LA MINISTRE JOLY REVIENT SUR LE BUDGET FÉDÉRAL

3 mai 2021

La ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, revient sur la portée de ces mesures dans les secteurs touchant la francophonie. Crédit:- Flickr Justin Trudeau.

Le budget fédéral présenté lundi comporte plusieurs éléments touchant la francophonie canadienne, que ce soit au niveau de la culture, de l’éducation postsecondaire, des garderies ou de l’immigration. La ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, revient sur la portée de ces mesures dans les secteurs touchant la francophonie.

Est-ce que les fonds annoncés dans le budget qui touchent la francophonie canadienne représentent de «l’argent neuf»?

Mélanie Joly : Oui, ce sont tous de nouveaux fonds. On a environ 400 millions $ en nouveaux fonds [en appui aux langues officielles] qui sont accordés, surtout à trois priorités. 

La première est tout ce qu’il y a en lien avec le postsecondaire en situation minoritaire au pays. La deuxième est l’immersion en français langue seconde et la troisième, c’est l’appui en infrastructures pour les projets de construction ou de rénovation des espaces communautaires et éducatifs. 

Aussi — c’est plus pour le gouvernement — il y a un peu d’argent pour soutenir la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO) [8,7 millions $ sur deux ans, NDLR]. Donc tout ça, c’est environ 400 millions $ de nouveaux fonds, et c’est à peu près ce qu’il y a eu en nouveaux fonds dans le dernier Plan d’action pour les langues officielles, dans lequel 500 millions $ ont été injectés. 

Ça vient soutenir les priorités présentées dans le document de réforme [de la LLO]. Ça démontre le sérieux du gouvernement.

La ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, revient sur la portée de ces mesures dans les secteurs touchant la francophonie. Crédit: Archives Francopresse.

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Du côté des établissements postsecondaires, l’enveloppe de 121,3 millions $ pourrait-elle servir à une aide éventuelle au Campus de Saint-Jean ou encore pour appuyer la crise le Nord de l’Ontario?

Mélanie Joly : C’est sûr qu’on est préoccupés de ce qui se passe au Campus Saint-Jean et à l’Université Laurentienne. On va toujours vouloir soutenir nos institutions postsecondaires «par et pour les francophones» ou bilingues. Donc l’argent qu’on a dans le budget, ça nous donne plus de ressources pour trouver des solutions. 

Mais aussi, ça vient soutenir ce qu’on a dit dans le livre blanc [le document de réforme de la LLO], soit que le gouvernement fédéral a une obligation, un rôle à jouer, une responsabilité à prendre pour soutenir deux choses : premièrement, le continuum en éducation, de la petite enfance au postsecondaire; puis les institutions clés à la vitalité des communautés linguistiques. 

Lorsqu’une institution clé est à risque, à ce moment-là, le gouvernement doit agir. C’est un nouveau concept qu’on a développé et qu’on a inscrit dans le Plan d’action pour les langues officielles, et c’était en lien avec ce que les tribunaux avaient dit dans l’affaire de l’Hôpital Montfort

Ça peut s’appliquer pour une institution postsecondaire, ça peut s’appliquer pour un hôpital, pour un centre communautaire clé.

Sentez-vous une volonté du gouvernement de l’Ontario de collaborer avec le fédéral dans ce dossier?

J’ai eu l’occasion d’avoir une conversation mardi avec la ministre Mulroney [ministère des Affaires francophones] et le ministre Romano [ministère des Collèges et Universités] et je leur ai dit que pour moi, c’était important d’avoir une solution pour le postsecondaire en français dans le Nord de l’Ontario, puis que le gouvernement fédéral était certainement à la table pour faire en sorte que ce soit le cas. 

La ministre Mulroney et moi, nous nous sommes entendues par le passé sur l’Université de l’Ontario français (UOF); on est capable de trouver une solution ensemble pour résoudre la crise qui a lieu actuellement à Sudbury.

Au sujet des garderies. Même si les garderies francophones ne sont pas mentionnées, peut-on s’attendre à ce qu’elles reçoivent une partie de cet argent?

