Une journée pour apprendre collectivement à agir individuellement

Écrit par : Vienna Doell

18 octobre 2022

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(De gauche à droite) Whitney Malaba, Sandra Sadek et Samya Gatore du comité de culture et de diversité de l'école Maurice-Lavallée. Crédit : Vienna Doell
À l’école Maurice-Lavallée, à Edmonton, les enseignants ont fait appel à Lise Nepton, une femme autochtone innue, pour accompagner les élèves dans une démarche de sensibilisation et de compréhension lors de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre dernier. Au programme, vulgarisation et sensibilisation par l’art aux 94 appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation.

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Vienna Doell
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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«On vient juste de commencer l’année scolaire», souligne Marie-Claude Laroche, directrice de l’école secondaire Maurice-Lavallée, tout en signalant que cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation si importante n’est pas facile à gérer.

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En tant qu’établissement scolaire catholique francophone, les enseignants doivent trouver un équilibre dans leur approche pédagogique quant à l’histoire des écoles résidentielles et les derniers faits dramatiques qui les concernent. Mais la directrice ne semble pas inquiète. «Il faut séparer la foi de ce que les personnes ont fait», explique Marie-Claude, faisant référence à celles et ceux qui ont instauré et dirigé les pensionnats autochtones. Selon elle, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation «se fait dans le but d’éduquer et non de juger».

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«Il faut séparer la foi de ce que les personnes ont fait.» Marie-Claude Laroche

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D’ailleurs, elle insiste sur le rôle essentiel de l’école dans l’enseignement de cette partie de l’histoire, «cela fait plusieurs années qu’on sensibilise les élèves». Elle continue, «on a beaucoup informé dans le passé», alors cette année, la sensibilisation porte sur les 94 appels à l’action. Ceux-ci ont été lancés par la Commission de vérité et de réconciliation afin d’agir et de remédier aux séquelles laissées par le système des pensionnats au Canada.

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L’accent est mis sur la reconnaissance «des actions que l’on peut poser et celles que l’on ne devrait pas poser», explique Marie-Claude Laroche.

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La pédagogie passe par la vulgarisation

Dans le gymnase, une œuvre d’art de grande taille représentant un aigle très coloré fait face aux bancs des élèves. L’aigle protège ses plumes qui contiennent des messages manuscrits liés aux 94 appels à l’action.

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L’aigle et ses plumes revendicatrices créés par les élèves de 10e à 12e année de l’école Maurice-Lavallée. Crédit : Vienna Doell

L’aigle et ses plumes revendicatrices créés par les élèves de 10e à 12e année de l’école Maurice-Lavallée. Crédit : Vienna Doell

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Rédigés par les élèves, ces messages leur ont demandé une recherche préalable. Ils ont été accompagnés dans leur démarche par le corps enseignant. Ensuite, chaque classe a choisi une «recommandation qui leur parlait et ils l’ont mise dans leurs mots» afin de vulgariser le message à promouvoir.

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Un tambour traditionnel peint par Sophie Kurness, une artiste innues, qui représente la vérité et la réconciliation pour les personnes innues, selon Lise Nepton. Crédit : Vienna Doell

Un tambour traditionnel peint par Sophie Kurness, une artiste innues, qui représente la vérité et la réconciliation pour les personnes innues, selon Lise Nepton. Crédit : Vienna Doell

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Cette vulgarisation par l’art visuel est une première. Les années précédentes, «on a eu des activités entre les élèves et les enseignants», explique Marie-Claude Laroche. Cette idée leur a été soufflée sur les recommandations de Lise Nepton, une ancienne enseignante de l’école aujourd’hui facilitatrice francophone dans les écoles albertaines sur les enjeux touchant aux Premières Nations, aux Métis et aux Inuits.

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Un message à préciser, des actions à valider

Lise Nepton travaille, entre autres, avec l’Alberta Teachers’ Association comme facilitatrice d’ateliers de perfectionnement professionnel pour les enseignants. Lors de sa présence dans les écoles, elle a entendu beaucoup d’enseignants signaler la difficulté pédagogique de traiter des questions et sujets autochtones. «On ne sait plus quoi dire, on ne sait plus quoi faire», raconte la facilitatrice née innue. Elle a alors réalisé la nécessité de mettre en place des initiatives pour résoudre ces problématiques et de devenir une intermédiaire entre les jeunes, les enseignants et l’histoire. «Si je ne le fais pas…[qui] va faire le pont?»

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Lise Nepton, facilitatrice de la présentation organisée dans le cadre de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation à l’école Maurice-Lavallée. Crédit : Vienna Doell

Lise Nepton, facilitatrice de la présentation organisée dans le cadre de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation à l’école Maurice-Lavallée. Crédit : Vienna Doell

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Au cours de sa présentation aux élèves, elle ne s’est pas seulement exprimée sur les 94 appels à l’action. Elle a aussi partagé avec son jeune public ses propres expériences liées à son appartenance au peuple innu. Selon Lise, parler de soi-même, c’est une manière de se reconnecter avec ses origines et d’informer les élèves.

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C’est aussi peut-être la première fois que certains élèves de Maurice-Lavallée entendent le son d’un tambour et vivent une cérémonie de purification. Whitney Malaba, une jeune participante, «a aimé comment elle [Lise] a pris des aspects de sa culture et s’est orientée vers le futur».

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Ce que les jeunes ont retenu

D’autres élèves ont eu à cœur de participer à la présentation de la Lise. Samya Gatore, Sandra Sadek et Whitney Malaba font partie du Comité de culture et de diversité de l’école Maurice-Lavallée. En plus de cette journée fondamentale où les chandails oranges sont devenus très symboliques, Whitney, comme ses camarades, était heureuse que le comité ait insisté pour la mise en place de ce «concept de l’aigle […] et puis de l’inviter». Elles ont toutes les trois trouvé la présentation inspirante.

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Quant aux écoles résidentielles, il semblerait que le sujet devrait être plus souvent cité «parce que je ne pense pas que les gens parlent assez des écoles résidentielles», recommande Sandra. De son côté, Samya invoque un aspect très important de la réconciliation, le collectivisme. «On doit penser à tout le monde et à l’avenir, pas juste à soi-même.»

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«Je ne pense pas que les gens parlent assez des écoles résidentielles.» Samya Gatore

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Finalement, cette journée a sans aucun doute ouvert les yeux des élèves sur «leur rôle à jouer, de tous les jours, de tous les instants», conclut Marie-Claude Laroche.

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École Maurice-Lavallée : ml.centrenord.ab.ca

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