Une quête identitaire partagée sur les planches

Écrit par : Sarah Therrien

17 juillet 2021

Sheldon Elter a écrit au début des années 2000 Métis Mutt, une pièce autobiographique de sa lutte entre deux cultures. Crédit : Marc J Chalifoux

Le 12 juin dernier, L’UniThéâtre présentait une première traduction de Métis Mutt. Un texte écrit au début des années 2000 par le natif de Rivière-la-Paix, Sheldon Elter. Cette pièce autobiographique parcourt la quête identitaire d’un jeune homme métis déchiré entre deux cultures. Interprétée par Colin Wolf, la lecture publique ouvre la porte au théâtre autochtone et l’importance de la langue dans le sentiment d’appartenance à une culture.

IJL-Franco.Presse-Le Franco

«Je voulais quand même faire un statement qu’il faut continuer à diversifier notre théâtre. Je ne pense pas que ça devrait se passer seulement pendant le mois de juin, c’est toute l’année», souligne Vincent Forcier, directeur artistique de L’UniThéâtre à Edmonton. Car, même si le mois de juin est marqué par la célébration nationale de l’histoire autochtone, il souligne que L’UniThéâtre n’a pas besoin de prétexte pour faire rayonner le théâtre de cette communauté. 

En tant qu’homme métis, Sheldon Elter nous fait part dans Métis Mutt de la lutte qui l’a déchiré entre deux cultures, lui qui partage des origines mohawks, cris et canadienne-française. Crédit : Ryan Parker

C’est aussi sa façon d’ouvrir la porte aux jeunes artistes autochtones qui ne trouvent pas où aller pour écrire une pièce et se faire produire. «J’essaie d’ouvrir la porte en prenant des pièces que je connais déjà, qui ont déjà eu du succès en anglais [puis] les traduire. J’aimerais vraiment [] aider à développer des pièces autochtones, mais aussi des pièces diverses de toutes les cultures», poursuit Vincent Forcier.

Une lutte dichotomique

En tant qu’homme métis, Sheldon Elter nous fait part dans Métis Mutt de la lutte qui l’a déchiré entre deux cultures, lui qui partage des origines mohawks, cris et canadienne-française. L’homme de théâtre qui est aussi humoriste, expose sans pudeur sa quête identitaire, de son enfance à l’âge adulte, où il a pu «venir à bout de [son] propre racisme intériorisé.»

Colin Wolf, directeur artistique du Gwaandak Theater au Yukon, a fait la lecture en français de la pièce Métis Mutt le 12 juin dernier. Crédit : Courtoisie L’UniThéâtre

Un travail très personnel que Colin Wolf, directeur artistique du Gwaandak Theater, a pu mettre en voix, lui-même métis aux origines francophones. Une performance qui comporte plusieurs défis notamment puisqu’un seul acteur assure l’interprétation. 

Retrouver son français

«C’est très difficile pour moi de m’être fait voler toutes mes langues, pas seulement le cri, mais aussi le français», partage Sheldon Elter en introduction à la lecture. «Je pense que les francophones comprennent aussi bien que les autochtones, que les langues sont importantes», enchaîne-t-il. La traduction de sa pièce en français est pour lui un honneur immense puisque c’est une façon de se reconnecter à son héritage francophone.

La traduction du texte fut pour Josée Thibeault un honneur, mais aussi un défi et une source de questionnements en amont du processus de traduction. «Est-ce que j’ai le droit, moi Josée Thibeault, francophone d’origine québécoise, de traduire le texte d’un albertain métis ?» Ces interrogations se sont estompées très vite, «on s’est rapidement dit qu’il faut enlever tous ces doutes, et j’ai essayé de le faire avec le plus d’ouverture et d’humilité possible». 

Puisque le texte est écrit dans un langage familier, Métis Mutt se veut proche de son public, permettant ainsi de se reconnaître dans le personnage principal, peu importe notre origine culturelle. Josée Thibeault a d’ailleurs apporté une attention particulière à la standardisation du français afin de permettre aux francophones de tous horizons de comprendre les références.  

Tout comme Sheldon Elter, Colin Wolf partage cette reconnaissance de pouvoir s’immerger à nouveau dans le français par le théâtre.

Partager