Juliette Champagne sur les traces d’un géant

Écrit par : Mélodie Charest

31 mars 2021

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Les lettres du père Hippolyte Beillevaire forment « une épopée qui raconte toute l’évolution de l’Ouest ». Juliette Champagne, historienne franco-albertaine, a décidé de collecter et de traduire, du français à l’anglais, sa correspondance de lettres qui couvre 37 ans de la vie du fondateur de la paroisse Saint-François Xavier à Camrose, une période qui s’échelonne de son arrivée dans le Nouveau Monde à son décès.

Le Père Beillevaire avec James Laboucane et son fils Thoby. Crédit : courtoisie Juliette Champagne

« Il n’était pas de haute taille, mais il était généreux. Je le considère comme un géant ». C’est par cette tendre description que l’historienne franco-albertaine décrit le Père Hippolyte Beillevaire. Un géant qui a laissé un travail gigantesque à accomplir, un travail qui ne semble pas décourager ou fatiguer Juliette Champagne.

Le travail de l’historienne est, sans mauvais jeu de mots, un travail de moine. Aidée de son collègue Éloi Degrâce, qui copie la correspondance en format digital, madame Champagne recense les lettres de 1879 à 1937 du père Hippolyte Beillevaire conservées principalement aux Archives provinciales de l’Alberta.

De l’Alberta…

Que ce soit les rituels autochtones, les épidémies, la pauvreté ou la faune, ce religieux natif de Nantes décrivait à son frère — également religieux — le paysage culturel et naturel de l’Alberta de la fin du 19e au début du 20e. « Il raconte des choses qui n’ont jamais été racontées avant. Il donne une vision terre à terre », affirme madame Champagne.

Cette manière de raconter le Canada n’a pas seulement trouvé un terreau fertile auprès des historiens d’aujourd’hui. Les Français curieux de son époque étaient aussi friands de ses aventures canadiennes. En fait, son frère publiait quelques-unes de ces lettres « très, très détaillées » à la Semaine Religieuse du Diocèse de Nantes et au Petit Messager des Missions, des périodiques religieux distribués dans le diocèse de Nantes. Ces publications ont permis au père Hippolyte Beillevaire de recruter des mécènes.

… en France

Les lettres publiées ne représentent qu’une partie du manuscrit que s’est procuré madame Champagne. Pour approfondir ses découvertes, elle souhaite faire le pèlerinage inverse du prêtre, en cognant à la porte de la France. Pandémie oblige, le voyage organisé par madame Champagne cet été pour ses recherches a été remis. «Je l’espère à l’année prochaine», dit-elle avec ambition.

Photo du père Beillevaire. Crédit photo : courtoisie Juliette Champagne

L’historienne franco-albertaine a déjà trouvé des alliés sur le sol français. Parmi eux, l’arrière-petit-neveu du fondateur, Jean-Louis Greslé qui « habite toujours la maison paternelle à Sainte-Pazanne, en Loire-Atlantique ».

« Nous avons eu les pages numérisées de la part des archivistes du Diocèse de Nantes pour les extraits des Semaine Religieuse du Diocèse de Nantes, et du Petit Messager des Missions qu’Éloi a aussi transcrit pour moi. Nous avons reçu une copie numérisée des transcriptions dactylographiées conservée par la famille en France, avec l’aide de Mme Jacqueline Colleu, qui étudie la diaspora française vers le Canada ».

L’histoire du père Hippolyte Beillevaire en version anglaise

Malgré toute cette richesse de sources et de documentations, le travail de madame Champagne est loin d’être terminé. Il faut traduire les lettres de la langue de Molière à celle de Shakespeare, et ce sans avoir recours aux technologies numériques modernes. « Le langage est assez spécialisé et je ne fais pas confiance aux systèmes de traduction par ordinateur », nous assure celle qui travaille face à deux écrans.

La facade de l’église de Camrose après 1915. Crédit : courtoisie Juliette Champagne

Ce travail de traduction touche à sa fin. « Il ne me reste qu’une quinzaine de pages sur 300 à traduire», affirme cette femme originaire de Saint-Paul. Pour faire découvrir ce personnage aux éventuels lecteurs, traduire et dactylographier les lettres ne suffisent pas. « Il faut garnir le texte de notes explicatives et il faut préparer des annexes : des annexes géographiques et des annexes biographiques ». Une fois ce manuscrit terminé, ce sera le tour de celui en français : « On peut travailler seulement un texte à la fois, sinon ça va nous rendre fous ! »

Une maison pour un livre? 

C’est pour sa valeur historique qu’elle s’efforce de trouver un moyen de faire découvrir aux anglophones la vie et la réalité de ce personnage qui a façonné l’Alberta : « Le manuscrit a beaucoup d’intérêts pour la population anglophone ».

C’est également un choix stratégique pour élargir son lectorat : « Ici, dans l’Ouest canadien, la francophonie ne court pas vraiment les librairies et les bibliothèques. Il n’y a pas un grand marché. Un sujet qui s’intéresse à l’Ouest canadien, ça va intéresser davantage les lecteurs anglophones. Ce genre de livre intéresse aussi beaucoup les lecteurs français », affirme celle qui a déjà deux livres à sa bibliographie.

Avant que les lecteurs puissent lire le manuscrit dans la langue de leur choix, il est nécessaire de trouver une maison d’édition : « J’espère aussi trouver des maisons d’édition, une maison d’édition anglaise qui collaborera avec une maison d’édition française, pour publier. C’est un jeu de longue haleine ». « Ça va prendre des années ! » s’exclame-t-elle.

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