Plonger dans la persévérance

Écrit par : Isaac Lamoureux

22 janvier 2022

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  • Jennifer Abel souriant à son entraîneur
Jennifer Abel souriant à son entraîneur devant les résultats accomplis. Crédit : Courtoisie - Diving Plongeon Canada

La Fédération du sport francophone de l’Alberta (FSFA), en collaboration avec Patrimoine canadien, a présenté en décembre dernier la conférence virtuelle Entre persévérance et authenticité : plonger dans un quotidien équilibré avec Jennifer Abel. La championne olympique de plongeon s’est exprimé devant une audience intime acquise à son incroyable parcours.

«C’était vraiment important pour moi de bouger et de dépenser toute cette belle énergie que j’avais», dit-elle. C’est pour cette raison, explique-t-elle, qu’elle a commencée très jeune la natation, mais aussi pour rassurer ses parents craintifs face aux accidents de noyades domestiques.

Lors de ses cours, elle voyait, de l’autre côté du bassin, son frère ainé qui plongeait. Elle enviait cette adrénaline dont il se délectait. Elle a alors insisté auprès de ses parents et a commencé à faire du plongeon. «Le sentiment de contrôler mon corps dans l’espace m’a toujours excité» dit Jennifer Abel, exaltée.

«Le sentiment de contrôler mon corps dans l’espace m’a toujours excité» Jennifer Abel

Très vite, elle pousse ses limites. «Parce que j’étais jeune et je n’avais pas peur», explique-t-elle. Son entraineur de l’époque réalise alors son potentiel et lui offre l’occasion de rejoindre un club participant à des compétitions.

Lutter pour trouver un équilibre entre l’école et le plongeon

À l’âge de neuf ans, l’athlète se rend seule à une compétition à Terre-Neuve, un voyage qui sonne comme un avertissement. En effet, juste après son retour, ses enseignants lui conseillent de réduire ses entrainements intensifs et quotidiens, car ses études sont en jeu.

Des paroles vaines pour ses parents qui l’ont toujours soutenue sans condition. «L’école sera toujours là, mais si le plongeon est une possibilité aujourd’hui, il ne le sera peut-être pas demain» explique-t-elle en reprenant les paroles de ses parents.

Jennifer Abel présente quelques-unes de ses médailles du championnats du monde 2017

Jennifer Abel avec quelques-unes de ses médailles gagnées lors des Championnats du monde 2017. Crédit : Courtoisie – Jennifer Abel

Il lui a donc fallu trouver un compromis avec son établissement scolaire pour continuer à étudier tout en préservant son amour et sa passion pour le plongeon. «Quand j’étais dans l’eau, je ne me posais aucune question. Je n’avais aucun doute sur qui j’étais.» C’est en haut du tremplin qu’elle a forgé son identité.

Puis, trois ans plus tard, son entraineur l’invite à faire davantage de sacrifices dans l’espoir qu’elle puisse participer, à l’âge de 16 ans, aux Jeux olympiques (JO) de 2008.

Le début de son parcours olympique

Alors qu’elle participait toujours aux compétitions nationales dans la catégorie junior, l’objectif des JO 2008 lui paraissait impossible. Raisonnable, elle se voyait plutôt gravir un podium en 2012. «Je n’avais aucune expérience sur la scène internationale» dit Jennifer Abel.

«Je n’avais aucune expérience sur la scène internationale» Jennifer Abel.

Sous l’influence de son entraineur et avec le soutien de ses parents, elle se lance malgré tout dans l’aventure. À seulement 16 ans, elle se qualifie pourtant pour Pékin. «Quand j’ai mis les pieds sur la piscine et que j’ai vu les anneaux olympiques partout, je me suis mis à pleurer!» Elle est alors la plus jeune plongeuse de l’équipe nationale canadienne.

Jennifer Abel Portrait

Jennifer Abel, tout sourire. Crédit : Courtoisie – Jennifer Abel

Malgré ses difficultés scolaires, ses sacrifices ont finalement porté leurs fruits. «J’étais épuisée, mais j’ai atteint mon objectif» dit fièrement Jennifer Abel aux passionnés qui l’écoutent.

