Une matinée confinée avec Kim Arial, avocate en droit criminel, et son chien!

Écrit par : Geoffrey Gaye

31 mars 2021

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Une vue magnifique sur la ville, une avocate pétillante, et un chien extraordinaire. Pas si mal comme cadre pour passer un vendredi matin dans une ville à l’arrêt. Sous le confinement, même le tribunal est en télétravail! Kim Arial défend désormais ses clients, accusés de délits passibles de plusieurs années de prison, derrière l’écran de son ordinateur…

En plein cœur du centre-ville, au 11e étage de la Ford Tower, une signalisation indique « Arial Law ». Au bout du couloir, une porte vitrée, fermée. Il est neuf heures, l’heure du rendez-vous. Après quelques secondes d’attente, une petite boule de poils jaillit d’un des bureaux. Il s’avance et aboie, enragé. Sa maîtresse l’entend. Téléphone à l’oreille, elle ouvre l’accès à son monde d’avocate confinée.

En l’absence de collègues de travail, les deux acolytes sont de vrais complices. Crédit: Geoffrey Gaye

Le Yorkshire s’appelle Broadway. « C’est une star ici ! », dit-elle. Bien avant le confinement, Kim avait pris l’habitude d’amener son animal de compagnie sur son lieu de travail. « Quand les clients entrent dans ce bureau, c’est stressant comme réalité. Ils sont accusés de quelque chose de criminel. Broadway les aide à se détendre quelques instants ».

L’avocate francophone native d’Ottawa lui a même appris ce qu’était un meurtre. Comme si elle tenait une arme, elle pointe ses deux doigts vers l’animal et dit « binng ! ». La canaille tombe à terre, avant de se relever, remuant la queue.

Confinés au bureau, sans friandise

Broadway fait partie des êtres affectés par ce confinement. « Mon assistante lui donnait des friandises, mais aujourd’hui elle travaille depuis son domicile », dit-elle, juste avant de taper sa main dans la patte de son compagnon.

Les deux avocats qui partagent habituellement les locaux avec elle ont, eux aussi, décidé de travailler de chez eux. Quant à Kim, elle a fait le choix de continuer à venir sur place. « Mon chum occupe le bureau de l’appartement, mais de toute façon je préfère être autour de mes dossiers », revendique-t-elle.

Ce vendredi 1er mai, son principal dossier est celui d’une personne poursuivie pour un vol qualifié en possession d’une arme. « Mon client vient de se faire arrêter à Yellowknife. Il est détenu ici à Calgary », explique cette diplômée de l’Université d’Ottawa. Ce matin, le juge devait statuer sur sa remise en liberté provisoire, en attendant que l’affaire soit jugée sur le fond.

« Aujourd’hui, c’est ma première fois par vidéo »

Maître Arial doit élaborer un dossier appuyé par des garantis. Difficile à constituer quand les le contexte change si brutalement. « C’est super compliqué. Les Territoires du Nord-Ouest ne laissent plus rentrer les non-résidents. Je vais demander un report afin de mieux étudier cela », annonce l’avocate expérimentée de 7 années au barreau.

L’audience se fera par téléconférence. « Aujourd’hui, c’est ma première fois par vidéo », explique-t-elle. À 10 heures, Maître Arial se tient prête, droite sur son siège, face à son écran LG 12 pouces. Elle clique sur son application Webex, opérationnelle uniquement pour la salle 306 du Palais de Justice. À l’image, huit sessions de caméras connectées.

Sur l’une d’entre elles, un agent nettoie le box des accusés avec du désinfectant. Le client de Kim y fait son entrée quelques secondes plus tard. Seul le juge, en haut, au centre de l’écran est physiquement au tribunal. Le rendez-vous débute. Comme dans le réel, les échanges respectent le protocole. La demande de l’avocate est directement acceptée, l’audience est remise à vendredi prochain.

La Justice au télétravail

Mi-mars, les tribunaux se sont adaptés aux mesures de confinement. À Calgary, le public, les témoins, les avocats et les procureurs ne peuvent plus se rendre au Palais de Justice. La cadence des procès a diminué. Seuls ceux des personnes détenues ont encore lieu, tous les autres ont été reportés de dix semaines. Ceux nécessitant la présence de témoins ont également été remis à plus tard.

La Justice tourne au ralenti. Selon l’avocate, si la situation se prolonge, « ça va engorger tout le système ». Les risques seraient réels : « Les procureurs abandonneraient certains dossiers. Les délais raisonnables pour juger les affaires seraient dépassés ». Maître Arial affirme que la police retient actuellement les accusations dans l’objectif de ne « pas faire rentrer trop de gens ». Elle cite l’exemple d’un de ses clients s’étant présenté, de lui-même, à un poste de police. « On lui a répondu de rentrer chez lui et de revenir à la mi-mai ».

« Ça change tout »

La COVID-19, « ça change tout, dit l’avocate. Le lundi 16 mars, on nous a dit de ne plus aller au Palais de Justice. Au début, je ne pouvais pas travailler parce que j’étais en train de comprendre ce qu’il se passait. Entre avocats, nous nous sommes organisés pour que, chaque jour, un seul d’entre nous aille déposer les dossiers de tous les autres ».

Depuis, les plaidoiries sont faites par téléphone. Coutumière des journées rythmées du Palais de Justice, Kim éprouve moins de plaisir à défendre ses clients à distance. « On a l’habitude de se regarder dans les yeux. En plus, je suis francophone, alors j’interagis avec mes mains », dit-elle en souriant.

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