Les jeunes francophones quittent eux aussi l’Alberta

Écrit par : Chloé Liberge

28 avril 2022

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Ahdithya Visweswaran, étudiant au Campus Saint-Jean, n'est pas surpris des résultats de cette étude. / Martin Kreiner, un Franco-Albertain installé à Ottawa depuis l’automne. / Fatou Wade, conseillère en carrière du programme JET d’Accès Emploi depuis novembre 2021. Crédit : Courtoisie
Réputée pour la beauté de ses paysages, l’Alberta ne fait plus autant rêver les jeunes qu’auparavant. Des centres urbains appauvris culturellement, une politique jugée trop conservatrice, un manque d’occasions professionnelles et postsecondaires, les raisons ne manquent pas pour aller voir ailleurs ce qui se passe.

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Chloé Liberge
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Une étude de la Canada West Foundation publiée en mars 2022 donne un bilan inédit. «Pour la première fois depuis 1988, plus de jeunes âgés de 15 à 29 ans ont quitté la province.» Ce mouvement a débuté en 2016. Et les résultats ne s’arrêtent pas là. En 2021, la population âgée de 25 à 29 ans était 9% inférieure à celle de 2016. Un chiffre qui s’explique par un vieillissement général de la population et une migration des jeunes vers les grandes métropoles.

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Ahdithya Visweswaran envisage lui-même ce départ. Cet étudiant de 21 ans au Campus Saint-Jean n’est pas étonné des résultats de ce rapport. Malgré les activités culturelles proposées à Edmonton, «il n’y en a pas tant que ça quand on compare avec d’autres villes comme Toronto ou Montréal».

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La Canada West Foundation explique également dans son étude que l’identité de nombreux jeunes est liée à l’endroit où ils vivent. Ahdithya Visweswaran fait partie de ces jeunes francophones qui s’interrogent. «Pour le moment, j’ai envie de quitter la province pour faire mes études supérieures ailleurs, car il n’y a pas assez d’opportunités et de programmes pour étudier en français.»

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«J’ai envie de quitter la province pour faire mes études supérieures ailleurs.» Ahdithya Visweswaran

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Et il n’est pas le seul. Martin Kreiner, Franco-Albertain de 24 ans, a étudié à l’Université d’Alberta dans un programme de design. Malgré quelques cours d’option en français, l’offre de programmes ne lui semble pas assez diversifiée. «Lorsqu’on est en situation minoritaire et que l’on veut sortir des sciences, des arts et de l’éducation de base, il faut souvent se déplacer.»

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Trouver du travail en français, une tâche qui peut s’avérer compliquée

Avant de partir à Ottawa rejoindre sa fiancée, Martin Kreiner a travaillé un an au Campus Saint-Jean comme agent de marketing. Il témoigne, «trouver un emploi qui était pertinent à mes études et à mon expérience, c’était difficile».

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«Trouver un emploi qui était pertinent à mes études et à mon expérience, c’était difficile.» Martin Kreiner

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Pourtant, il existe des solutions pour aider les jeunes francophones à s’insérer dans le marché du travail albertain. Le programme JET (Jeunes-Éducation-Travail) d’Accès Emploi en est un exemple. Le centre aide à mettre en relation les chercheurs d’emploi de 15-30 ans et les employeurs. Depuis deux ans, grâce à JET, Accès Emploi a accompagné une centaine de jeunes à trouver du travail à Edmonton.

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En raison de ce succès, le programme a vu le jour à Calgary en novembre dernier. Fatou Wade, la conseillère en carrière, a déjà aidé une dizaine de jeunes Calgariens à trouver du travail en informatique, en éducation ou dans la restauration. Pour elle, les jeunes professionnels francophones sont sollicités. «Moi, j’adore travailler avec les jeunes parce que j’adore apprendre avec eux», dit-elle, avec joie. Elle affirme aussi que les employeurs avec qui elle travaille veulent leur donner leur chance.

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L’Alberta offre peu d’avenir professionnel aux jeunes francophones

Malgré cette demande des employeurs pour recruter de jeunes francophones, ces derniers ne répondent pas toujours présents. Fatou Wade l’affirme, «le ressenti que j’ai des jeunes, c’est qu’il cherche un travail de qualité, ils ne veulent pas de survivor job», soit un travail alimentaire sans perspective de carrière.

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Martin Kreiner ajoute que l’évolution professionnelle ne peut pas se faire au sein d’une même institution. «Du fait qu’il y a moins d’organismes francophones en Alberta, c’est un défi de plus.» Installé dans la capitale nationale depuis l’automne dernier, il affirme qu’il a plus d’occasions de travailler en français à Ottawa qu’en Alberta.

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Ainsi, la jeunesse franco-albertaine souhaite avoir plus d’occasions professionnelles et éducatives en français. Ahdithya Visweswaran le confirme, «je pense que c’est quelque chose que les jeunes francophones apprécieraient et cela les amènerait peut-être à considérer rester dans la province».

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La Canada West Foundation est un groupe de réflexion sur les politiques qui façonnent le Canada, plus particulièrement les provinces de l’Ouest. Ses recherches fondées sur des données probantes lui permettent de proposer des solutions aux défis auxquels ces provinces sont confrontées. Pour en savoir plus : cwf.ca

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