L’Université Laurentienne sous la loupe du Comité des langues officielles

Écrit par : Francopresse

7 juin 2021

Le sort de l’éducation postsecondaire en français dans le nord de l’Ontario a été au centre des préoccupations du comité lors des deux premières séances, le 1 et 3 juin. Crédit: Page Facebook université Laurentienne

Le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes se penche ces jours-ci sur le rôle d’Ottawa dans le financement des institutions postsecondaires francophones en situation minoritaire. Le sort de l’éducation postsecondaire en français dans le nord de l’Ontario a été au centre des préoccupations du comité lors des deux premières séances, le 1 et 3 juin.

Bruno Cournoyer Paquin – Francopresse.

L’Université Laurentienne s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des corporations (LACC) le 1er février dernier. Dans le cadre de son plan de restructuration, elle annonçait l’abolition de 40 % de ses programmes francophones, ainsi que la mise à pied d’une centaine de professeurs.

La ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, appelée à témoigner le 1er juin dernier, a rapporté au Comité que son ministère avait offert au ministère des Collèges et Universités de l’Ontario, en janvier dernier, d’offrir un soutien financier à l’Université Laurentienne, une offre laissée sans réponse selon la ministre.

Mélanie Joly, députée de Ahuntsic-Cartierville et ministre des Langues officielles. Crédit : Capture d’écran Francopresse

Le 1er juin, la ministre Joly a envoyé une lettre à ses homologues ontariens pour offrir un financement de 5 millions $ pour appuyer l’éducation postsecondaire francophone en Ontario.

Des communications floues entre le fédéral et la province?

Mélanie Joly s’est d’ailleurs demandé pourquoi le recteur de l’Université Laurentienne ne l’avait pas approchée de son propre chef pour demander l’appui d’Ottawa avant d’avoir recours à la LACC.

Elle a ajouté que lors de sa première discussion avec le recteur Haché, en avril dernier, il avait souligné que «la province était très au courant» des difficultés financières de la Laurentienne.

Pour la ministre Joly, la situation actuelle est le produit «[d’] une décision qui a été prise par la province, qui était essentiellement de pousser l’Université Laurentienne vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers».

Lors de la rencontre du 3 juin, le recteur de l’Université Laurentienne, Robert Haché, se trouvait sur la sellette : «On était rendus au bout du chemin et il fallait faire des changements substantiels pour qu’on soit capables de continuer le mandat de l’Université.» 

Robert Haché, président et vice-chancelier de l’Université Laurentienne. Crédit : Capture d’écran Francopresse

Le recteur a rappelé que les programmes qui ont été abolis ne comptaient que «deux ou trois étudiants par année dans les programmes.» Des conditions difficiles tant sur le plan financier qu’académique selon Robert Haché. «Les programmes qui continuent sont les programmes qui ont l’intérêt des étudiants», a-t-il précisé. 

Le député libéral de Sudbury, Paul Lefebvre, a rappelé que le recteur Haché ne lui avait révélé l’ampleur des difficultés financières de l’Université Laurentienne que le 22 décembre 2020, sur quoi il l’avait avisé des programmes fédéraux disponibles, tout en réitérant la nécessité de communiquer avec la province, puisque toute assistance fédérale devrait se faire avec Queen’s Park.

Paul Lefebvre et son collègue libéral de Nickel Belt, Marc Serré, ont tous deux insisté sur le fait qu’Ottawa ne pourrait pas appuyer financièrement l’Université Laurentienne sans l’implication de la province.

Paul Lefebvre, député de Sudbury. Crédit : Capture d’écran Francopresse

Le député néodémocrate de Timmins—Baie James, Charlie Angus, s’explique mal pourquoi le bureau de la ministre Joly n’a pas été impliqué directement dans le dossier plus tôt, lorsque la piètre situation financière de l’Université Laurentienne était claire pour les députés libéraux locaux – un questionnement qui a été réitéré par le député conservateur de Portneuf–Jacques-Cartier, Joël Godin.

Selon le recteur Haché ce 3 juin, avant de se mettre à l’abri de ses créanciers, l’Université Laurentienne a tenté d’obtenir des rencontres avec toutes les parties prenantes pertinentes, au niveau provincial et fédéral : «Nous avons réussi à obtenir certaines rencontres, mais d’autres non. C’est difficile à évaluer avec le recul, mais si nous avions eu plus de succès, peut-être que [la situation] serait différente, mais peut-être pas.»

Un lien de confiance brisé

Le recteur Haché a maintenu que les programmes francophones «sont importants, ils forment la base du futur de l’Université Laurentienne et ce sont des programmes que nous allons continuer à offrir à la Laurentienne pour le futur de l’éducation francophone du nord de l’Ontario».

Le président de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française, Denis Constantineau, a indiqué au comité que «la Laurentian University ne nous ressemble plus et ne nous rassemble plus. La communauté a absolument perdu confiance dans cette institution bilingue, et elle ne peut plus parler au nom de la communauté francophone de Sudbury et du Moyen-Nord».

Denis Constantineau, président de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française. Crédit : Capture d’écran Francopresse

En conséquence, Pierre Riopel, président du Conseil des régents de l’Université de Sudbury, demande un rapatriement immédiat de toute la programmation francophone de l’Université Laurentienne à l’Université de Sudbury, et ce, dès septembre – admettant qu’il s’agit d’un plan «ambitieux».

Robert Haché, de son côté, soutient que malgré les coupes, l’Université Laurentienne continue à offrir les programmes francophones les plus populaires, ajoutant que «moins de 10 % des étudiants inscrits dans des programmes francophones sont affectés par ces changements».

Il s’agit d’une vaste sous-estimation des conséquences des compressions, croit Denis Constantineau : «On connait des étudiants dans des programmes qui n’ont pas été touchés, qui quittent parce qu’ils n’ont pas assez d’options en termes d’autres cours auxquels ils ont accès. Il y a des professeurs dans des programmes qui n’ont pas été touchés […] qui acceptent des postes ailleurs. Il y a des répercussions au-delà des programmes qui ont été fermés à l’Université Laurentienne». 

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