Une photographe qui n’a pas froid aux yeux

Écrit par : Arnaud Barbet

9 avril 2021

Marie-Hélène Bilodeau, maman de deux jeunes filles, est aussi une référence dans le monde de la photographie architecturale. Depuis 15 ans, elle promène son matériel sur les chantiers de Calgary et ses environs, pour le plaisir du beau.

Originaire de Lotbinière, à 45 minutes au sud de Québec, elle avoue : « la photographie est arrivée à moi sans que je coure après. » Au secondaire, elle ne savait pas trop quoi faire. Elle décide d’effectuer un diplôme pré-universitaire en art visuel. Une option tout à fait nouvelle à l’époque. Il y avait du graphisme, de la photographie, du cinéma, de la création de site web et bien d’autres.

Marie-Hélène Bilodeau a eu le prix de la femme d’affaires francophone du CDÉA en 2016, le prix Bilodeau en 2017. Ces photographies sont très régulièrement primées. Crédit:  MHB PHOTO-GRAF

Après 6 mois, l’un de ses camarades lui propose une place d’assistante chez son oncle. Marie-Hélène accepte, c’est le début d’une aventure, d’une passion, qui est devenue aujourd’hui un métier à part entière. Elle fait ses débuts à ses côtés, de la photo de mariage aux portraits, elle en apprend les ficelles. Autodidacte, la technique n’a plus de secret pour elle.

Elle adopte très vite le numérique, l’art de la retouche par ordinateur, tout en prenant le temps de partager ses connaissances de l’argentique et du noir et blanc avec les habitants de Lévis (Québec). « Je donnais des cours à la Coop d’artistes. On y travaillait le noir et blanc, avec la chimie et toute la patente ! »

Finalement, désireuse de tenir un jour les rênes de sa petite entreprise, Marie-Hélène Bilodeau se lance dans un Baccalauréat multidisciplinaire. Une mineure en administration, une autre en communication publique. Mais finalement, elle quitte la province pour l’Alberta. La mineure en graphisme attendra !

Une « couple » d’années dans les airs

Marie-Hélène a le goût du risque. Pendant ses études universitaires, elle passe ses fins de semaine à bord d’un Cessna ou autres objets volants identifiés. « J’ai commencé dans le laboratoire à faire de la retouche numérique, puis très vite dans les airs », raconte-t-elle.

Elle survole les provinces de l’Est avec enthousiasme. « Ce n’est pas tout le monde qui a la capacité de regarder dans la caméra en même temps que l’avion tourne », explique-t-elle, tout en validant un métabolisme sans faille.

Jeu de lumières en extérieur pour cette prise de vue hivernale. Crédit: MHB PHOTO-GRAF

Son instinct de survie est parfois mis à l’épreuve, comme ce jour où le pilote lui annonce à l’oreillette « ouais ! Là, ça va pas ben… Attache-toi et regarde en bas ! » Elle boucle sa ceinture, écoute le silence du moteur en panne, et patiente. « C’était une aventure parmi tant d’autres », dit-elle, rassurante.

En Alberta, les débuts pour MHB PHOTO-GRAF

L’Alberta les a choisis, elle et son compagnon. Désireux de partir dans l’Ouest, ils trouvent du travail à l’est des Rocheuses. Installés pour un an à Calgary, ils ne repartent jamais. « On a trouvé du travail, et puis on est tombé en amour avec les montagnes ! »

Elle continue quelques mois, la photo aérienne dans le nord de la province, puis trouve un emploi en ville. « Mon anglais était super basique, j’ai rencontré un photographe francophile qui voulait partager son art, mais aussi la langue de Molière » dit-elle, reconnaissante. Lui, son truc, c’est l’architecture. En tant que technicienne numérique, elle fait ses gammes à ses côtés pour finalement prendre son envol, et devenir entrepreneure.

Logo MHB PHOTO-GRAF. Crédit: MHB PHOTO-GRAF

Au départ, « j’ai fait des portraits, de la photo d’immobilier, et bien d’autres choses », puis trouve à l’architecture et les portraits d’affaires les niches dont elle avait besoin. Passionnée par le design d’intérieur, son travail d’excellence est reconnu par ses clients, mais aussi par la profession. Ses photos et sa fonction sont d’ailleurs régulièrement primées.

Une entrepreneure accomplie  

Les premières années n’ont pas été si simples, mais elle n’est pas d’un tempérament à se plaindre. Peu sensible aux possibles railleries, elle sait qu’elle doit s’adapter. « Le métier est physique. Il faut porter son matériel, tu apprends vite à ne gérer que l’essentiel pour grimper sur les échafaudages », s’amuse-t-elle, en avouant aussi que la communauté professionnelle de Calgary est plutôt compréhensive.

Quant à ses capacités linguistiques, à ses débuts, elle préfère en rire. Elle évoque la frustration de ne pas arriver à s’exprimer comme elle le voudrait vis-à-vis de ces homologues. Une lacune qu’elle a très vite réglée par la bonne humeur.

Marie-Hélène œuvre dans de nombreux domaines architecturaux, design intérieur ou extérieur. Immeubles commerciaux ou maisons individuelles, elle cherche toujours l’excellence. Crédit: MHB PHOTO-GRAF

Marie-Hélène est multidisciplinaire et perfectionniste. Elle se veut très « carrée ». Elle m’énonce avec un plaisir non dissimulé les petits détails qu’elle est capable de déchiffrer sur une photo. « L’architecture c’est très précis, géométrique, mais je les détecte aussi lorsque je fais du portrait corporatif ».

Créative, elle se permet quelques écarts grâce à son travail sur la lumière, en recherchant un aspect esthétique inégalé et reconnu par ses clients. Femme de projet, elle remercie sa clientèle, aujourd’hui fidèle, profite de la pandémie pour se trouver d’autres projets, d’autres clients. « La photographie n’est qu’une partie de ma vie, j’ai bien d’autres choses en attente », dit-elle, enthousiaste.

Finalement, lorsqu’elle fait le bilan de ces dernières années, elle assume ses erreurs, mais aujourd’hui elle le sait : « Pour avancer, il faut savoir dire non et justifier les coûts, tant pis si tu es plus cher, c’est qu’il y a une bonne raison ».

« Il faut être passionnée ! Si tu partages ta passion et que tu crois en tes qualités, tout ira bien ! Il ne faut jamais te sous-estimer », conclut-elle. Au pire, un contrat de perdu, dix de retrouvés, semble être son adage.

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