Le Marché Solidaire célèbre sa cinquième édition sur fond d’inflation

10 décembre 2022

Mots-clés :
Une vingtaine de personnes est venue célébrer le cinquième anniversaire du Marché Solidaire lors du souper spaghetti organisé par le CDAF le 19 novembre dernier. Crédit : Mouna Gasmi
Un Canadien sur cinq se prive de nourriture pour contrer l’inflation. C’est dans ce contexte que se trame la cinquième édition du Marché Solidaire qui aura lieu le 17 décembre prochain à La Cité des Rocheuses, à Calgary. Cette épicerie solidaire et éphémère cherche à apaiser les factures des familles dans le besoin, à l’aube du temps des Fêtes.

.

Gabrielle Audet-Michaud
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

.

Au menu, lors de cette journée, des denrées non périssables, mais aussi des dindes, des fruits, des légumes et des produits laitiers (beurre, fromage et lait). Pour y avoir accès, les participants devront s’inscrire auprès de La Cité des Rocheuses et fournir une preuve de revenu qui témoigne de leurs difficultés financières.

.

Pour prendre en compte les demandes soumises, La Cité des Rocheuses se fie au barème du programme Fair Entry mis en place par la Ville de Calgary, explique la coordonnatrice Alejandra Aracena. Selon ce barème, une personne seule doit déclarer des revenus inférieurs à 21 580$ pour être en mesure de participer à l’évènement.

.

.

Une bénévole accompagne Alejandra Aracena, Mouna Gasmi et Céline Bossé lors du souper spaghetti organisé par le CDAF. Crédit : Mouna Gasmi

Une bénévole accompagne Alejandra Aracena, Mouna Gasmi et Céline Bossé lors du souper spaghetti organisé par le CDAF. Crédit : Mouna Gasmi

.

.

Mais elle précise que malgré le barème existant, les organisateurs du Marché procéderont encore une fois cette année à du «cas par cas» pour évaluer les dossiers des familles. «Il y a des [gens] qui ont perdu leur emploi récemment et qui ne rentrent pas nécessairement dans le barème», explique Alejandra. Dans de telles situations, les organisateurs trouvent des solutions pour qu’ils puissent quand même profiter de ce moment de partage.

.

Une fois le processus d’inscription finalisé, les participants devront payer une contribution individuelle de 5$, à concurrence de 25$ par famille, pour avoir accès au Marché. Cette somme constitue environ «10% de la valeur d’une épicerie régulière», indique Alejandra Aracena.

.

​​En impliquant les familles de la sorte, la coordonnatrice à La Cité des Rocheuses espère que cela les motivera à continuer de s’entraider. «Lorsqu’on implique les gens, ils n’ont pas l’impression qu’on leur fait la charité», s’exclame-t-elle. «Ils s’engagent, eux aussi, dans la communauté et contribuent au Marché», ajoute-t-elle.

.

«Lorsqu’on implique les gens, ils n’ont pas l’impression qu’on leur fait la charité.» Alejandra Aracena

.

Retour à l’essentiel

Ce Marché Solidaire, initié par Alejandra Aracena en 2018, permet aussi aux personnes qui ont des restrictions alimentaires d’en profiter. En effet, un grand choix de denrées est mis à la disposition, avec des produits répondant à certaines spécificités de la clientèle.

.

Cette particularité plaît à Mouna Gasmi, directrice générale du Centre d’appui familial (CDAF), qui y voit une belle ouverture vers la diversité de la francophonie calgarienne. «Les familles musulmanes pourront choisir de la viande halal si elles le souhaitent.» Elle évoque aussi celles et ceux qui sont victimes d’allergies et qui, là encore, trouveront de quoi se nourrir.

.

.

La directrice générale du CDAF s’enthousiasme de retrouver le Marché Solidaire, et ses enfilades de produits, «dans sa vraie essence». Mouna Gasmi rappelle que l’année dernière, la situation sanitaire avait obligé les organisateurs à distribuer des paniers alimentaires préconfectionnés qui limitaient donc le choix des uns et des autres. «Avec [la] COVID-19, les familles ne pouvaient plus vraiment choisir ce qu’elles voulaient», s’attriste Mouna Gasmi.

