Une journée de commémoration émouvante à Kamloops

Écrit par : Le Franco

12 juin 2022

Mots-clés :
La gouverneure générale parle de colonialisme et d'assimilation. Elle prononce timidement une seule phrase en français : «Nous ne pouvons pas laisser ceci se reproduire». Crédit : Simon-Pierre Poulin
Texte d’opinion – Suzanne de Courville Nicol
Suzanne de Courville Nicol est une militante de longue date pour l’éducation en français et pour la reconnaissance de l’importance des langues officielles du Canada et de la dualité linguistique par le biais d’initiatives communautaires uniques et inclusives qu’elle organise de 2012 à 2017 à Calgary. Rendue à Kamloops (Colombie-Britannique), elle fait même la promotion du journal Le Franco auprès du député fédéral Frank Caputo. Depuis 1984, elle se consacre tout particulièrement à combler le fossé entre les citoyens francophones et anglophones de l’Ouest canadien. Elle offre bénévolement son temps et son expertise à l’échelle locale, provinciale et nationale. Elle est aussi récipiendaire de la Médaille du souverain pour bénévoles, du prix Stars of Alberta (catégorie «aînés bénévoles») et a été intronisée à l’Ordre des francophones d’Amériques en 2019.

Le territoire de la réserve de Kamloops a été établi en 1862 sous la direction du gouverneur James Douglas. Elle est située à l’est de la rivière Thompson Nord et au nord de la rivière Thompson Sud, à proximité de la ville de Kamloops.

Le mot Kamloops est la traduction anglaise du mot Shuswap Tk’emlúps qui signifie «là où les rivières se rencontrent» et a été pendant des siècles le lieu de résidence des Tk’emlupsemc, «les gens du confluent».

En lien parallèle, Moh’kins’tsis, aujourd’hui Calgary, est le nom donné par les Siksika (Pieds-Noirs), qui signifie « rencontre des eaux », pour les rivières Elbow/Bow. Rouleauville se situe au confluent des rivières Bow et Elbow.

En mai 2021, la Rosanne Casimir, cheffe/Kúkpi7 des Tk’emlups te Secwepemc avait eu la tâche ardue d’annoncer la découverte macabre des restes de 215 enfants entassés et cachés dans une immense sépulture souterraine, creusée en pleine face de l’ancien pensionnat autochtone, Kamloops Residential School, en Colombie-Britannique.

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Quelle horreur! Quelle honte nationale, alors que d’autres découvertes déchirantes s’annonçaient ailleurs au Canada!

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Un an plus tard, le 23 mai dernier, une cérémonie débordante de tristesse, mais aussi d’espoir, a eu lieu à l’ancien pensionnat de Kamloops. Celle-ci marquait le premier anniversaire de la découverte de plus de 215 tombes d’enfants, certains âgés d’à peine trois ans.

Se recueillir dès l’aube pour une journée de prières

À 5h du matin, au lever du soleil, certains se sont rassemblés pour une cérémonie privée afin de débuter la journée. Mais c’est à 9h, sur le site Tk’emlups te Secwepemc Pow Wow Arbour que les déclarations d’ouverture et les prières débutaient officiellement cette cérémonie ouverte au grand public.

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Que d’émotions!

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Suzanne de Courvil-Nicol présente son livre Rouleauville, the Cradle of Calgary, Pre-1899 to 1907 and Beyond, à Rosanne Casimir, la cheffe/Kúkpi7 des Tk’emlups te Secwepemc. Crédit : Courtoisie

Suzanne de Courvil-Nicol présente son livre Rouleauville, the Cradle of Calgary, Pre-1899 to 1907 and Beyond, à Rosanne Casimir, la cheffe/Kúkpi7 des Tk’emlups te Secwepemc. Crédit : Courtoisie

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Toujours dévouée à la visibilité francophone et à la sensibilisation des élus à notre histoire en toute occasion, en tant que présidente et fondatrice du Bureau de visibilité de Calgary (BVC), je participais à cet événement significatif.

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Le destin, ou une puissance supérieure, a voulu que je me retrouve tout à fait en avant, à quelques pas de la table des dignitaires. Mon but? Remettre en mains propres à son Excellence Mary Simon, gouverneure générale du Canada, une copie de notre livre historique, cette riche ressource éducative, Rouleauville, the Cradle of Calgary, Pre-1899 to 1907 and Beyond, dont le contenu inclut un grand nombre de pages concernant les Premières Nations et les Métis, en commençant avec l’Ile de la Tortue.

