La famille Bigfoot agace le gouvernement

Écrit par : Mélodie Charest

9 avril 2021

Vendredi 12 mars, le Canadian Energy Centre (CEC) a dénoncé « la désinformation sur l’industrie pétrolière et gazière » d’un film d’animation disponible sur Netflix : La famille Bigfoot. La production franco-belge destinée aux enfants relate la double quête fictive d’un enfant : sauver ses parents et sauver le paysage alaskain de l’industrie pétrolière.

Dès les premières minutes du film, l’ambiance est posée. Dans une vallée de l’Alaska, un loup affamé et un lièvre arctique cessent leur poursuite pour constater les dégâts de l’industrie pétrolière. Ici, la préoccupation pour le désastre environnemental, causé par l’entreprise fictive X-Trakt, fait oublier aux animaux leurs vieilles luttes…

Concerné par le sort de cette vallée, Jim Harrison quitte sa maisonnée d’Oregon pour rejoindre un petit groupe de militants écologiques alaskain. Sa femme et leur jeune fils, Adam, sont inquiets de le voir s’embarquer dans cette aventure. Il faut dire que Jim, comme son fils, est un bigfoot (ou Sasquatch) ; une créature mythique aux grands pieds et aux pouvoirs de guérison.

Jim disparaît mystérieusement. Adam et sa maman décident alors de monter à bord de leur fourgonnette pour rejoindre l’Alaska. Bien que X-Trakt affirme que son pétrole est inoffensif pour l’environnement, ce que découvriront les personnages est tout autre…

Une fois sur les lieux, la mère d’Adam disparait à son tour, ce qui plonge Adam dans une double opération de sauvetage : celle de ses parents et celle de la vallée. En infiltrant la compagnie, il y découvre qu’elle prévoit de larguer une bombe dans un forage pour faire remonter le pétrole, et ce malgré les risques. « Plus ça pète, plus ça rapporte ! », lance le chef de la pétrolière.

Une réaction explosive 

En Alberta, on ne niaise pas avec l’image de l’industrie pétrolière. Suite au message d’un parent préoccupé, le Canadian Energy Center (CEC) dénonce sur sa page Facebook le traitement réservé à cette dernière dans le dessin animé.

Le CEC juge que la production « méprise les travailleurs de l’énergie et dénigre le bilan et l’engagement de l’industrie en matière de protection de l’environnement ». L’opération de bombardement du film ne reflète pas les vraies méthodes d’extraction.

Bien que le film se situe aux États-Unis et non au Canada, le CEC a lancé une invitation à remplir une lettre, disponible sur leur site web, que chacun peut envoyer à Lindsey Scully, responsable des communications de Netflix Canada. Cette lettre, baptisée Tell The Truth Netflix !, a pour but de lutter contre la désinformation entourant cette industrie et demander à Netflix de « raconter la véritable histoire de l’industrie pétrolière et gazière ». En date du 18 mars 2021, cette initiative a recueilli 3 360 envois.

La lettre rappelle que l’industrie « a dépensé 28,1 milliards de dollars pour la protection de l’environnement entre 2006 et 2018, comparativement à toutes les autres industries canadiennes COMBINÉES à 39,6 milliards de dollars ».

Kenney se prononce 

Le 16 mars, le premier ministre albertain, Jason Kenney affirme en conférence de presse que les Albertains et tous ceux préoccupés par les travailleurs de cette industrie ont « tous les droits de mettre en lumière ce genre de mensonges ».

Il dénonce la désinformation et accuse le film de mentir et de participer « à ce genre de diffamation vicieuse en accusant les compagnies pétrolières (…) d’être une mafia conspiratrice qui assassine des gens, y compris des enfants. Je pense que c’est très grave ».

Tout comme le CEC, Kenney s’inquiète que le film biaise la compréhension et la vision de l’industrie pétrolière et gazière des enfants. Pour reprendre les mots du CEC : « les enfants sont le futur, ils méritent la vérité ». Kenney se préoccupe des conséquences d’un message partagé dans le film au sein de la communauté européenne face à cette industrie.

Malgré l’obstination du gouvernement albertain à défendre son industrie pétrolière, plusieurs études mettent en évidence le caractère polluant de l’extraction du pétrole dans les sables bitumineux. L’année dernière, un fond financier norvégien, pour ne citer que lui, avait abandonné ses investissements dans ce secteur albertain.

Le CEC, Netflix, nWave Pictures Sa/NV (l’entreprise de production du film) n’ont pas donné suite aux demandes d’entrevue du journal Le Franco. 

La cellule de guerre

Le Canadian Energy Centre, une société d’État indépendante, porte également le surnom de Enregy War Room (cellule de guerre). Cette création du gouvernement Kenney a pour mandat de « promouvoir le Canada comme fournisseur de choix pour répondre à la demande mondiale croissante d’énergie produite de manière responsable », peut-on lire sur leur site web.

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