À la plantation Bugnet, les pins Ladoga souffrent des porcs-épics

Écrit par : Mélodie Charest

15 août 2021

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Bien que ces pelotes d’épingles marchent lentement, elles sont des grimpeuses exceptionnelles Crédit : wikimedia commons

Au cours des derniers mois, ce n’est pas seulement la Covid-19 qui a envahi le territoire albertain : les porcs-épics à la Plantation Bugnet, à Rich Valley, aussi. En 1911, les arbres fruitiers de la plantation de Bugnet étaient menacés par des rongeurs, une clôture a alors été installée. Près de 110 ans plus tard, les pins de Ladoga sont encore menacés.

Les porcs-épics réussissent à grimper sur les troncs des pins Ladoga et ronger ces derniers. La plantation accueillait vingt pins de cette espèce. Aujourd’hui, deux ou trois sont morts suite aux ravages causés par les rongeurs.

Léonard Nobert, dentiste et amoureux des arbres. Crédit : Mélodie Charest

C’est avec un regard espiègle que Léonard Nobert, membre fondateur de la Société des Amis de la Plantation Bugnet, dit que sa société et lui ont pu en attraper quatre. En attendant de pouvoir tous les capturer, la Société a acquis un peu de financement de la Historic Site, organisme qui s’occupe du terrain de la plantation, afin d’installer « de la tôle pour empêcher les porcs-épics de gruger l’écorce ».

La Plantation Bugnet, c’est l’héritage de George Bugnet légué à la population. Ce natif de France immigre dans l’Ouest canadien avec sa femme, Julia Bugnet, en 1905. Il décide d’améliorer la vie des pionniers du Canada de l’Ouest avec des fruits, des arbres, des roses, explique celui qui a connu George Bugnet. Pour acquérir des semences adaptées aux conditions climatiques, il entretenait une correspondance internationale.

Des pins pour une société meilleure 

Juste avant que la révolution de 1917 change la Russie pour toujours, «le bonhomme», comme Léonard Nobert appelle George Bugnet affectueusement, avait pu contacter le Jardin botanique de Petrograd pour avoir des semences du pin Ladoga. L’an dernier, grâce à certaines techniques de dendrochronologie, ses pins sur la propriété de Bugnet ont pu être datés. Ils sont centenaires, comme la fille cadette de George et Julia, Madelaine Bugnet.

Photo de la maison de George et Julia Bugnet prise en 1948. À droite, les pins Ladoga. Crédit: Courtoisie Léonard Nobert

«Il n’y a pas de branche ici», nous montre ce dentiste amoureux des arbres sur une photo de la propriété de Bugnet, en 1948, entouré de pins Ladoga. Un tronc vierge de branches permet une plus grande résistance lorsque l’arbre est transformé en planches ou en mât.

Ces arbres qui peuvent atteindre « 200-250 pieds de haut en 100 ans » avaient été importés par George Bugnet afin de faire du bois de planche.

Aujourd’hui, ces arbres pourraient être utilisés à des fins différentes que celles prévues par son importateur : moyen de capter le carbone. Le gouvernement fédéral annonçait en 2019 leur projet de planter 2 milliards d’arbres, sur une période de 10 ans, pour capter les émissions de CO2. Le pin Ladoga, qui a une croissance rapide, semble être une bonne solution. «Quand l’arbre est rendu complètement mature, on peut le couper pour en faire un bois de planche», propose monsieur Nobert.

Les porcs-épics ont envahi la Plantation Bugnet. La Société des Amis de la Plantation Bugnet est dans l’impossibilité de répertorier le nombre exact . Crédit : sarah Therrien

115 ans après l’arrivée de Bugnet en Alberta, sa mission d’améliorer le sort des Canadiens pourrait être toujours honorée, mais l’accès pour mettre en œuvre son mandat est actuellement difficile : le chemin qui mène directement à la Plantation n’existe tout simplement plus.

Un accès difficile

Il y a environ 7-8 ans, monsieur Nobert a décidé de revisiter la plantation Bugnet, après avoir lu un paragraphe d’une centaine de mots qui abordait brièvement la vie et George Bugnet. C’est à ce moment qu’il se met en route pour revisiter ce lieu qui l’avait tant fasciné enfant. Malgré une pancarte sur le bord de la route, qui n’existe plus aujourd’hui pour des raisons financières, il se rappelle des difficultés de localiser la plantation.

Quelques années plus tard, il fonde, avec Juliette Champagne et d’autres, la Société des Amis de la Plantation Bugnet pour conserver ce bout de terre qui a vu naître tant de livres, poèmes et espèces végétales, mais aussi d’amasser les réalisations «du bonhomme».

Les membres de la Société peuvent avoir accès très difficilement à la terre. C’est par le terrain d’une terre voisine et «un demi-mile à la marche» qu’ils peuvent y parvenir lorsque c’est «année sèche». Sinon le sol est imbibé d’eau. Cette condition complique l’entretien du lieu.

L’attaque de ces pelotes d’épingles tue des arbres, mais l’accès difficile au terrain rend leur abattage difficile. C’est avec une profonde indignation que Léonard Nobert dit que «c’est ben certain» que l’invasion de porcs-épics aurait pu être évitée si seulement, il y a une vingtième année, des protections de tôles avaient été installées pour protéger les arbres.

Cet article fut publié dans l’édition du 24 septembre 2020 en page 9.

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