Agression sexuelle, l’éternel tabou

Écrit par : Gabrielle Beaupré

7 juin 2021

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Dénoncer comme agresseur un membre de son entourage est très difficile pour une victime en raison des représailles. Crédit : Pixels

Selon le rapport de l’étude intitulée Prévalence des agressions sexuelles et des cas d’abus sexuels d’enfants en Alberta de l’Association of Alberta Sexuel Asseault Services (AASAS) publié en 2020, un adulte sur deux est agressé sexuellement au courant de sa vie. Plus précisément, ce sont deux femmes sur trois et un homme sur trois qui sont agressés. 

Souvent, l’agression sexuelle est commise par un membre de l’entourage de la victime. La travailleuse sociale Marie-Ève Chabot donne l’exemple de la violence sexuelle entre conjoints. Un sujet encore aujourd’hui très tabou en raison du statut de la victime, soit celui de la femme ou du mari de l’agresseur.se. 

«C’est comme si l’agresseur.se a une “espèce” de droit sur l’autre personne. Ça peut faire que celle-ci n’est pas consciente qu’elle peut vivre une certaine forme de violence conjugale qui, à ce moment-là, serait de la violence sexuelle», explique-t-elle.

Marie-Eve Chabot, travailleuse sociale : «Les femmes victimes sont plus enclines à dénoncer les hommes-agresseurs que les hommes-victimes à dénoncer les femmes-agresseuses en raison de l’image de l’homme fort que projette l’homme.» Crédit : Courtoisie

Elle continue en mentionnant que le processus de violence se développe pendant une longue période. Par exemple, le réseau social de la victime va se restreindre et celle-ci peut se retrouver isolée. La victime peut aussi devenir dépendante financièrement de son agresseur. «Elle se place en position de vulnérabilité», ajoute Marie-Ève Chabot. 

La travailleuse sociale souligne que la violence sexuelle est «un problème de société qui est souvent basé sur des relations de forces et de pouvoir entre les personnes.» 

Ce n’est pas la faute de la victime 

Suite à/aux agressions, Marie-Ève Chabot indique que la victime a tendance à culpabiliser. Elle pense qu’elle le mérite. Sara Cameron, directrice des communications au Centre de soutien et d’action contre les agressions sexuelles d’Edmonton et la travailleuse sociale spécifient que la violence sexuelle que la victime n’est pas la coupable. 

Pour ne pas faire fuir une victime, il ne faut ni minimiser ni dramatiser la situation. Crédit : Pixels

Les deux femmes déclarent que dès que la victime demande de l’aide, un grand travail doit être fait auprès de celle-ci par une approche féministe afin de la déculpabiliser de l’acte de violence posée sur elle, et une grande aide être apportée pour qu’elle reprenne sa vie en main. 

Pour les témoins de cette violence, et qui veulent tendre la main aux victimes, l’intervenante sociale indique de le faire avec prudence. Une partie de la population, selon son expérience, son vécu, et son éducation peut être conscient de certains phénomènes violents. Pour d’autre, ce n’est justement pas le cas. 

Marie-Ève Chabot explique que, «le fait d’aborder ce sujet de manière trop directe avec une victime, pourrait facilement l’amener à se refermer sur elle-même, dans un déni de violence.»

Les rapports inégaux entre les hommes et les femmes sont l’une des causes des agressions sexuelles. Crédit : Pixels

Elle invite alors les personnes voulant aider la victime, à avoir une grande écoute, sans jugement vis-à-vis de la situation. Les personnes aidantes peuvent lui suggérer des ressources sans pour autant insister. «Comme dans n’importe quel processus, il faut que la personne soit prête à aller chercher de l’aide», affirme-t-elle.

Discuter en français avec un inconnu 

La ligne téléphonique One Line Service for Sexual Violence [1-866-403-8000] de l’Alberta permet aux victimes de violence sexuelle de parler et d’exprimer leurs émotions de façon anonyme avec une personne qui leur est inconnue. Sara Cameron indique que pour une victime, discuter avec un inconnu est beaucoup plus facile qu’avec une personne de son entourage. «Elles ont honte et sont effrayées.» 

La violence sexuelle englobe la violence conjugale, physique, verbale et psychologique. Crédit : Pixels

Ce service téléphonique, de messagerie texte et de chat est offert aux personnes qui vivent divers types de violence. Des personnes sont présentes pour leur donner des conseils, du soutien et des ressources, peu importe la ville où elle se trouve dans la province. Si la personne a de la difficulté à s’exprimer en anglais, elle peut avoir les services d’un interprète dans 200 langues. 

Cependant, Marie-Ève Chabot et Sara Cameron martèlent que si la situation est urgente, s’il y a un danger imminent pour la victime et pour les enfants de celle-ci, le service qu’il faut appeler, c’est la police. 

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