Une ligne d’écoute empathique en français pour la santé mentale

Écrit par : Vienna Doell

16 mai 2022

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(De gauche à droite) Andy Ridge, sous-ministre adjoint à Santé Alberta, Paul Denis, directeur général du Réseau santé Alberta, Isabelle Laurin, directrice générale de l’ACFA, et Rhéal Poirier, directeur général du Secrétariat francophone de l'Alberta. Crédit : Vienna Doell
Le Réseau santé Alberta, TAO Tel-Aide, la Société Santé en Français et Santé Canada ont collaboré afin d’offrir aux francophones albertains un service de première ligne en santé mentale. La ligne d’écoute empathique 1 800 567-9699 est désormais disponible gratuitement 24 heures sur 24, 7 jours par semaine pour les personnes qui ont besoin de se confier.

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Vienna Doell
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Depuis le 14 décembre 1974, ce service d’écoute fonctionne dans la région d’Ottawa-Gatineau. Monique Chartrand, sa directrice générale, explique que la naissance d’un tel organisme est «issue d’une volonté de Franco-Ontariens qui étaient bénévoles dans un organisme bilingue d’appel de crise».

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Ces derniers, à la suite des difficultés linguistiques, ont alors vu la nécessité d’un même service uniquement en français. En 2014, ce service s’est répandu dans d’autres provinces et territoires grâce à des projets pilotes, y compris en Alberta. Par contre, celui-ci «ne s’est pas concrétisé» sur le long terme en Alberta, décrit Monique Chartrand.

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La ligne d’écoute empathique ressuscitée

Selon la directrice générale de TAO Tel-Aide, c’est la Société Santé en français (SSF) qui a approché son organisme pour leur «offrir l’opportunité de développer nos services auprès d’une autre province ou territoire». Elle ajoute que pour la SSF, il est essentiel de développer des services de santé linguistiquement adaptés dans les communautés francophones et acadiennes. Sachant qu’il existe un besoin criant pour de tels services en Alberta, TAO Tel-Aide ne pouvait qu’accepter ce nouveau projet.

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Toutefois, l’appel sera dirigé vers un centre d’appel dans la région d’Ottawa-Gatineau, car il est très coûteux d’obtenir des licences hors de cette région. Elle avoue aussi les difficultés logistiques liées à la formation et au recrutement des bénévoles francophones sur place. «C’est difficile de mobiliser», assure la directrice générale.

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Néanmoins, les bénévoles qui prennent les appels sont déjà formés sur les enjeux des francophones en milieu minoritaire. De plus, «TAO Tel-Aide a intégré une formation sur les particularités de l’Alberta» afin que leurs bénévoles soient capables de répondre aux besoins particuliers de cette province.

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«TAO Tel-Aide a intégré une formation sur les particularités de l’Alberta.» Monique Chartrand

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Et malgré leur éloignement, les bénévoles du programme remportent un grand succès dans les autres provinces. Dans le rapport d’activités 2020-2021, TAO Tel-Aide a répondu à plus de 12 739 appels en provenance de l’Ontario, du Québec, du Yukon et de la Saskatchewan. La majorité de ces appels concernent des problèmes liés à la solitude et proviennent de personnes âgées de 31 à 59 ans.

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La nécessité pour les Albertains

Paul Denis, directeur général du Réseau santé Alberta (RSA), insiste sur le mandat de l’organisme, qui est de favoriser un meilleur «accès des services de santé en français pour les francophones de l’Alberta». Il se rappelle que durant les feux de Fort McMurray en 2016, le RSA a identifié un besoin urgent pour les services de santé mentale francophones dans cette région. L’organisme avait alors collaboré avec TAO Tel-Aide pour offrir un service d’écoute, mais le «financement a manqué».

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Depuis la pandémie, «la santé mentale prend une place de plus en plus importante dans les services de santé», explique le directeur général. En effet, la crise sanitaire a «imposé beaucoup de stress sur la population». Il espère donc que cette ligne d’écoute empathique «diminue la détresse psychologique, réduit l’isolement des communautés francophones et améliore le mieux-être».

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Étant donné que la culture et l’accès aux services de santé sont des déterminants de la santé au Canada, offrir un service en français «reconnaît l’importance de la langue et de la culture. Les gens sont mieux servis dans la langue qu’ils préfèrent que par un interprète», explique Paul Denis.

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La présence du gouvernement de l’Alberta

Andy Ridge, sous-ministre adjoint et responsable du plan d’action du ministère de la Santé dans le cadre de la Politique en matière de francophonie, assure que «Santé Alberta suivra ce projet. La façon dont nous allons être impliqués dans ce projet reste à voir», explique-t-il. Le gouvernement provincial n’est pas pour l’instant formellement impliqué, que ce soit au niveau du financement ou du comité de suivi.

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«Santé Alberta suivra ce projet. La façon dont nous allons être impliqués dans ce projet reste à voir.» Andy Ridge

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Mais Andy Ridge assure qu’il est «très impatients de voir comment se déroule cette nouvelle initiative». Tout comme d’autres services de santé en Alberta, le problème du financement et de la pérennité demeure un enjeu. Selon Paul Denis, le projet coûte 30 000 $ par an, financement provenant actuellement de Santé Canada.

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«Ces trois premières années nous permettront de connaître le service, de le faire connaître dans notre communauté et aussi de trouver le moyen d’assurer la pérennité du programme», souligne le directeur général du RSA.

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Malgré tout le travail qu’il reste à faire, les acteurs de ce projet sont persuadés que ce service constitue un progrès en matière de services de santé en français.

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