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Qu’est-ce que cela a à voir avec Kamloops, me demanderez-vous?

Le juge Charles-Borromée Rouleau a des racines ici aussi! Voilà pourquoi j’ai récemment présenté une copie de notre livre à notre député fédéral Frank Caputo et, encore plus récemment, le 20 mai dernier à Rosanne Casimir, la Kúkpi7 des Tk’emlups te Secwepemc.

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Cette grande dame m’a accueillie comme un membre de la famille, sur le terrain sacré de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops. J’en ai encore des frissons. Évidemment, tous les plans étaient déjà confirmés pour la journée du 23 mai, mais comme j’ai l’habitude de le faire, j’ai pris mon courage à deux mains.

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Suzanne de Courville Nicol et Frank Caputo, député fédéral de Kamloops-Thompson-Cariboo. Crédit : Courtoisie

Suzanne de Courville Nicol et Frank Caputo, député fédéral de Kamloops-Thompson-Cariboo. Crédit : Courtoisie

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Vêtue de mon précieux manteau métis, de mon bâton de marche spirituel fabriqué à mon attention par des amis métis de Calgary et, bien sûr, de mon sac et de ma ceinture fléchée patrimoniale franco-albertaine, je me suis rendue au terrain du pow-wow. J’espérais avoir un petit moment avec Son Excellence Mary Simon, gouverneure générale du Canada, afin de lui remettre une copie de notre livre.

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Le strict protocole ne l’a pas permis, mais son aide de camp en chef a eu la gentillesse de le recevoir pour Mme Simon et je sais que le livre est bien rendu au bureau de Son Excellence.

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Déception et espoir dans la venue du pape

La Kúkpi7 Casimir a fait preuve de sa générosité et de son esprit d’État par son allocution. «Mon espoir est celui de la réconciliation», a-t-elle dit. «Et je vais m’accrocher à cet espoir. Et que les réparations soient mandatées par les plus hauts niveaux et que les dirigeants, et tout le monde, participent à ce processus. Je partage avec vous ma déception. Je suis déçue que le pape ne vienne pas ici. Je le suis vraiment. J’ai plaidé très fort. Mais ce qui ne me déçoit pas, c’est qu’il vienne au Canada, qu’il soit sur le sol canadien. Il va rencontrer un grand nombre de nos peuples autochtones au cours de ses déplacements dans le pays.»

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«Cela n’aurait pas dû prendre autant de temps», a déclaré la gouverneure générale à propos de la découverte des tombes, il y a un an. «Mais enfin, les gens le savent et le fait de savoir a transformé cette communauté. Les gens ont fait des pèlerinages ici pour présenter leurs respects, pour dire qu’ils sont désolés, pour montrer leur soutien.»

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«Au nom de tous les Canadiens, je vous présente mes plus sincères condoléances», a-t-elle déclaré. «Nous sommes en deuil avec vous. Nous sommes à vos côtés. Nous vous croyons.»

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Kamloops Residential School était le plus grand pensionnat autochtone au Canada. Crédit : Simon-Pierre Poulin

Kamloops Residential School était le plus grand pensionnat autochtone au Canada. Crédit : Simon-Pierre Poulin

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Les tambours ont battu leur plein et les voix ont rugi, la mienne aussi, emportée par la puissance spirituelle de cette cérémonie, alors que les participants hurlaient des chants de cris de cœur traditionnels autochtones dans cette voute du pow-wow à la mémoire des disparus – Le Estcwicwéy.

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À la suite des discours des dignitaires, j’ai cru bon de rentrer tranquillement à la maison pour reprendre mon souffle, pour me recueillir dans mes pensées, alors que la cérémonie se poursuivait toute la journée.

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Kamloops Residential School était le plus grand pensionnat autochtone au Canada avec jusqu’à 500 élèves inscrits et le fréquentant à tout moment dans les années 1950. Fondé en 1890, l’établissement fonctionne jusqu’en 1969, année où les autorités catholiques le cèdent au gouvernement fédéral pour le transformer en école de jour. Il ferme ses portes en 1978.
En mai dernier, la Kúkpi7 Rosanne Casimir a déclaré qu’un expert en sépultures de guerre, en utilisant un radar pénétrant dans le sol, a trouvé ce que l’on croit être les restes de 215 personnes enterrées dans un site non marqué de l’ancien pensionnat.

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