«…Nos mains inanimées vous tendent le flambeau», disent-ils

Écrit par : Le Franco

11 novembre 2022

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La statue à Griesbach. Crédit : Kaylie Murangwa
La rubrique de Kaylie : À vous la jeunesse! par Kaylie Murangwa

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Le jour du Souvenir : on se souvient

Après une semaine d’école fatigante, rien n’est plus agréable que de profiter de l’air vif de l’automne. Je suis allée faire une marche, errant sans destination spécifique, et il n’a pas fallu longtemps pour que j’aie une précieuse historique mondiale sous mes pieds.

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Je me trouve dans le quartier Griesbach, regardant une statue d’un homme sur un cheval. Sur la plaque, le nom du major-général William Antrobus Griesbach est cité parmi d’autres. Je m’informe. Cet homme a vécu une vie tout à fait intéressante. Il a notamment joué «un rôle clé dans la création d’une unité de cavalerie de milice basée à Edmonton appelée le Loyal Edmonton Regiment». Il était aussi commandant des bataillons durant la Première Guerre mondiale. Une carrière militaire exemplaire suivie d’une autre en politique puisqu’il est devenu, plus tard, maire d’Edmonton.

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Fait intéressant, ce quartier à l’époque fournissait aussi des logements au personnel militaire.

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Mais «ça fait longtemps! Pourquoi je m’en soucierais?»

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Je continue ma marche, le vent frais et le son des crevasses de neige m’accompagnent pour les prochains mètres. Je n’ai pas tardé à être fatiguée et j’ai décidé de faire une pause.

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Je m’assois sur un banc et j’admire le lac sans fond qui est devant moi. Le lac Patricia est, lui aussi, dédié à la mémoire militaire, plus précisément à ceux qui ont perdu la vie en servant dans le bataillon de l’infanterie Princess Patricia’s Canadian Light au courant des 100 dernières années.

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Ce fait m’emmène dans une réflexion profonde sur la guerre. Cette dernière est associée à la mort, au deuil, à la destruction, à la faim, aux orphelins et à la séparation familiale. Ce phénomène que nous entendons de l’extérieur, raconté par des journalistes, est quelque chose qui semble ne pas nous affecter. Bien sûr, nous avons un sentiment de sympathie envers les victimes, mais il disparaît lorsque nous nous rappelons que nous avons nos propres luttes, pourtant incomparables.

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L’expérience de la rencontre la plus proche avec la guerre serait d’entendre les témoignages des survivants ou de lire des descriptions dans les livres d’histoire, qui apportent une déconnexion progressive à travers le temps.

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«Pourquoi les soldats risquent-ils volontiers leur vie pour aller à la guerre? Pourquoi?»

J’ai été soudainement réveillée dans mes pensées avec le changement de rythme sous mes pieds. Je n’avais même pas réalisé que je traversais un pont «Bailey» conçu initialement pour un usage militaire. Ils étaient «préfabriqués et portatifs» et présents sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale. Je suis surprise d’apprendre que le Corps du génie royal canadien a conçu et développé le plus long pont Bailey jamais construit, 558 mètres!

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Ces ponts aidaient les forces alliées à avancer rapidement contre les positions nazies. C’est en y réfléchissant que je me demande quelles ont été les raisons de tels sacrifices faits par ces militaires canadiens qui se sont enrôlés.

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«Des hommes et des femmes se sont enrôlés, motivés par différentes raisons que ce soit le patriotisme, les croyances idéologiques, la tradition familiale, la quête d’aventure ou tout simplement pour obtenir un emploi. Ils ont épaulé l’effort de guerre du Canada, car ils étaient prêts à se battre, à soigner les blessés, à préparer le matériel de guerre et à fournir le soutien économique et moral nécessaire», peut-on lire sur le site du gouvernement du Canada.

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«Ils savaient ce qui les attendait, mais un grand nombre n’est pas rentré.»

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Ils savaient ce qui les attendait, mais un grand nombre n’est pas rentré. Je reprends ma route et m’arrête devant un jardin de coquelicots terni par l’automne. Là se trouve une plaque avec un poème intitulé Les cimetières flamands écrit par le lieutenant-colonel John McCrae :

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Sous les rouges coquelicots des cimetières flamands,
Qui parmi les rangées de croix bougent dans le vent,
Nous sommes enterrés. Et dans le bleu des cieux,
Les alouettes encore lancent leur cri courageux
Que plus personne n’entend sous le bruit des canons.
Cette strophe poétique imagée fait appel à ma mélancolie. Je me souviens de Robert Batey, qui avait 14 ans lorsqu’il a fait un voyage outremer pour se battre sur le front occidental. «Il a été porté disparu pendant la bataille de la Somme en septembre 1916, trois mois seulement après son 15e anniversaire.» Son nom se trouve parmi les quelque 11 000 noms qui sont gravés sur les murs de pierre du Mémorial national du Canada à Vimy, en France. Je me souviens aussi de l’arrière-grand-père de mon amie Océane, qui était un militaire qui s’est sévèrement blessé durant la Première Guerre mondiale, en France.

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Cent mille Canadiens sont morts et 225 000 ont été blessés pendant la Première Guerre mondiale et lors des conflits qui ont suivi, mais leurs histoires sont uniques. Certains ont eu la chance de survivre pour partager leur histoire, tandis que d’autres sont commémorés chaque 11 novembre.

Le poème de John McCrae, In Flanders Fields. Crédit : Kaylie Murangwa

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Le jour du Souvenir, quand nous nous levons et inclinons nos têtes pour un moment de silence, nous faisons plus que nous souvenir, nous œuvrons pour la paix. Nous pensons à ceux qui ont défendu la liberté, notamment dans les Première (1914-1918) et Deuxième Guerres mondiales (1939-1945) et lors de la Guerre de Corée (1950-1953).

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«Le jour du Souvenir, quand nous nous levons et inclinons nos têtes pour un moment de silence, nous faisons plus que nous souvenir, nous œuvrons pour la paix.»

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Le coquelicot a grandi près des tombeaux des soldats où la terre était remuée par les combats et les bombardements. Je contemple le coquelicot qui «transmet le message durable que la guerre demeure le dernier recours pour régler des conflits entre les nations et que nous ne devrions jamais oublier ceux qui ont servi notre pays».

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Je prends la route pour retourner chez moi, cependant je ne peux m’empêcher de penser à la dernière strophe du poème.

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Nos mains inanimées vous tendent le flambeau :
C’est à vous, à présent, de le tenir bien haut,
De contre l’ennemi reprendre la querelle.
Si vous ne partagez des morts la foi rebelle,
Nos corps ne pourront pas dormir paisiblement
Sous les rouges coquelicots des cimetières flamands.

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À qui s’adresse ce message? À nous, les jeunes?
Nous nous souviendrons d’eux à jamais.

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