Après la Chine, la nouvelle olympienne se plonge corps et âme dans sa carrière professionnelle. Elle enchaine alors  les compétitions. Championnats du monde, coupes du monde, Jeux panaméricains et Jeux du Commonwealth sont des immanquables et sa présence dans l’équipe nationale, une évidence. Elle cumule d’ailleurs les médailles.

Plonger la tête la première 

En 2012, à Londres, elle participe pour la première fois aux épreuves de plongeon synchronisé avec sa nouvelle partenaire Émilie Heymans. Déjà trois fois médaillée aux JO, Émilie Heymans courait la chance de devenir la première Canadienne à remporter quatre médailles lors de quatre Jeux olympiques consécutifs. «J’ai vraiment fait cette compétition pour elle et à l’opportunité qu’elle allait avoir» raconte Jennifer Abel.

Pari réussi! La médaille de bronze leur tend les bras lors de l’épreuve du tremplin de 3 m synchronisé. Jennifer Abel avoue être encore surprise qu’à 21 ans, «j’avais réalisé mes deux objectifs de vie : devenir olympienne et devenir médaillée olympique». Elle se donne alors un nouvel objectif pour les JO de Rio en 2016, soit de «revenir à la maison avec deux médailles».

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Malheureusement, deux mois avant ces Jeux, Jennifer Abel subit la première blessure de sa carrière. Elle ne pouvait plus marcher, encore moins s’entrainer. Malgré un mois de rééducation intensive, son retour a été chaotique à cause de nombreuses douleurs, du dos jusque dans la plante des pieds.

Résiliente, elle établit un protocole médical avec ses médecins pour finalement être à Rio. Elle termine quatrième au tremplin de 3 m individuel et synchronisé. «Ces deux quatrièmes places m’ont vraiment brisé le cœur. J’ai perdu l’amour pour mon sport et je ne me reconnaissais plus.»

Une nouvelle partenaire sur le tremplin

Pour les Jeux olympiques de 2020, Jennifer Abel plonge avec sa nouvelle partenaire Mélissa Citrini-Beaulieu. Jennifer est reconnaissante envers Mélissa qui l’a aidée à retrouver ses sensations et ses émotions pour ce sport qui lui paraissait désormais si loin.

Une fois de plus, grâce à son travail acharné, Jennifer Abel se sent de nouveau invincible à l’approche des JO de Tokyo. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter, mais la pandémie de COVID-19 en a décidé autrement.

Obligée de s’isoler pendant trois mois, l’athlète se découvre une nouvelle passion pour sa famille. Pour la première fois, plutôt que de s’entrainer, Jennifer passe l’intégralité de ses journées avec sa belle-fille et l’accompagne durant ses cours de deuxième année. Un bonheur qu’elle ne peut oublier.

Jennifer Abel, heureuse de montrer sa médaille d'or obtenue aux Jeux du Commonwealth 2018

Jennifer Abel, heureuse de montrer sa médaille d’or obtenue aux Jeux du Commonwealth 2018. Crédit : Courtoisie – Diving Plongeon Canada

Malgré le manque d’entrainement et les défis posés par la pandémie de COVID-19, elle participe tout de même aux JO de Tokyo qui ont finalement eu lieu l’été dernier. Pendant ceux-ci, elle était la mentore de sa jeune et enthousiaste partenaire, Mélissa Citrini-Beaulieu, qui participait à ses premiers JO.

Elles ont rapporté une belle médaille d’argent en plongeon synchronisé. Pour Jennifer Abel, «cette médaille représente la résilience, mais surtout aussi l’amour». Elle a pu ainsi terminer ces Jeux olympiques avec le sourire.

«J’étais enfin prête à raccrocher définitivement mon costume» conclut Jennifer Abel, heureuse d’avoir retrouvé l’amour pour ce sport qui lui a tant donné. En novembre 2021, elle a annoncé sa retraite sportive définitive.

Jennifer Abel et son fiancé, le boxeur David Lemieux, attendent leur premier bébé pour le printemps 2022, «un beau cadeau qui m’est tombé du ciel, qui va définitivement prendre le restant de ma vie».

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