.

D’un défi à l’autre

Un autre défi de la pandémie, se remémore la directrice générale, a été de répondre à la croissance rapide de la demande, une montée en flèche du nombre de clients qui tarde à se résorber avec la flambée de l’inflation. «La COVID a eu un impact majeur sur les familles», rappelle-t-elle. Plusieurs Albertains ont perdu leur emploi. «Et maintenant avec l’inflation, ces familles se trouvent dans des situations exceptionnelles.»

.

«Et maintenant avec l’inflation, ces familles se trouvent dans des situations exceptionnelles.» Mouna Gasmi

.

Cette inflation continue de faire des ravages alors que plus de 30% des Canadiens déclarent manger des aliments moins sains pour réduire leurs factures d’épicerie, rapporte une enquête du Centre canadien de recherche appliquée et sociale de l’Université de la Saskatchewan publiée en octobre dernier. Et si l’on cherche une raison à cela, certains chiffres parlent d’eux-mêmes. L’augmentation du prix des fruits frais et des légumes en Alberta (plus de 9% en un an, entre octobre 2021 et 2022) en témoigne. Les données de cette enquête de l’Université de la Saskatchewan révèlent d’ailleurs que les habitants de l’Alberta sont beaucoup plus susceptibles d’avoir recours aux banques alimentaires.

.

Dans ces circonstances, rien d’étonnant à ce que les organisateurs du Marché Solidaire s’attendent à recevoir cette année encore beaucoup de demandes d’inscription. Or, en raison de la situation économique actuelle, le sort de ces familles dépendra avant tout de la générosité des donateurs. Une contribution mise à rude épreuve. Si le 19 novembre dernier, quelques membres de la communauté ont répondu présents au souper spaghetti organisé par le CDAF pour amasser des fonds afin de financer l’achat de produits frais, Alejandra Aracena s’inquiète face au désistement de certaines entreprises et institutions financières qui avaient pris l’habitude de fournir des dons en argent au Marché.

.

«Ç’a été plus difficile cette année de récolter des dons», tranche-t-elle avec honnêteté. «Plusieurs compagnies nous disent qu’elles ne peuvent juste pas. Pour te donner un exemple, on avait une compagnie qui nous donnait 500$ auparavant et cette année [le montant] a été réduit à 100$», se désole-t-elle. À l’inverse, elle cite les écoles et les parents du Conseil scolaire Francosud qui contribuent énormément en donnant des denrées non périssables.

.

«Les besoins sont criants.» Céline Bossé
Interrogée au sujet de l’impact de l’inflation sur l’organisation du Marché Solidaire, Céline Bossé, agente santé pour le Réseau santé Alberta (RSA), convient de la complexité de la situation. «L’insécurité alimentaire augmente», signale-t-elle. Elle cite, parmi les populations à risque, les étudiants, les aînés, les nouveaux arrivants et les personnes qui ont nouvellement perdu leur emploi. Or, ajoute-t-elle, l’objectif est moins de «mettre le doigt sur des situations précises» que de reconnaître que «les besoins sont criants».

.

D’abord imaginé par la coordonnatrice à La Cité des Rocheuses Alejandra Aracena, le Marché Solidaire est le fruit d’une collaboration entre plusieurs organismes, dont le Centre d’accueil francophone, le Réseau santé Alberta, la paroisse Sainte-Famille et le Centre d’appui familial. Le CANAF s’est aussi joint à l’évènement cette année.
Pour faire un don au Marché Solidaire: bit.ly/3GSIQ3g
Pour s’inscrire au Marché Solidaire, téléphonez au 403 249-1749 ou contactez Grace à [email protected]

Partager

La francophonie albertaine vous intéresse?

Nous aussi.

Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour recevoir chaque deux semaines un concentré de nos meilleures histoires!