Jérôme Melançon: un chroniqueur confus?

Écrit par : Le Franco

16 janvier 2023

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Manifestants lors du «Convoi de la liberté» en janvier 2022. Crédit : Inès Lombardo - Francopresse
Ces pages sont les vôtres. Le Franco permet à ses lecteurs de prendre la parole pour exprimer leur opinion. Cette semaine, ​​Sylvain Lacroix, supporteur de la Loi sur la souveraineté de l’Alberta (LSA), répond à la chronique La croissance de l’extrême droite au Canada de Jérôme Melançon publiée dans nos pages le 27 octobre dernier.

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Dans la dernière édition du journal Le Franco, le chroniqueur Jérôme Melançon (Franco.Presse) affirme que les manifestations de l’hiver 2022 à Ottawa étaient l’expression d’un mouvement antidémocratique mondial qui s’enracinerait au Canada. Sa thèse est infondée.

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Selon Melançon, les journalistes auraient préféré rapporter les propos de manifestants qui s’opposaient aux mesures sanitaires au lieu de mettre en lumière quelques organisateurs, soi-disant extrémistes, qui auraient eu pour objectif de remplacer le gouvernement.

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En réalité, le Convoi de la liberté a pris naissance à cause de mesures sanitaires qui ne faisaient plus de sens lorsque débutait la fin de la pandémie. En forçant la vaccination par des moyens coercitifs, les gouvernements ont soulevé les passions.

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Plusieurs citoyens ne comprenaient pas pourquoi ils perdaient des garanties de droits et libertés qu’ils croyaient incluses dans les chartes en devant se faire vacciner pour continuer à travailler. Faire perdre leurs emplois aux camionneurs a été la goutte qui a fait déborder le vase.

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Quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux étaient déjà vaccinés lorsque la mesure est entrée en vigueur et les autres ont eu le sentiment qu’on s’acharnait sur eux. Plusieurs ont commencé à soupçonner d’autres motifs aux actions gouvernementales allant du simple intérêt politique partisan (les électeurs progressistes appuyant davantage les mesures sanitaires que les électeurs conservateurs) à une douce dérive autoritaire. Le port obligatoire du masque, lorsque ce n’était plus absolument nécessaire, a été perçu comme un symbole d’oppression.

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Jérôme Melançon. Crédit : Courtoisie

Jérôme Melançon. Crédit : Courtoisie

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Si les gouvernements s’étaient le moindrement souciés de préserver la cohésion sociale, les mesures sanitaires auraient été ajustées pour trouver un compromis et les manifestations n’auraient pas eu lieu.

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Les foules qui se rassemblaient au passage des camions vers Ottawa et les manifestants qui scandaient des slogans de liberté devant le Parlement étaient pacifiques. Les journalistes ont correctement effectué leur travail de présenter les demandes des camionneurs, ainsi que les anicroches qui sont survenues sur le site.

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À preuve, la couverture journalistique concordait avec les messages de l’équipe des communications du convoi des camionneurs, qui diffusait régulièrement des vidéos sur YouTube concernant leurs demandes, leurs états d’esprit et leurs conditions physiques. Les médias sociaux ont permis aux intéressés de recevoir de l’information supplémentaire directement de la bouche des gens sur le terrain sans avoir à passer par le filtre journalistique.

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Des équipes de volontaires en sécurité excluaient les perturbateurs venus avec des symboles haineux ou des comportements violents. Le matériel visuel toléré par les organisateurs visait uniquement les mesures sanitaires des gouvernements avec des slogans tels que «fin aux mandats, Mon corps mon choix et Merci aux camionneurs».

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Le large appui financier fourni par un grand nombre de donateurs démontre que le mouvement avait une portée très vaste. Plusieurs citoyens partageant le sentiment d’insatisfaction des manifestants se sentaient interpellés à contribuer financièrement au convoi. Les sites web pour recevoir les dons étaient remplis de slogans sur les mesures sanitaires, ce qui n’a rien à voir avec le fascisme.

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Si des doutes sur l’idéologie des manifestants persistaient, l’article de La Presse intitulé Joël Lightbound dénonce la vaccination obligatoire aurait dû dissiper toute ambiguïté. Le député de Justin Trudeau a déclaré «qu’il est plus que temps qu’on arrête de diviser la population, qu’on arrête de monter une partie de la population contre une autre». Peut-être que Jérôme Melançon pourrait nous expliquer s’il faut croire qu’une frange du Parti libéral joue aussi le jeu d’un mouvement fasciste au Canada?

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Selon Radio-Canada, Pat Morris, le commandant du Bureau du renseignement de la Police provinciale de l’Ontario, a repoussé des demandes de vérifications des antécédents qui ne relevaient pas de son mandat légal, car elles provenaient de «personnalités» politiques qui ciblaient des manifestants qui n’étaient pas engagés dans des activités criminelles.

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Selon le commandant, les manifestants avaient le droit de s’opposer à la politique gouvernementale et de manifester. Il a précisé : «ce n’est pas un mouvement extrémiste composé d’extrémistes violents à caractère idéologique (EVCI) […] – bien que les événements attirent des éléments imprévisibles et extrêmes. L’absence absolue d’activité criminelle à travers le Canada et le nombre minimal de crimes violents tout au long de l’événement le prouvent». Est-ce que Jérôme Melançon croit vraiment que des fascistes ont infiltré le commandement de la police en Ontario?

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Un des principes du libéralisme est d’accepter l’opinion de l’autre sans nécessairement être en accord. Les politiciens conservateurs sont à l’écoute du peuple comme cela doit se faire en démocratie. Le gouvernement de Danielle Smith, composé d’élus de l’Assemblée législative de l’Alberta, a la pleine légitimité démocratique des urnes et n’a rien à voir avec le dictateur Mussolini.

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Il faut être complètement déconnecté de la réalité pour associer la leader albertaine au fascisme. Ce que Melançon nous dit dans le fond, c’est que la démocratie, c’est bien en autant que les idées mises de l’avant soient celles qui lui conviennent. Cela révèle son refus de la dissidence. En associant les leaders conservateurs au fascisme, il tente de les délégitimiser en les diabolisant. En fait, c’est lui qui est antidémocratique.

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On peut accuser les camionneurs d’avoir été bruyants et dérangeants, en plus d’avoir causé des pertes économiques, mais les associer à la violence et à la terreur est farfelu

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