Oui, oui, c’est évident! Comme je disais plus tôt, dans le document de réforme de la Loi, on a dit que lorsqu’on déposera le projet de loi, on reconnaitra le continuum en éducation, donc du préscolaire jusqu’au postsecondaire. Donc ça démontre l’importance d’avoir des garderies en français. 

J’ai parlé à mon collègue, le ministre Ahmed Hussen [ministère de la Famille, des Enfants et du Développement social] qui est certainement un allié des communautés francophones en situation minoritaire. J’ai beaucoup travaillé avec lui sur toutes les questions d’immigration francophone lorsqu’il était ministre de l’Immigration. Il est très conscient de l’importance, dans les ententes fédérales-provinciales, de protéger aussi les droits linguistiques et qu’on puisse établir un réseau de garderies francophones au pays. 

De mon côté, ça va me faire plaisir de travailler avec les communautés francophones partout au pays pour voir comment elles s’organisent pour développer un réseau de garderies par et pour les francophones. On va être là pour les soutenir.

Le budget fédéral présenté lundi comporte plusieurs éléments touchant la francophonie canadienne, que ce soit au niveau de la culture, de l’éducation postsecondaire, des garderies ou de l’immigration. Crédit : Capture d’écran Francopresse.

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Pour y arriver, il faudra évidemment que les provinces embarquent dans le projet. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, ne semblait pas très enthousiaste face à cette nouvelle initiative. Qu’en pensez-vous?

Ce sera au premier ministre Higgs d’expliquer son point de vue et aux Néobrunswickois de faire entendre le leur. Mais ça me semble assez évident que, pour qu’on soit en mesure d’avoir des femmes qui participent pleinement au marché du travail, elles doivent avoir des solutions pour la garde d’enfants. 

Si le Nouveau-Brunswick veut participer à la croissance économique du pays, il doit offrir des solutions aux parents. Ce n’est pas seulement un argument social, c’est un argument économique. Et je suis convaincue que M. Higgs va voir la lumière au bout du tunnel.

Pour ce qui est des fonds en immigration, est-ce qu’il y a des mesures ciblées pour l’immigration francophone?

On a dit dans le document de réforme qu’on voulait mettre en place une stratégie nationale d’immigration francophone. Il y a déjà des sommes pour l’immigration francophone qui ont été incluses dans le Plan d’action pour les langues officielles, donc on continue sur cette priorité-là.

Le budget prévoit en tout 8,7 millions $ pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles. À quoi servira cette somme exactement?

Actuellement, le projet de loi est en rédaction, ça va bien. 

Les fonds serviront à soutenir le travail qui est effectué, mais ce n’est pas seulement ça : on vient vraiment d’ajouter des responsabilités sur la fonction publique. On augmente les critères de bilinguisme, on fait en sorte aussi d’avoir une agence centrale, donc il y a plusieurs leviers qui sont développés dans le projet de réforme pour serrer la vis. 

Il faut un peu plus de ressources à l’interne. Le montant aide la fonction publique à développer le projet de loi et à le mettre en œuvre dans un premier temps. C’est sûr qu’il va falloir avoir d’autres mesures pour pérenniser le financement, mais ceci est pour le court et le moyen terme.

Les réactions ont été positives dans le milieu culturel francophone à la suite du dépôt du budget. Comme le milieu a été durement touché par la crise de la COVID, croyez-vous que les investissements seront suffisants pour réellement aider ce secteur à se relever?

Ah oui, certainement! Il y a environ un milliard $ dans le domaine culturel. Un milliard dans le tourisme aussi. Ce sont deux secteurs très touchés qui sont très importants pour les communautés. 

Au niveau culturel, plus de financement sera consacré au Fonds des médias du Canada, à Téléfilm Canada, pour nos festivals, donc tous nos artisans francophones un peu partout au pays pourront être soutenus. Ça va certainement être un énorme coup de pouce. 

On ne peut pas avoir une langue forte si on n’a pas une culture forte. Donc, c’est sûr que tout le financement qu’on envoie au secteur culturel va tenir compte de la réalité des francophones en situation minoritaire.

 

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