Jeannine Roy, Coeur d’or et doigts de fée

Écrit par : Salima Bouyelli

25 avril 2021

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Coton, flanelle, velours, coloré ou uni, l’organisme caritatif Saint-Vincent-de-Paul à Edmonton reçoit toutes sortes de ballots de tissus de la part de généreux donateurs. La marchandise est réceptionnée, triée et rangée en fonction du besoin par des bénévoles de cette même association. Parmi ces volontaires, une certaine Jeannine décide de transformer ces kilos de tissus en quelque chose de fort original et chaleureux.

Estelle Roy, petite sœur de Jeannine Roy, est une fervente admiratrice de sa sœur aînée pour ce qu’elle fait pour la communauté francophone d’Edmonton. Crédit: courtoisie.

«Je n’ai rien fait dans ce projet d’édredons, c’est Jeannine qui a tout fait» c’est ainsi que Estelle Roy rend hommage à sa grande sœur Jeannine Roy. Les deux mille édredons atteints, Estelle dit avoir décidé de contacter secrètement les médias pour mettre en lumière l’exploit de sa sœur aînée, mais en vain. La barre des trois mille atteinte, Estelle ne baisse pas les bras et décide cette fois de contacter le journal Le Franco pour parler de la performance de sa sœur.

«Nous sommes une fratrie de douze enfants, moi j’ai trois enfants et neuf petits-enfants» précise Estelle, née le 31 décembre 1947. Sa grande sœur Jeannine est née le 7 janvier 1936, a cinq enfants, douze petits enfants et quatre arrières-petits-enfants. Elles sont originaires de la Saskatchewan. Le papa est québécois et la maman est née en Saskatchewan. Retraitée de la fonction publique, Estelle réside aujourd’hui à Gatineau, mais sa sœur demeure à Edmonton.

Une reine et deux ouvrières au service de la communauté

Jeannine dans son sous-sol est prête à l’ouvrage malgré une acuité visuelle faible, mais « suffisante pour voir l’aiguille », reconnaît-elle . Crédit : courtoisie

Après avoir servi le Bed & Breakfast durant de longues années, Jeannine décide de transformer sa maison à Edmonton en aménageant le sous-sol en un véritable atelier de couture. Elle installe une table de billard, immense, robuste, recouverte d’un panneau de contreplaqué et d’un morceau de tissu.

Elle fait beaucoup de bénévolat à Saint-Vincent-de-Paul et c’est en observant une autre bénévole, aujourd’hui à la retraite, faire des édredons que Jeannine décide en 2006 de donner un peu de son temps et de son talent. Avant la pandémie, deux dames, bénévoles elles aussi, venaient chaque mercredi lui donner un coup de pouce. Telle une chaîne de production, Marie et Rose piquaient le tissu pour relier les 3 épaisseurs et Jeannine assemblait les morceaux avec sa machine à coudre. En quelques heures l’édredon, composé de deux morceaux de tissu superposés avec à l’intérieur une couche de nappe ouatée, prenait forme et prêt à faire le bonheur d’une famille dans le besoin.

Jeannine a réalisé plus de 3000 édredons pour les nécessiteux. Crédit: courtoisie

L’organisme caritatif Saint-Vincent-de-Paul redistribue ensuite aux nécessiteux et uniquement aux personnes qui ont un toit. Les personnes sans abri, elles, héritent d’un sac de couchage : «un édredon c’est lourd et encombrant, par conséquent difficile à transporter», explique Jeannine.

Les bénévoles n’ont aucun contact avec les bénéficiaires. L’organisme fournit tout le matériel nécessaire pour la réalisation et les bénévoles se mettent à l’ouvrage. Au départ, la nappe ouatée était achetée en gros rouleaux et aujourd’hui elle est remplacée par des couvre-matelas, plus chaud. Ces derniers sont placés entre les deux morceaux de tissu pour permettre une meilleure isolation contre le froid.

Plus de 3000 édredons cousus

Notre couturière comptabilise aujourd’hui 3045 édredons à son actif, pour lits tailles simple ou double. «Je mets une journée pour assembler jusqu’à deux édredons, et lorsque j’en ai vingt-cinq, je les apporte à Saint-Vincent-de-Paul», affiche fièrement madame Jeannine, sans oublier d’ajouter «je ne connais pas d’autres personnes faire ça dans la ville d’Edmonton, j’ aime ça et ça remplit mes journées».

Véhicule utilitaire de l’association caritative Saint Vincent de Paul dans la ville de Edmonton. Crédit courtoisie

Message sans signature ou quelconque indice, épinglé sur le bonnet chaleureusement tricoté par des bénévoles dans la ville de Calgary. Crédit: Salima Bouyelli

Pour Estelle, Jeannine est une personne très humble et réservée. Elle tenait absolument à saluer le travail de sa sœur, car elle juge primordial de reconnaître hautement le travail des bénévoles de façon globale avec gratitude. «J’ai voulu faire une surprise à ma sœur en contactant votre rédaction. Si on se manifeste, ce n’est pas pour se vanter, se louanger ou whatever, mais il est important de savoir ce qu’il se passe dans la communauté. C’est comme pour les artisans locaux si on n’en parle pas il sera difficile d’acheter local», révèle Estelle.

En ces temps difficiles, la ville de Calgary a aussi ses bénévoles qui tricotent des bonnets, des écharpes, des chandails puis les exposent dans des endroits publics. Ces âmes charitables anonymes accompagnent leurs créations d’un petit message, épinglé sur le produit, invitant les personnes dans le besoin à se servir.

Bonnets tricotés par des bénévoles anonymes dans la ville de Calgary, accrochés sur le grillage. Crédit: Salima Bouyelli

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