D’une ferme d’Athabasca à la scène mondiale : le parcours d’une skieuse nordique

Écrit par : Isaac Lamoureux

18 novembre 2021

Mots-clés : ,
L’été, Maya chausse des skis à roulettes. Crédit : Courtoisie

Après avoir subi une blessure qui a presque mis fin à sa carrière en 2017 et qui lui a fait manquer de peu les qualifications pour les Jeux olympiques en 2018, Maya MacIsaac-Jones est prête pour sa prochaine saison de coupe du monde qui débutera le 18 novembre en Europe. Son objectif : se qualifier pour les Jeux olympiques. 

Maya MacIsaac-Jones est née à Athabasca, dans le nord de l’Alberta. Elle avait 4 ans lorsqu’elle a chaussé ses premiers skis de fond. Elle a commencé sur la ferme où elle habitait, sous les yeux attentifs de ses parents qui l’ont ensuite inscrite au programme de ski de fond du club de la ville. Elle a continué «parce que j’aimais vraiment mes amis de ski».

Maya fait une pause pour respirer et sourire. Crédit : Courtoisie

Dans le nord de l’Alberta, l’hiver est long et rude. Pour le père de Maya, Joe MacIsaac, les activités extérieures sont essentielles en hiver. «Si l’on reste dedans, ce n’est pas bon pour le cœur ou pour la tête non plus», explique-t-il. Il ajoute que lorsque l’on est isolé sur une ferme, le ski nordique est une bonne alternative.  

Quand Maya était jeune, Joe MacIsaac et Jennifer Jones, ses parents, étaient ses entraîneurs. Mais à l’âge de 12 ans, l’élève a dépassé les maîtres. Elle est donc partie s’entraîner à Canmore, en Alberta, entourée d’une équipe professionnelle. Ses parents l’ont aidée à gérer mentalement cette charge de travail. «Elle avait tout le soutien qu’on pouvait lui offrir», dit le père de Maya. 

Maya, 10 ans, lors d’une compétition de ski à Mount Shark (Alberta). Crédit : Joe MacIsaac

Aujourd’hui, Maya vit à Canmore, mais son parcours est toujours très suivi par les gens de sa ville natale. Quand Maya est arrivée 18e à la Coupe du monde d’Ulricehamn, en Suède, en 2021, elle est devenue le sujet de conversation. Le père de Maya, directeur de l’école Landing Trail Intermediate School, explique que beaucoup de gens l’interpellaient, notamment à l’épicerie. «Ils étaient très fiers de Maya, tout en lui souhaitant une excellente saison et une belle carrière.» Il ajoute que le ski de fond est aussi devenu très populaire, toutes les écoles ayant d’ailleurs un tel programme.  

Le français, un outil vers l’excellence

Pour Maya, le français l’a beaucoup aidée dans sa carrière. En effet, un grand nombre de ses coéquipiers viennent du Québec et les relations sont simplifiées. La skieuse de 26 ans ajoute «qu’en voyage, on parle moitié français, moitié anglais». Elle est d’ailleurs persuadée que parler une deuxième langue facilite la connaissance de l’autre.

Maya, 9 ans, lors d’une randonnée en montagne. Crédit : Joe MacIsaac

Les parents de Maya ont envoyé tous leurs enfants à l’école d’immersion pour «pousser et développer leurs capacités intellectuelles et avoir une expérience complète». Aujourd’hui, Joe est très fier de sa fille Maya et de son appartenance à l’équipe nationale junior 2011-2015. 

Il ajoute que pour atteindre l’excellence, il est nécessaire d’avoir aussi des qualités intellectuelles. Il soutient que les jeunes enfants qui apprennent une seconde langue ont un avantage considérable dans de multiples facettes de leur vie.

S’entraîner avec les meilleurs

Arrivée à Canmore à l’âge de 18 ans, Maya était vraiment excitée de pouvoir s’entraîner avec les meilleurs skieurs du pays, grâce à des infrastructures incroyables pour le ski nordique. 

Lors de la saison d’entraînement d’été, qui va de mai à novembre, Maya chausse des skis à roulettes pour parcourir les pentes du Parc national Banff. Puis, en hiver, la multiple championne nationale voyage avec l’équipe canadienne et participe à des compétitions nationales afin de se préparer pour la Coupe du monde. Durant ces compétitions, Maya peut alors continuer son entraînement, mais lors de la Coupe du monde, elle se concentre à 100% sur ces courses.

