repas équilibrés à base de produits frais à proximité; vivre une situation financière problématique ponctuelle et manquer de nourriture avant que le prochain chèque de paie arrive; devoir sauter des repas et ressentir la faim faute d’argent pour se procurer des aliments.

En 2018, une étude de Statistique Canada démontre «que les événements stressants de la vie liés au travail et à la santé accroissent les risques d’insécurité alimentaire de manière significative. Ils révèlent aussi que les adultes qui ont indiqué avoir vécu au moins deux événements stressants de la vie étaient quatre fois plus susceptibles d’être en situation d’insécurité alimentaire que ceux qui ont déclaré n’avoir vécu aucun événement stressant».¹

Parmi ces évènements stressants, il y a la perte d’un emploi, une situation financière qui se détériore ainsi que les blessures ou maladies personnelles ou subies par un membre de la famille ou un proche.

Les conséquences

L’insécurité alimentaire est, elle aussi, une expérience de vie très stressante et insidieuse. En effet, plus cette insécurité augmente, plus elle entraîne de la frustration et donc du stress. Elle peut créer un sentiment d’impuissance et d’aliénation plus ou moins prononcé en fonction de l’individu. Et lorsque vient le temps de se procurer de la nourriture, un sentiment de honte peut apparaître chez ces personnes déjà très vulnérables.

Cette situation peut être une nouvelle source de stress psychosocial ou amplifier l’effet des facteurs existants. On note d’ailleurs que les personnes ne sont pas toutes égales face à l’insécurité alimentaire. En effet, certains groupes de la population sont plus susceptibles de vivre de l’insécurité alimentaire que d’autres.
Céline Bossé lors de ses ateliers nutrition dans les écoles. Crédit : DCClic


Céline Bossé lors de ses ateliers nutrition dans les écoles. Crédit : DCClic

On cite notamment les familles monoparentales, les personnes qui dépendent de l’aide gouvernementale comme source principale de revenu, mais aussi celles qui louent leur résidence principale. Un nombre croissant d’études indiquent également un fort lien entre l’insécurité alimentaire et les problématiques de santé mentale.

Lorsque l’on atteint le fond du baril

Sachant que la perception que l’on porte à sa personne est directement liée à la façon de prendre soin de soi, on constate que les personnes vivant de l’insécurité alimentaire ont tendance à se négliger et à se désinvestir face à leurs problèmes de santé plus générale.

Conscient de ses difficultés, l’individu peut avoir recours à des services de counselling psychologique. Lors de la première consultation, le psychologue questionne la personne sur la perception qu’il a de sa santé mentale. Afin d’établir le niveau de stress de son client, le thérapeute se base sur le degré et la fréquence de certains sentiments ressentis au cours des deux dernières semaines avant la consultation.

De nombreux sentiments deviennent alors des signaux d’alerte : sentiment de nervosité, d’anxiété ou de tension, incapacité d’arrêter de s’inquiéter ou perte de contrôle des inquiétudes, inquiétudes excessives à propos de tout et de rien, difficulté à se détendre, état de suragitation, facilité à la contrariété et à l’irritabilité ainsi que peur de subir des événements épouvantables.²

De tels sentiments indiquent le degré de stress subi quotidiennement par l’individu et le niveau de risque pour sa santé mentale. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, ces sentiments se sont aggravés à cause de l’isolement social imposé par les mesures sanitaires, la crainte de la maladie et, finalement, l’insécurité financière et alimentaire.

Au moment où 1 ménage canadien sur 5 continue d’indiquer qu’il rencontre des difficultés à respecter ses obligations financières et où la reprise économique reste incertaine, il est crucial de surveiller la sécurité alimentaire et l’état de santé mentale des Canadiens et Canadiennes.

Les solutions

En sachant qu’il existe un lien reconnu entre l’insécurité alimentaire et les résultats dépréciés en matière de santé mentale, il est nécessaire de surveiller attentivement les tendances quant au recours aux programmes alimentaires communautaires des municipalités.

Les autorités doivent composer avec la situation d’insécurité alimentaire et en tenir compte lors de la conception des politiques et programmes appropriés. Il est primordial d’orienter les stratégies d’actions en visant l’amélioration du mieux-être des populations vulnérables.

Depuis la mi-mars 2020, la pandémie a eu des répercussions abruptes et profondes sur la vie des Albertains alors que plusieurs ont perdu leur emploi ou ont vu leurs heures de travail réduire comme peau de chagrin. Les effets de l’insécurité alimentaire demeurent un volet de recherche qui doit être soutenu, entre autres, par les instances gouvernementales.

Les actions sur le terrain

À Edmonton, il y a le Volontaires unis dans l’action au Canada (CANAVUA), le seul organisme francophone de bénévolat en Alberta, qui a développé un service de popote roulante, une cantine mobile communautaire. Il gère également une succursale de la banque alimentaire d’Edmonton en français. Ses actions font beaucoup de bien aux plus démunis, tout en offrant aux bénévoles une occasion d’acquérir une expérience canadienne, essentielle pour leur recherche d’emploi ultérieure.

À Calgary, depuis trois ans, le Marché solidaire (MS) vient en aide aux familles immigrantes ou vivant en situation de vulnérabilité. En 2020, lors de la pandémie de COVID-19, les partenaires du MS ont organisé une seconde activité au début de septembre qui a permis de combiner deux programmes sociaux, Stephan’s Bagpacks et Fresh Routes Calgary, et de distribuer ainsi des fruits et légumes frais aux participants. Une initiative très appréciée des familles en ce début d’année scolaire.

Partager

Lire des articles sur un thème similaire

Articles similaires

La francophonie albertaine vous intéresse?

Nous aussi.

Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour recevoir chaque deux semaines un concentré de nos meilleures histoires!