Maya vise un résultat dans le top 30 pour le sprint lors de la Coupe du monde. Crédit : Courtoisie

Si aujourd’hui elle est fière de faire partie de l’équipe nationale, elle espère aussi, comme ses coéquipiers, inspirer les jeunes canadiens à pratiquer le ski de fond. C’est important pour elle d’aider la prochaine génération. 

Dans sa jeunesse, Maya a été inspirée par Beckie Scott. Originaire de Vermilion, au nord d’Edmonton, Beckie a gagné une médaille d’or aux Jeux olympiques de 2002 et une d’argent à ceux de 2006. «Il y a des similarités entre ce que Beckie a fait quand elle était jeune et ce que moi, j’ai fait.» Elle ajoute que les ressemblances quant à leurs origines étaient motivantes.

Une blessure qui a presque mis fin à sa carrière

Maya a appris à ses dépens que s’entraîner trop dur peut être préjudiciable. En effet, en 2017, elle a été victime d’une fracture du pied suite à un trop-plein d’activités. Comme elle l’explique, le ski de fond est très éprouvant pour l’organisme et le pied subit régulièrement des traumatismes physiques.

«Cette blessure m’a affectée durant quelques années», explique l’athlète, qui est aujourd’hui complètement guérie. En 2020, elle finit 24e à la Coupe du monde de Falun, en Suède. Un premier très bon résultat après sa blessure. «Ç’a vraiment été important pour moi de me montrer à moi-même que j’étais capable de revenir forte!»

Maya enchaîne course à pied et skis à roulettes pendant l’été. Crédit : Courtoisie

Elle remercie d’ailleurs son équipe médicale et sportive qui l’a appuyée durant ces moments difficiles. Elle ajoute que «ça a pris de la chirurgie et une longue thérapie. Mais oui, j’étais vraiment motivée, alors j’ai décidé de continuer de skier pour atteindre mon objectif olympique». 

Le père de Maya est très fier de voir sa fille reconquérir les pistes de ski. «Elle a pu surmonter les blessures et les obstacles. […] Maya a gardé son focus, et elle est devenue une athlète beaucoup plus forte à cause de cela.» En plus de ces médecins, Maya voit régulièrement une psychologue sportive pour travailler son état mental dans sa carrière d’athlète et son quotidien. Elle insiste sur cet aspect psychologique essentiel pour qu’elle puisse redevenir compétitive. 

Les spatules dirigées vers l’avenir

«L’année passée, les courses au Canada étaient toutes annulées à cause de la COVID-19. Les courses en Europe ont duré un mois et demi au lieu de quatre», dit-elle avec déception. Normalement, les championnats du monde se produisent tous les deux ans et le circuit de la Coupe du monde, chaque fin de semaine, pendant l’hiver. 

Maya a fait sa première course en Coupe du monde en 2012 quand elle n’avait que 16 ans. En novembre prochain, ce sera sa première participation en Norvège et en Suisse. Elle espère être dans le top 10 à la Coupe du monde et se qualifier pour les Jeux olympiques. «Je suis très capable d’avoir un résultat de top 20 et avoir un top 10», ce qui serait suffisant pour se qualifier aux Jeux olympiques. «Ça va arriver, j’ai travaillé fort pour avoir ces résultats.»

Grâce à sa concentration et à sa détermination, Maya montre que tout est possible. Après sa blessure, elle s’est prouvé à elle-même qu’elle pouvait concourir à nouveau. Alors si elle se qualifie pour les Jeux olympiques, ce sera vraiment génial. «J’ai la confiance […], je suis capable de faire cela.» 

«On est toujours très fiers, comme parents, de voir ce qu’elle est capable de faire», s’exclame le père de Maya. Il sait combien le ski de fond est un sport très difficile et admet, avec amour, que sa fille est une enfant très spéciale par sa concentration et son travail ardu.

Pour suivre les exploits de Maya :

https://mayamacisaacjones.com/blog/

https://www.instagram.com/mayamacisaacjones/?hl=fr

Partager

Lire des articles sur un thème similaire

Articles similaires

La francophonie albertaine vous intéresse?

Nous aussi.

Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour recevoir chaque deux semaines un concentré de nos meilleures histoires!